« Les objets nobles et rares au pédigrée incontestable ne m’intéressaient pas : j’étais sensible à cet art populaire, à ces petits bouts d’images destinées à Monsieur tout le monde »

Entretien avec Jean-Loup Salètes à l’occasion de la vente de sa collection de 20 000 cartes postales de la Grande Guerre

20 000 cartes postales datant de la première guerre mondiale réunies par Jean-Loup Salètes, publiées en France notamment, mais aussi en Allemagne, en Italie, en Suisse, etc., bientôt mises aux enchères par la maison Christoph Gärtner en Allemagne chez qui le collectionneur et historien de l’image Bruno de Perthuis a récemment vendu un lot très important de cartes anciennes. Retour sur l’itinéraire d’une collection et les questionnements très philosophiques d’un « ex » collectionneur...

Quand et comment est née cette collection ? Pourquoi les cartes postales et pas d’autres supports, pourquoi la Grande Guerre et pas un autre sujet ?

Ce thème s’est imposé progressivement avec un démarrage très fort et précoce des mes envies pour les cartes postales des poilus et un démarrage très lent de la collection car j’étais en Afrique au début de ma vie professionnelle jusqu’à mes 32 ans. Le point de départ a été, au cours de mes premiers séjours africains comme enseignant et chercheur en histoire, la rencontre directe avec des Tirailleurs Sénégalais anciens combattants de la première et de la deuxième Guerre mondiale. Les premières rencontres se situent entre 1965 et 1967 au Gabon, mais l’élément fondateur intervient en 1969 au Sénégal où j’ai eu la chance de rencontrer dans son petit campement de la vallée du fleuve Sénégal, entouré de ses quatre épouses, Bakary Diallo, gueule cassée de la grande guerre, premier « colonisé »auteur en langue française d’un livre retraçant son séjour en Europe et son aventure sur le front « Force Bonté » : livre longtemps dédaigné par les générations suivantes car rendant hommage à ceux qui l’avaient introduit et accompagné dans un autre monde et une autre culture. Petit berger Peul du Fouta Toro (moyenne vallée du Fleuve Sénégal), il avait vu à travers une fenêtre un militaire français écrire et s’était juré aussitôt qu’il le ferait aussi un jour, ce qui arriva magnifiquement pendant la guerre, au point qu’il devint quelque temps la coqueluche d’intellectuels français. Son histoire est encore à écrire ; en tout cas elle m’a fortement orienté à explorer cette incroyable et pathétique aventure des tirailleurs sénégalais. Bref j’ai choisi de travailler (Maîtrise et Thèse non achevée) sur les Tirailleurs Sénégalais avant et pendant la Grande Guerre et la « Force Noire » (selon le titre du livre du Général Mangin en 1910) : aux archives de l’ex AOF à Dakar, à l’ancienne école coloniale, aux archives d’Outre Mer à Paris et à Aix en Provence. Je crois avoir été le premier à ouvrir les archives sur les recrutements des « indigènes » et leurs effets dévastateurs pendant la Grande Guerre sous l’égide de l’Institut pour l’Histoire d’Outre Mer à Aix en Provence. J’ai vu beaucoup de textes mais aussi beaucoup d’images dans les revues coloniales d’époque. Chez le militant pour les indépendances que j’avais été, ces images frappaient par toute l’idéologie coloniale qu’elles portaient. Mais sans être dupe, j’admirais le talent des illustrateurs, la reconstitution idéale d’un univers comme dans les illustrations du Journal des voyages.

Dès mon retour en France en 1974 j’ai démarré ma collection par petites touches dans les brocantes locales, d’abord sur les Tirailleurs, puis sur les illustrations de propagande de la Guerre.

Pourquoi les cartes postales ? C’est d’abord très prosaïque : à l’époque c’était très peu cher, surtout très peu encombrant et cela offrait par leur nombre un plaisir démultiplié dans la découverte, une chance de sortir la pépite dans un filon dédaigné. Mais il y a plus : les vieux livres pour les bibliophiles, les pièces rares pour historiens estampillés, les objets nobles et rares au pédigrée incontestable ne m’intéressaient pas : j’étais sensible à cet art populaire, à ces petits bouts d’images destinées à Monsieur tout le monde, surtout à cette écriture du pauvre non reconnue, ce témoignage direct, brut, ignoré voir méprisé par celui que choquait sa banalité supposée ou que rebutait son grand nombre, lui qui était attiré par la pièce unique.

Paradoxalement, tout en ayant une forte sensibilité sur la Grande Guerre, j’ai découvert d’abord cet art populaire et j’ai été ébloui par les cartes dites « fantaisies » de la Belle Epoque qu’on trouve encore facilement par milliers : oui elles sont kitsch, répétitives, « mièvres » comme on le dit les lèvres pincées chez les spécialistes de l’art nouveau et des « vrais » illustrateurs. Les patriotiques de la guerre sont en totale continuité avec cet estampillage populaire, loin du vrai art pour les élites. C’est pourquoi elles suscitent toujours chez moi la même émotion.

La Grande Guerre tient-elle une place particulière dans ton histoire familiale ?

Particulière certainement pas puisque la Grande Guerre a eu un impact dans chaque famille, le carnage ayant frappé jusqu’aux moindres villages et laissé des souvenirs à tous. La question est plutôt qu’est-ce qui fait que cet héritage familial reste vivant dans les cœurs ou est oublié, voir dédaigné ; j’ai plusieurs fois trouvé des albums familiaux de cartes postales rassemblant les correspondances de poilus pour l’ensemble du conflit, j’ai retrouvé les descendants : aucun n’a souhaité rentrer en possession de ces trésors même offerts. Nous avons chacun un rapport unique avec le passé personnel ou historique. Parmi les 22 petits enfants de mon grand père maternel, j’ai été le seul à replacer très tôt l’histoire familiale dans la grande histoire ; mon grand père l’a pressenti puisque peu avant sa mort en 1971 il m’a désigné pour s’occuper de ses papiers personnels et de la défense de son œuvre.

