« Les nouveaux rois du rire » un Dossiers du Canard enchainé

« Les nouveaux rois du rire », Les Dossiers du Canard enchainé n°132, 6 €

Nous ne saurions trop conseiller la lecture du dernier dossier du Canard enchaîné. Un dossier qui fleure bon l’insouciance des vacances puisqu'il porte sur les "nouveaux rois du rire", bien que le sujet soit en fait très sérieux. Les comiques ont depuis quelques décennies envahi les grands médias audio visuels, radio et télévision, puis dorénavant internet, captant un public de plus en plus large, et générant des recettes publicitaires de plus en plus conséquentes. C'est sous cet angle économico-médiatique que les auteurs de ce Dossier s'intéressent aux humoristes, ce nouveau succès du rire étant perçu comme une conséquence de la crise que nous traversons. Quand tout va mal, le rire rendrait plus supportable le triste quotidien… Emoluments, stratégies médiatiques et publicitaires, concurrences et personnalités de premier plan sont passés au crible. De Gerra à Ruquier, de Canteloup à Debouze, sans oublier Boon et les Guignols, ainsi que le rapport des politiques à l’humour et le succès des comédies : le Canard cible les grands noms de l'humour, qui pour certains émargent à 100 000 euros mensuels, cumulent boites de production, gros patrimoines et autres machines à gagner des sous. Car l'humour « one man show » ou « sand up », voire celui du chroniqueur radio et télévision, sont le nouvel eldorado, un véritable commerce, un produit d’appel sinon un label, laissant très très loin derrière lui le rire dessiné qui ne fait quasiment plus recette (hormis sous forme de BD).

Avant de conclure sur un supplément consacré au bourrage de crâne en 14-18 vu surtout au travers des premières années du Canard enchaîné, le dossier ne manque pas d'étriller joyeusement les théoriciens de l'humour et de citer les définitions et autres analyses les plus absconses d'universitaires, extraits pour certains tirés de la revue bien connue des lecteurs de C&C, Humoresques... (un peu d’anti-intellectualisme ne nuit pas, surtout quand il est formulé par de brillants journalistes). Si ce dossier se garde bien d’analyser le phénomène d’un point de vue sociologique, sémiologique ou historique, esquissant ça et là quelques pistes néanmoins, il n’en demeure pas moins passionnant sur les coulisses de l’humour de masse, et constitue un bel outil pour tous ceux qui réfléchissent à l’évolution de la satire dans nos sociétés, et qui ignorent trop souvent la dimension économique du phénomène. Signalons une omission de la part du volatile (et une belle erreur, le dossier faisant naître l’Assiette au Beurre « à la fin du XIXe siècle ») : montrer combien la généralisation des humoristes dans les grands médias s’est accompagnée d’une tendance à aborder l’Information de manière de plus en plus décontractée. Les radios et les chaînes d’infos en continu multiplient elles aussi les chroniques détendues et les journalistes n’hésitent dorénavant plus à fonder les transitions entre deux sujets sur des « vannes » et autres saillies humoristiques rythmées de rires appuyés (humour souvent mâtiné d’autodérision). L’humour n’a pas seulement investi quelques cases bien spécifiques dans la grille des programmes, il a contaminé l’ensemble du processus hyper médiatique.

GD, juillet 2014.

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