Quand la peur se dessine avec humour : appel à contribution

Appel à contribution pour la journée d'études BnF/l'EIRIS (15 novembre 2014) et le numéro 22 de Ridiculosa

La peur est « l’émotion qui naît en nous à la perception, ou même à l’imagination, d’un danger » (A. Comte-Sponville). Sentiment naturel partagé par tous, la peur présente des visages différents en fonction des époques et des cultures. Certaines peurs en rapport avec la religion, telles la peur du diable, des démons, de l’enfer ou de la sorcellerie, qui ont paralysé nombre de nos ancêtres, peuvent faire sourire aujourd’hui dans notre monde occidental laïcisé.
Cependant, si cette peur tend à disparaître actuellement, elle est remplacée par de nouvelles obsessions anxiogènes liées à l’idée de perte, de frustration, d’inégalité, d’injustice, et cela dans un contexte social où les progrès idéologiques, technologiques et scientifiques nous promettent et nous garantissent la sécurité, la jeunesse éternelle, voire même l’immortalité. L’homme moderne, assuré de ces multiples protections, se sent paradoxalement sans cesse menacé par bien des phénomènes, des événements ou des situations.
La peur se présente sous de multiples facettes. Elle peut être de nature individuelle. Dans ce cas, il s’agit essentiellement de peurs engendrées dans le quotidien par la vie personnelle ou professionnelle : peur d’être au chômage, peur de l’échec, du vol, de l’accident, de la maladie … Elle peut être aussi de nature collective : l’évocation du changement climatique, de catastrophes naturelles ou nucléaires, de la montée des radicalismes engendre des sentiments d’insécurité qui peuvent ébranler les foules jusqu’à la fuite, la panique et la violence.

Ces peurs, qu’elles soient individuelles ou collectives, sont compréhensibles et partagées par tous. Elles sont liées à des dangers bien réels ou des expériences traumatiques antérieures. Parallèlement, il existe un grand nombre d’autres peurs qui paraissent, pour l’esprit raisonnable, irrationnelles, voire même pathologiques. Ce sont des craintes excessives que connaissent bien les psychanalystes, telle la peur de l’araignée, du serpent ou de la souris, la peur de l’eau, du vide, des transports et toutes les peurs en lien avec des croyances superstitieuses. Ces phobies concernent des situations ou des objets dépourvus de toute dangerosité ou ne nous soumettant qu’à un danger statistiquement faible. Mais ces peurs n’en sont pas moins bien réelles pour les personnes qui les éprouvent ; elles déterminent l’évolution des individus ou des groupes qui les vivent.

Il existe encore une autre forme de peurs que l’on perçoit d’une façon plus indéterminée, ainsi les angoisses. Ces grandes peurs à caractère universel trouvent racine dans les questionnements immémoriaux qui préoccupent tous les penseurs depuis l’origine du monde. Elles sont en relation avec la mémoire, l’imagination, la projection dans un autre temps (angoisse du temps passé, de l’avenir inquiétant, de la fin du monde, de catastrophes inattendues, de la mort, peur de l’inconnu,…) ou avec l’espace (agoraphobie ou claustrophobie), ou encore avec un contexte politique et social plus ou moins oppressant.

Notre époque contemporaine est imprégnée par ces différentes formes de peur, résurgences d’un monde en perpétuel mouvement qu’il est difficile de contrôler au moyen de la technique, de règles ou même de croyances.
De ces multiples craintes et angoisses observées aussi bien à travers les médias que dans les spectacles, les arts et/ou la vie des particuliers, les dessinateurs et caricaturistes collectent une iconographie très riche où se mêlent astuces graphiques devenues langage commun et inventions propres à chacun. Différentes retranscriptions des manifestations de la peur dans la caricature peuvent être abordées :
- D’un point de vue formel, par quels procédés graphiques les caricaturistes parviennent-ils à rendre ce sentiment ? Recourent-ils toujours aux mêmes signes plastiques ou iconiques ou la traduction graphique de la peur dépend-elle pour une large part de l’intensité du sentiment ou de la situation présentée ? Les traités théoriques sur la physiognomonie d’un Lavater ou le traité de Charles Le Brun sur la transcription graphique des passions permettent-ils d’éclairer ces procédés ? Comment les caricaturistes traduisent-ils la pâleur, les tremblements, voire la paralysie partielle qu’engendre très souvent la peur ? Les signes iconiques reflétant la peur sont-ils universels ?
- Quels thèmes anxiogènes sont traités avec prédilection par les dessinateurs ? Quelles différences peut-on observer en fonction des périodes et des cultures concernées ?
- Quelles sont les peurs évoquées le plus fréquemment aujourd’hui ? Peurs individuelles ? Peurs collectives ? Comment les dessinateurs les mettent-ils en scène pour communiquer une certaine image de notre société ?
- Et au-delà de ces grandes peurs liées à l’époque et relayées en boucle par tous les canaux de communication (les amplifiant jusqu’à l’insupportable), réside une peur indiscernable, sourde, une peur existentielle. Des artistes comme Bosc, Chaval, Mose ou plus près de nous Topor ou Kamagurka ont amplement traduit dans leurs dessins cette angoisse pétrifiante ou désarmante jusqu’à la panique. Cette forme extrême de peur est-elle sensible chez les dessinateurs actuels et par quels procédés l’expriment-ils ?
- La caricature, usant de toutes sortes de procédés comme l’humour ou la satire, la citation graphique et le texte, jouant sur les paradoxes et désamorçant par le rire les bombes d’émotions insupportables, ne sert-elle pas d’exutoire à ces peurs, permettant ainsi de les surmonter et de les transformer en d’autres émotions plus constructives ?

On le voit, la peur suscite des questions sans fin et des images multiples. Nous vous invitons à présenter quelques traductions signifiantes de ce sentiment à partir d’œuvres anciennes ou récentes pour la journée d’études BnF/EIRIS du mois de novembre 2014. Les contributions de cette journée seront publiées dans le numéro 22 de Ridiculosa en 2015, en complément des articles rédigés expressément pour ce dossier.

Les propositions de contribution pour le numéro (environ 1500 signes) ou pour la journée d’études sont à envoyer avant le 15 avril 2014 à Martine Mauvieux et Jean-Claude Gardes ( martine.mauvieux@bnf.fr et gardes@univ-brest.fr)

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