C’est vrai aussi que le rapport avec 14-18 était un peu plus chargé chez moi que la moyenne : un grand oncle, Pierre Chaine, auteur des « Mémoires d’un Rat », ouvrage publié dès la fin de la Guerre, préfacé par Anatole France, recueil augmenté de chroniques publiées pendant les combats, faisant découvrir les horreurs des premières lignes décrites par un rat-mascotte Ferdinand : le procédé et le ton humoristique permettant ainsi d’échapper à la censure. Un grand père maternel directeur d’une école pour aveugles de guerre à Caluire (Rhône), un grand père paternel ayant écrit son journal de marche sur les premières semaines de la guerre et les effroyables tueries en Lorraine, les souvenirs de ma grand-mère maternelle racontant l’arrivée en train d’une vache à Caluire pour nourrir ses jeunes enfants, accessoirement vendre du lait (un peu coupé parfois, mais il y a prescription) dans cette période de restriction ; plus tard la visite en 1975 des sites de Champagne avec le grand père de ma femme qui retrouvait les lieux où il avait combattu et perdu tant de ses compagnons, ses récits de son séjour éprouvant et interminable dans les Dardanelles, les plaintes muettes et poignantes de son épouse qui avait perdu trois de ses frères à la guerre…..Ma formation d’historien me donnait certainement une perception particulière de cet héritage, mes engagements militants démultipliaient mon horreur pour les massacres des plus pauvres, ma révolte devant les procédés indignes du bourrage de crâne, mon immense compassion pour les familles dévastées.

Il s’ajoute les faits plus personnels : certaines lectures fondent chez un jeune ses idéaux et ses rejets, provoquent ces blessures intimes, ces nostalgies profondes qu’il garde toute sa vie. J’ai été lecteur fervent d’Alain Fournier et de Charles Péguy, tous deux fauchés comme tant d’écrivains et d’artistes pendant le grand massacre entre civilisés : je crois que c’est la source la plus profonde de mon rapport avec la Grande Guerre : le suprême non sens dans le règne supposé de la raison, le dévoiement des valeurs devant les intérêts réels ou symboliques, la folie des hommes, la faillite programmée par les pouvoirs et les égos.

La plupart des collectionneurs refusent de se reconnaître comme tels. C’est ton cas ? Comment définis tu ta démarche ?

Je n’aurais pas cette hypocrisie. Je fais partie incontestablement de cette étrange tribu à vrai dire composée de types variés, de groupes et de sous-groupes qui attendent les investigations ethnologiques d’un moderne Lévy-Strauss. Réfuter son appartenance à la grande tribu vient sans doute du fait qu’on ne veut surtout pas être assimilés à ses représentants les plus opposés à son propre type ; j’ai vu des monomaniaques autistes, des chasseurs solitaires paranoïaques, des passionnés leurs yeux exorbités foudroyant le concurrent potentiel, des limiers discrets à demi courbés incapables de regarder dans les yeux leur semblables, des spéculateurs spécialistes de la calculette, des vantards à la recherche perpétuelle d’auditoire, des entasseurs qui saturent leur maison, enferment leurs proches dans des limites de plus en plus étroites où des règles de plus en plus folles… Bref toute la variété des comportements humains. Il y a des points communs entre nous tous : une passion d’abord, le plaisir de l’attente, la joie de la découverte, l’instinct du chasseur, des « yeux » (c’est ainsi que les repèrent et les appellent les marchands) capables de se lever plus tôt que les pêcheurs et de faire plus de kilomètres que les marathoniens, la mise au point dans la négociation de stratégies, d’un art du mensonge, pas seulement par omission, pour leurs concurrents ou leur proches.

La découverte de cette tribu fait parti de ma riche expérience de collectionneur et m’a fait m’interroger sur moi-même, sur les sources d’une telle mobilisation. J’ai très tôt perçu un danger et j’ai toujours gardé une distance avec ce petit monde et fonctionné par à coups dans mes chasses personnelles, adonné dans ces intervalles pour d’autres passions ou occupations, notamment en lien avec l’Afrique. La responsabilité et l’amour d’une famille, le sport (foot et ping-pong) sont des antidotes puissants quand on risque d’être attrapé par la gueule dévorante de la collection. J’aime bien me définir comme amateur, au sens du 17e siècle, celui qui aime.

Quels types de cartes as-tu cherché en priorité ? Ces priorités ont-elles évolué au fil de l’avancée de la collection et de ton propre regard sur ces images ?

Je me suis tourné dès le début vers les illustrations et les photomontages en studio, dans la continuité des cartes satiriques et fantaisies de la Belle Epoque qui avaient fasciné le jeune historien : j’ai par exemple été incroyablement secoué par la puissance, la violence des cartes produites pendant l’affaire Dreyfus et plus généralement dans les luttes politiques de cette période. Nos productions d’aujourd’hui sont, en comparaison, à l’eau de rose ! Instinctivement je cherchais ce qui avait un sens dans l’élaboration de ce qu’on appelle depuis la fabrication de l’inconscient collectif et plus généralement ce qui alimentait le moral des troupes, la propagande pour « tenir » au milieu de tant d’invraisemblables sacrifices. J’ai « ramassé », sans avoir bien-sûr au départ un plan, une classification ; celle-ci s’est progressivement imposée et sa mise au point a certainement été pour moi la partie la plus intéressante de la démarche, celle qui a orienté mes dernières recherches pour arriver à un ensemble présentable.

J’ai écarté d’emblée les cartes vues, même si j’ai compris qu’elles faisaient partie de cette propagande, par ce qu’elles montraient ou mettaient en valeur et surtout par ce qu’elles cachaient, les morts, les carnages, les échecs, les rivalités : j’ai bien conscience que ce choix diminuait la valeur de la démonstration mais j’étais obligé de le faire tant l’abondance des productions dépassait mes moyens : le collectionneur qui ne travaille pas ses frustrations et ne définit pas des limites se met en route vers l’abîme…

Les publications de l’Historial de la Grande Guerre (notamment celles de Marie-Monique HUSS « Histoire de Famille » et de Stéphane Audouin-Rouzeau « La Guerre des Enfants ») m’ont conduit à valider un tel choix et donc à me cantonner à cette catégorie des illustrations satiriques ou non, traduisant une intention à décoder chez l’auteur, l’éditeur et aussi chez l’acheteur.

Je n’ai jamais regretté ce choix tant la matière est riche et significative. Et puis l’expérience m’a appris très tôt cette sagesse d’accepter les limites, de repousser le mythe de l’exhaustivité, d’accepter de puiser quelques gouttes d’eau dans un vaste océan : c’était satisfaisant ou suffisant pour moi d’être sur un chemin et de savoir qu’il n’avait pas de bout et donc de ne pas me désespérer ou m’épuiser à le rechercher !

