DAUMIER OU LA CARICATURE AU SERVICE DE LA LIBERTE, le catalogue

On lira avec intérêt ce catalogue d’exposition de 52 pages (15 euros) portant sur l’œuvre politique de Daumier, en déplorant pourtant la médiocrité de son introduction. Cas d’espèce d’un genre qui fleurit depuis la mort du dessinateur, les quelques lignes rédigées par le « grand maître du Grand Orient de France » fleurent bon la flagornerie mémorielle. Daumier « nous fait mieux comprendre que Marx ce qu’est la bourgeoisie montante de la révolution industrielle », ses chroniques dessinées « en disent autant sur la grandeur et les mésaventures de la IIe République que les souvenirs de Tocqueville » ; « beaucoup de ses dessins ont fait plus pour la cause de la République que bien des livres et des programmes. La célèbre « poire » a ébranlé plus sûrement Louis-Philippe 1er et la monarchie de Juillet que les plus nobles professions de foi démocratiques ». Outre que rien ne permet de mesurer l’influence des dessins de Daumier sur la vie politique de son temps, l’exemple évoqué laisse dubitatif : en effet, non seulement la poire a pour père un certain Philippon et non Daumier, mais en plus Louis-Philippe chute sur une campagne de banquets en 1848, soit treize ans après la fin des salves caricaturales inspirées du fameux fruit… Pour finir en beauté Daumier est présenté comme un « acteur du grand chantier du progrès » qui resta « attaché toute sa vie à ses idéaux de démocratie », un progrès et une démocratie qui s’arrêtent bien sûr au seuil du socialisme utopique, des revendications ouvrières de juin 1848 et fustigent le féminisme…

Encenser n’est pas raisonner, et l’introduction vite oubliée laisse place à des contextualisations historiques et des analyses bien plus justes, que l’on doit au commissaire de l’exposition, Philippe Altmeyerhenzien et à Pierre Mollier, directeur de la bibliothèque, des archives et du musée du Grand Orient de France. L’exposition donne la part belle aux « frères » caricaturés par Daumier, sans d’ailleurs trouver à redire, alors que la franc-maçonnerie est présentée comme combattant au XIXe siècle « pour les libertés et les idées nouvelles » bien qu’elle s’adapte à tous les régimes en mettant à sa tête des personnalités proches des nouveaux pouvoirs, et que nombre de ses membres combattent alors les idées républicaines pour lesquelles Daumier dessine !

Après une introduction sur les origines de la caricature jusqu’à 1830, l’exposition –et donc le catalogue- s’articule autour des trois périodes pendant lesquelles Daumier s’est adonné à la caricature politique : 1830-1835, 1848-1851 et de la fin du Second Empire à la IIIe République. Trois étapes dans la vie de Daumier qui suivent l’évolution politique de la bourgeoisie libérale : radical en 1830, Daumier se montre modéré par la suite, sinon socialement conservateur. En 1870, déjà âgé, il ne participe pas aux débats qui agitent la famille républicaine, se limitant à fustiger l’adversaire prussien et Napoléon III.

Un catalogue qui donne envie de se rendre à l’exposition (jusqu’au 25 octobre 2014), mais dans lequel on aurait apprécié y lire quelques développements sur la réception des dessins de Daumier par le « peuple » républicain.

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GD, juillet 2014

Tag(s) : #Comptes-rendus ouvrages, #News

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