Tu ne t’es pas limité aux seules cartes satiriques et tu as consacré une vraie place aux cartes patriotiques, plutôt déconsidérées depuis la fin de la guerre…

Je n’ai jamais compris ou plutôt accepté cette déconsidération, surtout quand elle était exprimée avec un mépris d’esthète manifestant un évitement outré du populaire. Honnêtement je dois dire que ce rejet m’a permis d’acquérir facilement des lots importants dont certains marchands se débarrassaient à bon compte, avec plaisir et sans négociation ! Mais les choses ont commencé à changer au tournant du siècle.

Les cartes patriotiques sont pour moi passionnantes à deux titres. D’abord par leurs thèmes inlassablement produits et reproduits en studio dont j’ai établi une classification d’ailleurs évidente : on trouve toutes les sources des émotions populaires supposées ou sollicitées. Un palmarès statistique sur ce qui a été produit et acheté est déjà un indicateur passionnant sur cet étonnant et incessant combat de l’arrière. Certaines cartes (mais ça n’a jamais été un critère de sélection pour moi) sont très originales par la qualité ou la créativité du photomontage, d’autres par le « recyclage » inventif de cartes d’avant guerre (comme certaines Bergeret produites notamment par le photographe Morinet). Ensuite et surtout par les textes des correspondances, longtemps ignorés ou snobés par les historiens patentés. Certes la censure s’exerçait, certes on y trouve beaucoup de textes répétitifs, banaux mais émouvants par leur existence même et l’intensité vitale des liens dont ils témoignent. Il y a beaucoup plus, surtout dans les cartes envoyées sous enveloppe et qui échappaient à la censure : je partage tout ce que tu as déjà publié sur ces textes, la nécessité de rassembler un jour un recueil non pas des rectos, comme cela a été abondamment fait, mais aussi des versos, des discordances ou des concordances entre les deux. On a publié avec succès beaucoup de « Paroles de Poilus » : les cartes postales sont largement absentes de ces recueils qui privilégient les textes des élites.

Il ya dans ces discriminations entre les types de cartes des soucis mercantiles, des considérations esthétiques : elles ne doivent pas influencer l’historien pour lequel tous les matériaux bruts ont un sens et doivent être pris en compte sans idées préconçues : le marché de la carte postales en a forgé de tenaces !

Tes cartes sont conservées dans des classeurs thématiques ou par dessinateurs. Les thèmes se sont-ils imposés au fil des achats ou as-tu tenté de trouver des cartes pour illustrer des thèmes qui te tenaient à cœur ? Quelles difficultés as-tu rencontré pour élaborer ce classement ?

Le classement s’est imposé tardivement après une collecte tout azimut. Parti d’abord sur les cartes satiriques, j’ai progressivement recherché tout ce qui concerne la vie des poilus, le folklore de la vie des tranchées produit notamment par les éditions Katz ou les séries du SID, les cartes sonnets illustrées de Soriac… Humour, sexe, pinard, bonne humeur de la vie à la campagne là où l’on mourait par milliers. Ces cartes étaient indispensables pour un témoignage plus large !

Mon initiateur principal dans les débuts, celui qui a développé mes envies et mes angles d’attaques a été Serge Zeyons qui a publié dès 1976 aux éditions Hier et demain « le Roman photo de la Grande Guerre ». Aucune ambition scientifique dans ce livre goguenard mais déjà un inventaire très significatif de la « ressource » et des thèmes émergents : il m’a mis sur des pistes et aiguisé mes envies. Les travaux de l’Historial ont conforté plus sérieusement la mise en ordre des découvertes. Au bout d’un certain temps le classement s’impose automatiquement, quand l’œil est à l’affut en passant en revue des milliers de cartes dans des caisses souvent consultées dans les camions ; car les marchands ne les sortaient pas du parking, comme on laisse en réserve les marchandises de mauvaise qualités pour de rares et bizarres clients. Les albums de François Perrault chez Taillandier « images de poilus » (que j’ai d’ailleurs largement alimentés) m’ont aussi inspiré, surtout par leurs manques criants et un classement confus !

Mon MAITRE a été, alors que j’avais presque achevé ma collection actuelle, BRUNO DE PERTHUIS : abonné à « Cartes Postales et Collection » je découvrais à chaque livraison ses articles qui étaient au centre de mes préoccupations ; j’ai pu aussi prendre connaissance de ses productions très prolifiques. Ma manière d’écrire ou de composer n’était pas la même, mais j’ai immédiatement admiré un vrai spécialiste ayant opéré sur un champ immense et réuni sans doute la plus importante collection au monde. Je lui ai simplement écrit en 1995 et nous nous sommes rencontrés à plusieurs reprises et souvent téléphoné. Pour lui j’ai dépouillé l’ensemble du « MIROIR » pour recenser les illustrations de CARREY. Chez lui j’ai découvert une partie de ses trésors car l’homme affable et discret se garde de tout montrer.

Je ne peux oublier de mentionner mon ami Gilbert Meynier, LE spécialiste français de l’Algérie, un véritable historien donc, avec lequel j’ai fait mes études à Lyon : sa thèse portait aussi sur la Grande Guerre ; sa méthodologie a fait fonction de modèle, comme son approche de la formation de l’imaginaire colonial pour lequel il avait une réflexion très profonde.

D’après ton expérience, quels types de cartes et quels thèmes sont les plus fréquents dans la production de cartes postales de la Grande Guerre ?

Une première distinction me parait devoir être faite entre la première année de la guerre et la suite. La production tout azimut démarre très vite, avec une prodigieuse abondance, tant les thèmes étaient prêts quasiment depuis 1870 et l’attente de la Revanche, exaspérée par les rivalités coloniales ou industrielles entre les grands fauves du capitalisme.

Dans les types de cartes, les patriotiques sont certainement les plus nombreuses ; sans être spécialiste, j’ai vu, notamment dans ton livre, des chiffres pharaoniques des tirages : on a pu pour certaines cartes dépasser les centaines de milliers d’exemplaires. Les cartes satiriques à succès sont parfois plus connues par les amateurs et plus recherchées, mais elles sont loin d’atteindre les tirages des cartes patriotiques.

Sans entrer dans les détails et les sous-classifications deux grands thèmes émergent, l’exaltation des liens familiaux (l’expression de Serge ZEYONS « roman photo » est à ce titre très évocateur des fonctions de ce type de production : dans une société en guerre on célèbre la famille au moment où on la détruit) et la chasse aux barbares, la diabolisation exacerbée des ennemis. Trois vedettes incontestables dans le palmarès. Le poilu qu’on célèbre pour pouvoir jusqu’au bout sucer son sang : on va même jusqu’à le qualifier de « Saint-Poilu » ; on sait maintenant combien cette littérature de l’arrière était peu appréciée au front, en contraste avec les journaux provenant directement des tranchées. Puis Joffre, « notre Joffre qui êtes au feu » omniprésent jusqu’à son effacement, champion des champions parmi tous les dirigeants, carrément l’égal de Napoléon ! Enfin bien-sûr Guillaume II, déjà largement brocardé avant la guerre : les plumes et les traits étaient prêts pour en faire l’apache, l’assassin, l’incendiaire, le chef de la « Kultur » des barbares.

A contrario, y a-t-il des thèmes qui te semblent sous représentés et que tu as eu des difficultés à trouver dans les cartes que tu as pu consulter ou acheter ?

Bien-sûr il ya des manques patents, essentiellement pour des raisons économiques : combien de fois ai-je dû très vite arrêter le dépouillement d’une caisse prometteuse chez un marchand (par exemple chez les plus grands du Passage des Panoramas à Paris) en comprenant aussitôt que « ça n’était pas pour moi » ; malgré les marges de négociation, les prix m’étaient inaccessibles. C’est ainsi que j’ai communiqué de bons « tuyaux » à des collectionneurs plus fortunés. J’aurais voulu, pour les cartes satiriques, avoir beaucoup plus de cartes allemandes, de même pour la guerre dans les colonies. De grands illustrateurs publiés dans « la Baïonnette » ne sont pas présents dans ma collection. Mon choix de ne prendre aucune carte-vue prive aussi la collection de rapprochements intéressants, par exemple sur la promotion incessante du canon de 75, « la terreur des boches ».

Les manques sont donc criants : pas parce que les cartes sont difficiles à trouver mais difficiles à acquérir. On peut trouver des exemples de la folie de certains prix dans les sites spécialisés ; j’espère que ce marché se régulera progressivement.

Mais je n’ai pas de regret pour ces manques, ayant fait tout ce que j’ai pu et présentant au final un ensemble très représentatif de « l’ârme des cartes postales », même si un collectionneur d’une autre race remarquera que certaines séries ne sont pas complètes : cela ne m’a jamais empêché de dormir !

Je n’ai pas la religion des grands illustrateurs, mais il est vrai que la grande série d’Alberto MARTINI (« les danses macabres ») m’a vivement ému, sur le fond et sur la forme, comme l’œuvre du Hollandais Louis Raemaekers. Les pièces originales, créées par un poilu sur le front sont aussi rares qu’émouvantes, les « graines de poilu » joignent la fraîcheur des cartes multi-bébés d’avant guerre à l’incroyable militarisation des enfants et leur utilisation dans la propagande la plus brutale. L’album « animaux et guerre » est le plus abouti.

Enfin la collection « L’AS » éditée chez JK (KATZ à RUEIL), dans le genre grivois, est, pour l’essentiel, de grande qualité sur la forme et rend bien compte des frustrations sexuelles et des rêves des combattants, sans être vulgaire.

Quelles ont été tes méthodes d’acquisition de ces cartes ?

La nécessité l’a emporté sur le hasard puisque j’ai dû partir essentiellement en chasse en Région Rhône-Alpes, ma région d’origine. Pendant des années, outre ma présence sur les vides greniers, j’ai fréquenté les principaux salons spécialisés de la région. Pendant des années je suis allé au plus important d’entre eux, celui de Givors, le plus important de France puisqu’il a réuni jusqu’à 400 exposants. Là, j’ai vu des gens littéralement courir, comme dans la période des soldes, lorsque les portes s’ouvraient, bousculer sans vergogne leurs voisins. Moi-même j’ai été pris dans une sorte d’épreuve sportive : sur deux jours pleins, pour voir le maximum de cartes, choisir rapidement, écourter la négociation. C’est un lieu où il faut arriver avec plein d’espèces, ne pas hésiter devant l’occasion, rentabiliser au maximum son temps. Au fil du temps j’ai rencontré quelques marchands champions du régionalisme, et totalement ignorants sur la guerre, synonyme de « drouille » pour eux et d’encombrement ; je faisais presqu’une bonne action en les débarrassant de stocks invendables. Deux d’entre eux ont même chassé pour moi, me remettant parfois à des conditions très satisfaisantes, des stocks glanés chez leurs collègues. Au hasard des demandes sur les stands, des collectionneurs entendant ma recherche m’ont spontanément proposé leurs cartes ; j’ai cerné les besoins de ces amis de rencontre, et acquis pour eux sur la guerre des lots de cartes-vues dans le champ de leur recherche et pu ainsi faire de fructueux échanges. Ce genre de débrouille est aujourd’hui beau coup plus difficile à mettre en œuvre.

On apprend ou on perfectionne dans ces joutes l’art de la dissimulation, le vendeur faisant monter les prix quand les yeux brillent ou se posent avec trop d’insistance sur telle ou telle caisse. La technique principale est de s’intéresser à tout autre type de cartes et presque par raccroc demander des militaires pour les copains en faisant même semblant de leur téléphoner.

Je suis allé aussi dans les principaux salons parisiens parfaire ma formation mais j’y ai peu acheté. C’est pourquoi ma collection comprend beaucoup de cartes de province, parfois sauvagement reprises de thèmes parisiens, d’Italie et de Suisse : j’ai vite compris que cela lui donnait une originalité supplémentaire.

Ces achats ont parfois été l’occasion de rencontres étonnantes. Surtout sur les vide greniers où l’on a plus de temps : la recherche de cartes sur la guerre déclenche souvent des récits, des souvenirs de la part du vendeur ou des autres acheteurs présents ; souvent aussi des questions quand ils croient se trouver en face d’un spécialiste ; j’ai pu mesurer ainsi très concrètement l’impact général de la Grande Guerre dans les esprits et les cœurs du 21e siècle. J’ai souvent orienté vers les archives départementales des personnes me disant avoir au fond d’un grenier des photos, des écrits d’arrière grand-père, voir même expertisé, selon ma modeste expérience, des documents de ce type.

Tu as croisé d’autres collectionneurs de cartes postales de la Grande Guerre. Peux tu évoquer quelques profils et les spécialisations qui vont avec dans la manière de collectionner ?

Oui, j’ai connu directement ou indirectement quelques grandes figures que je ne peux oublier. Je pense à Henri Parent, aujourd’hui décédé, chirurgien des yeux en invalidité qui consacrait des moyens apparemment illimités aux cartes de la guerre ; je l’ai connu par l’intermédiaire d’un marchand, découvrant un flibustier mobilisé pour les expéditions les plus lointaines, fonctionnant à l’international, avide de raconter ses coups à la fin d’un bon repas, damnant le pion aux marchands dans les ventes aux enchères : ses chasses, c’était devenu sa vie.

Pour me séparer de mes doubles j’ai ouvert, tenues par mes proches, trois petites boutiques sur Delcampe (dardanelles, sikka et sloan, on peut aller voir !). Sur ce marché de l’internet en constante progression, j’ai ainsi été en contact avec des acheteurs compulsifs dont je ne peux citer les noms. L’un d’entre eux apparemment très isolé entretient ainsi une collection jalousement gardée comme une danseuse, montant indéfiniment les enchères par des offres automatiques folles qui éliminent toute concurrence : j’estime à plus de 250 000 euros ses dépenses. La passion compensatrice n’a pas de prix, si elle a un coût !

La plupart des collectionneurs que j’ai directement ou indirectement rencontrés n’ont pas du tout les mêmes préoccupations que moi : ils cherchent l’intégralité d’une série, ils ne veulent que des cartes impeccables et n’apprécient pas l’usure du temps, les petits défauts qui donnent vie à une carte ; et surtout, ils négligent ostensiblement les correspondances du verso. Compréhensible pour les plus grands des illustrateurs, ce mode de sélection par élimination me choque : la carte n’est plus appréciée « dans son jus », dans son épaisseur humaine, dans la plongée intime où elle nous entraîne, dans sa valeur historique complète.

Il y a aussi ceux qui cherchent dans les cartes un simple souvenir familial, un régiment où ils ont servi beaucoup plus tard et qui a une longue histoire : dans ma région ce sont les chasseurs alpins. Des sites très émouvants retracent aujourd’hui l’histoire quotidienne de tel ou tel bataillon avec un amour et une érudition remarquables : l’hommage du souvenir fidèle est rendu à de simples soldats et cela me touche profondément.

Je voudrais reparler de Bruno de Perthuis mon Maître ; c’est d’ailleurs par lui que j’ai proposé ma collection à la grande maison de vente aux enchères de Christoph Gärtner en Allemagne. Cet homme, atteint par d’inimaginables accidents, a fait preuve d’une force morale incroyable : c’est sans doute l’œil le plus exercé que j’aie jamais rencontré (avant de lui trouver avec toi un concurrent à la hauteur !). Contrairement à toi, lui non plus n’attache pas d’importance aux correspondances mais il a acquis sur le plan de l’analyse des dessins une expertise immense et très polyvalente. Je l’ai alerté un jour sur la vente à Lyon d’une importante collection d’illustrations par un des organisateurs du Salon de Givors ; il faisait moins quinze et les trottoirs de la ville étaient gelés ; il est aussitôt arrivé en train de Beaugency, en habits d’explorateur et est reparti le soir même muni d’un lot impitoyablement sélectionné. Les marchands que je connais le respectent beaucoup pour son érudition et son affabilité.

Je voudrais rendre hommage aussi aux petits collectionneurs que j’ai rencontrés, membres assidus de sociétés savantes locales, partageant leur quête du graal. J’ai vu ces gens-là chez mon éditeur savoyard, impatients de voir sur un rayon de librairie l’œuvre de leur vie et lui consacrant tout leur temps ; à l’heure d’internet qui prendra leur relève ?

Sur ce plan je voudrais aussi te dire mon plaisir d’avoir découvert avec toi un vrai spécialiste qui n’est pas collectionneur et qui dispose pourtant de près de 100 000 images numérisées : pour nous tous, l’intérêt historique, la recherche sans langue de bois passent ainsi devant, éliminant les suspicions qui affectent les relations entre collectionneurs ; même si, je l’espère, cet immense rassemblement, leur indexation, leur mise en valeur dans des expositions, conférences, publications te permettront de gagner normalement ta vie. Je souhaite vivement que les collectionneurs verront l’intérêt d’une telle collecte et t’ouvriront leurs portes comme je l’ai fait avec beaucoup de plaisir, de totale confiance et au final de reconnaissance. Je le leur recommande très fortement.

C’est quand même un comble pour le pacifiste que tu es, révolté par les horreurs de la guerre, de collectionner justement les images qui ont accompagné le conflit et qui constituent une forme de « propagande » guerrière. La posture du collectionneur par rapport au « grand massacre » n’est-elle pas ambiguë ?

C’est l’inévitable et légitime question de fond sur untel thème de collection. J’ai eu beaucoup de mal à me plonger dans les archives militaires voir même à assimiler le minimum de vocabulaire et de culture pour pouvoir décrypter les documents : oui c’était un comble pour moi de fréquenter assidument un univers pour lequel j’avais plus que de la prévention ; j’ai même retrouvé cette résistance intime très longtemps chaque fois que je demandais à un marchand de me sortir ses « militaires ». C’est l’éternel problème des historiens : fréquenter l’infréquentable tout en gardant de la distance et de l’objectivité et se garder du « syndrome de Stockholm », c'est-à-dire d’une sympathie sans recul sur les acteurs et au-delà d’eux sur le système dans lequel ils agissent. Il faut certainement bien connaître son ennemi pour le combattre et, pour être crédible, déceler ses armes et l’appréhender de l’intérieur. On est plus fort devant lui quand on présente des documents incontestables, représentatifs et non manipulés, issus de son bord sur lesquels chacun pourra avoir son appréciation. Je crois avoir assez bien perçu le péril de la connivence dans cette présentation, sans être sûr de m’en être toujours protégé et ces arguments raisonnables sur le « combat de l’intérieur » ne me convainquent pas moi-même, ou tout au moins me paraissent très insuffisants.

Oui, il y a grand danger d’ambiguïté quand on réunit un tel ensemble et qu’on le fait connaître : quelles forces obscures ne vient-on pas alimenter ? Cette ambiguïté, à lever absolument ou tout au moins à tenter de le faire, porte à mon sens sur deux plans d’une importance inégale.

La clef réside dans le propos de celui qui présente des documents : autant l’objectivité s’impose dans la collecte et la présentation, autant la neutralité est interdite dans le commentaire et l’énoncé d’une intention ; le collectionneur et pour moi l’historien qui ont fait leur devoir d’objectivité doivent délivrer le sens qu’ils attribuent à leur travail, se positionner. La neutralité revendiquée sera toujours fausse, pernicieuse : l’histoire est faite pour servir, analyser, alerter sur les manipulations qui ont tué tant d’hommes ; le sens, la leçon, il faut les dire et les crier car la simple compassion pour les victimes ne suffit pas : il faut reposer les éternelles questions des intérêts qui divisent et menacent notre Société et de ce qui arrive quand les instincts les plus bas des foules sont suscités, entretenus, démultipliés jusqu’à devenir incontrôlables : comment se fait-il qu’en Août 1914 les puissantes organisations de travailleurs de chaque camp aient rallié si vite et si massivement les joyeux partisans de la guerre ? Comment se fait-il que, de l’extrême gauche à l’extrême droite, tant de dessinateurs aient mis leur talent au service de la haine et se soit insérés si vite dans l’Union Sacrée ? Comment se fait-il que celle-ci ait finalement tenu tant d’années ? Comment se fait-il que toutes les tentatives de paix aient échoué ? A quand faut-il faire remonter, bien avant la guerre, la perversion des esprits libres qui laissait ainsi la place aux plus enflammés ? Qui défendait Jaurès quand il était traité d’Allemand ? Les réponses nous interpellent sur la force de la démocratie, des groupes sociaux, de leurs alliances ou de leurs compromissions ; nos enfants poseront les mêmes questions si par malheur notre société ne répond pas aux vrais défis et ouvre la porte à toutes les violences et à tous les prophètes de malheur, barbus ou non. Oui, ces questions sont très actuelles dans la montée des courants fascistes, bellicistes, intégristes qui voient, sur fond de désarroi social, de désespérance et de chômage, des couches populaires très récemment progressistes rallier l’extrême droite dont le discours n’est pas loin des pires bonimenteurs de la Grande Guerre.

Présenter cette arme de la propagande que furent les cartes postales, c’est montrer jusqu’où elle a pu aller et en énoncer les conséquences : à un moment la machine de guerre et de haine ne peut plus s’arrêter, le message est là et le collectionneur que je suis est ainsi nécessairement un lanceur d’alerte. A l’époque certains ont dénoncé, comme Gide, le bourrage de crâne, ses bêtises et ses outrances et les poilus mêmes étaient très mal à l’aise avec les injonctions patriotiques de l’arrière surtout si elles étaient proférées par des « embusqués ». On en trouve des traces dans certaines correspondances, malgré la censure. Il faut pousser plus loin l’analyse et démonter les mécanismes de la haine et des intérêts cachés pour que chaque guerre ne soit pas la der des, en attendant la suivante.

Beaucoup plus difficile est la résolution de l’autre ambiguïté : c’est celle qui est en chacun d’entre nous et avec laquelle je suis personnellement affronté en permanence. Dans ce témoignage je ne veux donc que parler de celle qui m’habite et que je m’efforce de « travailler », en sachant qu’il faudra le faire jusqu’au bout. Je l’ai rencontrée pendant la guerre d’Algérie : militant très engagé pour l’Indépendance, j’ai souffert pour les Pieds Noirs ; faute d’une solution juste la plupart des européens progressistes ont rallié le camp de la politique du pire et, comme Camus pour la sienne, j’ai été en empathie avec le malheur de toutes les mères : j’étais partagé, bouleversé par les souffrances de chacun, et pourtant là il fallait sans compromission choisir la voie de la justice, c'est-à-dire de l’indépendance. Aujourd’hui je suis meurtri de ce que le FLN en a fait, jusqu’à élire une momie pour défendre les intérêts d’une caste. La tentation est grande de rejeter ceux que j’ai adorés et pourtant, levons toute ambiguïté, il fallait cesser le viol colonial.

Je retrouve ces sentiments pour les poilus : culpabilité latente de risquer de trahir ceux qui ont tant donné en mettant en avant les marionnettistes souvent de grand talent qui les ont manipulés, compassion immense, admiration devant tant d’endurance, d’héroïsme, de sacrifices dans les deux camps, fascination par exemple devant l’incroyable efficacité su service postal mis en place pour assurer un lien permanent entre les tranchées et les familles, lien aussi vital que la voie sacrée de Verdun. Je revendique aujourd’hui un immense respect pour les combattants et ça n’est pas rendre vain leur sacrifice que de clamer une puissante révolte devant tout ce qui les a conduit aux charniers.

C’est difficile de sortir de la logique infernale des camps, des bons et des mauvais quand elle est installée pour longtemps parce qu’un flot de sang a coulé : là-dessus il ne doit subsister aucune ambiguïté : les hommages nécessaires aux victimes n’ont de sens que s’ils nous mettent en garde contre le nationalisme qui a dévoyé tant de patriotisme. Beaucoup plus : il n’y aura pour moi nulle trahison si on réhabilite, de part et d’autres, tous les fusillés, victimes collatérales de l’effondrement de la raison et de la justice. N’oublions pas que leurs assassins n’ont jamais été condamnés, tout au plus on les a, parfois pour un temps bref, écartés

Peut-être suffira-t-il, pour être encore plus clair, de chanter devant tout visiteur d’une exposition la chanson de Craonne (qui m’arrache toujours des larmes) ou de la faire figurer en exergue de toute exposition et de tout livre ?

Pour relever le qualificatif de « pacifiste » que tu m’attribues, je dirais que je me définirais plus comme artisan de paix qui ne récuse pas la légitimité de certains moyens violents pour la défendre : pendant la Grande Guerre, je suis du côté de Jacques, le héros de Marin Du Gard qui meurt en lâchant d’un avion des tracts pacifistes sur toutes les lignes. Mais je condamne la capitulation de Munich, qui en suivait bien d’autres, comme je défends sans réserve le camp de la résistance pendant la deuxième guerre mondiale ; ou, comme mes amis africains qui, humiliés par la discours de Dakar de Sarkozy, anti colonialistes irrécusables, ont défendu comme moi, quasi unanimement l’intervention française au Mali. La non violence de Ghandi, que j’admire, n’as pas empêché d’effroyables massacres au moment de l’indépendance : les guerres se succèdent, mais l’artisan de paix n’a pas besoin de réussir pour persévérer !

Pour en revenir aux illustrations, je souhaite que ce prodigieux moyen pédagogique continue à pourfendre les fauteurs de guerre et de haine, s’il sait éviter les amalgames, les complaisances ou les inutiles provocations. Certes le rétablissement des Palestiniens dans leur droits diminuera le nombre des djihadistes plus que les caricatures du Prophète, mais la dénonciation des assassins fous de Dieu ne doit pas s’interdire les expressions les plus virulentes et les dessins les plus crus. La colombe de Picasso a servi malheureusement le fascisme rouge mais en tant que symbole elle a tout son avenir devant elle. Les pires cartes satiriques nous interrogent sur d’éventuelles limites de la liberté d’expression, sur la responsabilité du dessinateur, sur le code éthique du créateur qui est en risque permanent de dévoyer son talent. Mais n’est manipulé par les images que celui qui est manipulable : tout commence et finit par un travail intérieur de prévention devant ceux qui s’adressent aux pires instincts qui sont en chacun d’entre nous ! C’est dans ce sens, POILUS MES FRERES HUMAINS que je veux vous honorer cent ans après votre tragique destin, c’est dans ce sens que vous m’inspirez aujourd’hui.

Tu décides de te séparer de cet ensemble considérable en plein centenaire de la Grande Guerre. Un drôle de moment pour se séparer d’une collection de toute une vie, non ?

Heureusement que ça n’est pas l’Œuvre de toute une vie ! Il y en a beaucoup d’autres, ce qui me permet de faire facilement le deuil de cette séparation et le centenaire m’apporte l’occasion la plus favorable pour l’accomplir. Comme cela le reste de ma vie pourra mieux se nourrir d’autres découvertes ! J’ai d’abord la satisfaction d’une belle aventure et d’un travail accompli ; j’ai compris que le plaisir réside dans la constitution d’un ensemble et son aboutissement, pas dans la conservation. Et puis je dois dire tout simplement le désir pour un petit retraité de disposer à la fin de sa vie, pour lui, pour les siens et pour ses actions caritatives en milieu rural au Sénégal d’un peu plus de moyens. Je n’ai jamais été prisonnier de cette collection et n’ai donc aucun mur à franchir pour la quitter. Les rires de mes petits enfants, ces petites vies spontanément abordées dans le jeu et l’émerveillement suffisent à ma joie, comme tant d’autres choses faisant partie de mon jardin secret. De plus je trouve pathétique le destin de certaines créations humaines quand leur artisan n’a pris aucune disposition de transmission ou de conservation et que leur dispersion intervient sans respect et compétence, faisant parfois la fortune des marchands. La séparation c’est simplement la fin d’une étape, en en attendant d’autres, le chemin ainsi déblayé facilitera leur arrivée.

Un grand merci, Guillaume, pour cette occasion de retour sur ce qui est devenu mon passé et qui facilitera sa transmission.

Propos de Jean-Loup Salètes (jeanloup.saletes@wanadoo.fr) recueillis par Guillaume Doizy

Collection Jean-Loup Salètes

LES ILLUSTRATIONS DE LA GRANDE GUERRE,

L'ARME DES CARTES POSTALES :

CARICATURES "ANTI-BOCHES"

et CARTES PATRIOTIQUES

CLASSEMENT THEMATIQUE DES 20.000 CARTES

(au 20 Mai 2011)

plus de 750 Illustrateurs

THEME A : CARICATURES ANTI « BOCHES » (+ de 3000 cartes)

A1 : LE CHEF DES BARBARES

ALBUM N° 1 (+ de 420 cartes) : GROS PLANS SUR GUILLAUME II

11- une tête d'assassin

12 - il veut dominer le monde

13 - l'incendiaire

14 - pitre, pleutre et sauvage

15 - la grande ombre de Napoléon

16 - bientôt la camarde

ALBUM N° 2 ( + de 460 cartes) : LE PITOYABLE CHEF DES ASSASSINS

21 - le déjeuner de Paris

22 - il n'a plus d'argent

23 - c'est la tournée de Joffre

24 - la bête sauvage en cage

25 - sur son trône perçé

26 - la vengeance de ciel

27 - le menteur de l'agence Wolf

28 - le Manneken-Pis et le bouchon de Liège

ALBUM N° 3 (190 cartes) : QUELLE FAMILLE !

31 - les malheurs du Kronprinz

32 - ce pauvre François-Joseph

33 - l'aveugle et le paralytique : la déchéance pour Guillaume et François-Joseph

34 - le sultan aussi

A2 BETES ET SAUVAGES

ALBUM N° 4 (+ de 440 cartes) : BETES ET BOCHES

41 - nos ennemis les bêtes : tous les animaux de la création pour représenter les belligérants (305 cartes))

42 - faces de boches en choucrouteland : une race arrogante et dégénérée

ALBUMS N° 5 et 5 bis (plus de 600 CARTES) : LA PUNITION DES BARBARES

51 - la bête féroce est affamée

52 - ils recrutent des enfants

53 - les pilleurs

54 - matés par les noirs

55 - voila les cosaques

56 - guignol rosse les prussiens

57 - les coups de pieds au c... : tout ce qu'on leur fera

58 - aéros de France contre taubes

59 - le "75" domine le 420

510 - (album 5 bis) : leur "Kolossal Kultur" d'assassins

A3 : SERIES

ALBUM N° 6 SERIES N° 1 (+ de 440 cartes)

Séries d'Alfredo MARTINI (danza macabra, première série) , VENTURA, ORENS, CARTES "PIECES UNIQUE", faites à la main , CARTES A SYSTEME, JARRY (série humoristique de la guerre de 14), BERTIGLIA, BIERE, CHATILLON, GAILLARD, MULLER , MASS'BOEUF , R. LABAN DE VARALJA , JAN , de BUSSY , PIERRE , TICK , AURRENS , PELLOS, HUGUET-NUMA, ROUVIERE , ROCHAT , FAIVRE , COTTIN , HEROUX , BERSIER , HERBST, O'GENE, TAUZIN , WEAL , Série"Lou Pichoun et l'Ogre Allemand",

ALBUM N° 7 SERIES N° 2 (+ de 460)

cartes)

Séries de RAEMAEKERS (série complète de l'édition italienne des "dessins d'un neutre"100 cartes) , LECARD , chansons et sonnets d' André SORIAC , MAITRE-JEAN , VAN-BATT , AMIAUX , BAC, GAILLARD, FORAIN, "ADL", RADIGUET , MORISS, ROUVIERES, SERIE LA GUERRE, éd. Laclau, Toulouse, cartes "Merde pour le roi de Prusse", "TEXTES ILLUSTRES" (calembours, portraits commentés) , figurines du concert européen de RIZZI et de GIRIS, les grandes dates de septembre 14 (Foch contre Guillaume, cartes des opérations), prédictions de Mme. de Thèbes (Lausanne) , "les pays neutres" d' Hélène SEGUIN (Lausanne), série "prise du drapeau" .

THEME B : IMAGES DES POILUS (+ de 3.800 cartes )

B1 HUMOUR, REVE et FANTASMES : UNE PETITE FEMME ! ALBUMS N° 8 et 8 bis (+ de 1000 CARTES) : dont séries JK, As, Guerre en dentelle, Petite guerre, Morinet, grivoises et photomontages retouchés en studio….

B2 SAINT - POILU (+ de 1460 CARTES) ALBUMS N° 9 9 bis, 9 ter et 9 Quatro

91 - portraits de héros

92 - folklore et stéréotypes, argot des tranchées

93 - Verdun , "ils ne passeront pas ! "

94 - le pater noster de Joffre et autres prières

95 - les Alpins

96 - les Anglais, frères des tranchées

97 - contre les embusqués

98 - cartes pacifiques

99 - les souscriptions

910 - les chiens patriotes

911- pour les morts

912 - cartes correspondances militaires

913 – illustrations de combats

B3 GRAINES DE POILUS (+ de 720 CARTES) ALBUMS N° 10 et 10 bis

Illustrations, séries et "cartes studio" : les enfants enrôlés pour la propagande : Fabiano, Delalain, Poulbot, Beetz, Bertiglia, Clément, Hansi, Chamoin, Brice, Spurgin , Right, Mac’Gill, Wuyts, Nash, Morinet, bébé poilus, photomontages retouchés en studio…

B4 SERIES SUR LES POILUS (+ de 620 cartes) ALBUM N° 11

CARREY, JOURNEE DU POILU, BRUYER, portraits de SAGER, MORIN, les "saints-poilus" de MARECHAUX , de CHAMA (Lyon), ANQUETIL, CHAMBRY, MC'GILL, WAGEMANS, séries de DUPUIS, BEETZ, Jean KERHOR, GABARD, Série du SID, LECARD, GRIFF, CHANSONS DE GUERRE et CARTES-PROCLAMATION, Cartes Romantiques Anglaises, HUBERT, GERVESE, VEZERE, BASTIEN, THIRIAR, les Alpins de MULLER

THEME C : MYTHES et RITES PATRIOTIQUES (+ de 5300 cartes)

C1 "NOUS REPRENDRONS L'ALSACE et la LORRAINE " (+ de 1360 cartes)

ALBUMS 12 et 12 bis et 12 ter

Illustrations (HANSI, HELLE, DUTREC, MARECHAUX, SAUBIDET, JARRY, DELALAIN, FAIVRE, ZANE ...) et cartes "studio », photomontages

C2 LA GUERRE SAINTE (+ de 860 CARTES)

ALBUM N° 13, DIEU EST AVEC NOUS : illustrations et cartes patriotiques, l’union sacrée après les luttes de 1905 et le départ des congrégations, prêtres et religieuses contre le « Vieux Bon Dieu » Allemand

ALBUM N° 13 bis, CROIX ROUGE, LE DEVOUEMENT : séries, photomontages en studio, C3 AU DRAPEAU ! ALBUMS N° 14 et 14 bis (+ de 1000 cartes)

141 - drapeaux Français et Alliés, illustrations, quelques cartes brodées

142 – séries drapeaux pris à l'ennemi

143 - "femmes drapeaux" : les figures guerrières

144 - allégories patriotiques

C4 DIRIGEANTS et ALLIES : FRERES D’ARMES (+ de 1000 cartes)

ALBUMS N° 15 et 15 BIS

151 - présidents, souverains, généraux : Joffre super star

152 - tous unis dans les tranchées : la force des braves

C5 LE COQ GAULOIS et AUTRES SYMBOLES , ALBUMS N 16 et 16 BIS (+ de 1080 CARTES) 161 – des portes bonheur pour les tranchées

162 - le fameux "75" qui venge 70

163 – les cloches de Pâques sonnent la victoire

164 - le coq y chantera en ...

165 - bouquets et fleurs au fusil

166 - notre aviation invincible

167 - les poissons d'avril de la guerre

THEME D : DE LA TRANCHEE A LA FAMILLE (+ de 7100 cartes)

ALBUMS N° 17 (600 cartes), 18 (600 dont 180 Alpins), 19 (500), 20 (400),

21 (520), 22 (500), 23 (500), 24 (carton, 600), 25 (carton, 700), 26 (carton, 700 cartes comprenant notamment les principaux thème patriotiques et 200 doubles), 26 bis (carton 900 cartes, 27 (album, 600 cartes)

Cartes patriotiques plus courantes, pour la plupart mises en scène en studio et retouchées (bromurines), marquant une continuité par rapport aux cartes "fantaisies" d'avant guerre et exaltant la permanence du lien familial et de la communion patriotique. Images et textes vont des hymnes sentimentaux les plus naïfs aux allusions érotiques les plus nettes, en passant par les slogans patriotiques les plus exacerbés

THEME E : LES ALLEMANDS AUSSI… CARTES DE CEUX D’EN FACE ( + de 900 cartes essentiellement des Illustrations)

Les mêmes thèmes vus du côté Allemand et Autrichien : mêmes sujets ou procédés, styles différents

ALBUM 28 : 345 cartes

Humour, caricatures (36), pièces uniques (6), portrait soldats (52), Courrier (6), Croix-Rouge, blessés (25), Bateaux (6), défilés (12), Religion (18), Morts (13), Dirigeants (50), Cavaliers, chevaux (65), Prisonniers (2), correspondance militaire (10), Armes, Artillerie (42)

ALBUM 29: 390 cartes

Scènes dans les tranchées et sur le front (320) dont quelques pièces uniques, blasons, drapeaux (20), fantaisies (5), croquis villages (45)

ALBUM 30 : 175 cartes

Soldats en famille, évocations sentimentales

TOTAL : Plus de 20.000 CARTES, 750 ILLUSTRATEURS

Présentées en 39 ALBUMS et 4 CARTONS

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