« Bosc. De l’humour à l’encre noire » : entretien avec Thérèse Willer

A l'occasion de l'ouverture de l'exposition « Bosc. De l’humour à l’encre noire » visible jusqu'au 1er mars 2015 au Musée Tomi Ungerer de Strasbourg, entretien avec Thérèse Willer, directrice du musée.

Une exposition d’œuvres de Bosc en France, c’est une première ?

C’est une première en tous cas dans un musée public français. Il est d’ailleurs étonnant que Bosc, considéré de par le monde comme un maître du dessin d’humour et satirique et qui a influencé beaucoup de dessinateurs devenus eux-mêmes célèbres comme Bretécher et Wolinski, n’aie pas eu droit jusqu’à présent à une exposition conséquente dans son propre pays. L’exposition « Bosc. De l’humour à l’encre noire » comble cette lacune, tout en s’inscrivant dans les objectifs du Musée Tomi Ungerer-Centre international de l’Illustration, faire connaître au public l’histoire de l’illustration du XXe et d’aujourd’hui.

On peine à imaginer aujourd’hui l’immense succès du dessin d’humour dans la période qui suit la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Comment expliquer cet engouement des années 1950 aux années 1970-80 ?

L’essor de ce secteur de l’illustration doit beaucoup à l’expansion économique d’après-guerre : en France, c’était l’époque des « Trente Glorieuses ». De nouveaux journaux et magazines sont alors apparus qui ouvraient leurs pages aux illustrateurs sur des sujets d’actualité et de société et garantissaient ainsi à leurs images une large diffusion. Il ne faut pas non plus négliger le rôle qu’ont joué certains éditeurs, entre autres Hazan, Pauvert, Denoël en France, Buchheim en Allemagne, Diogenes Verlag en Suisse, qui s’intéressaient aux dessins d’humour et les publiaient dans des recueils.

Qu’est-ce qui distingue le dessin d’humour des Chaval ou autres Bosc, des dessins humoristiques publiés par le Hérisson par exemple ?

C’est aucun doute le non-sens, l’absurde, en tous cas en ce qui concerne Chaval et Bosc, Maurice Henry également. C’est aussi l’une des raisons de leur « modernité », qui nourrit aujourd’hui encore la réflexion et le rire.

Bosc doit son succès à ses œuvres parus dans Paris-Match à partir de 1952. Comment expliquer l’intérêt d’un tel journal pour de tels dessins ?

Paris-Match a ouvert ses pages aux dessinateurs comme l’avaient fait auparavant des journaux et magazines anglo-saxons, The New Yorker, Holiday, Esquire, qui avaient donné aux cartoons leurs lettres de noblesse et permis à des talents comme Charles Addams, James Thurber et surtout Saul Steinberg de se faire connaître. Mais Paris-Match s’intéressait plus particulièrement aux gags visuels de Bosc, alors que ses dessins politiques et engagés étaient réservés à d’autres journaux.

Quels ont été les sujets de prédilection de Bosc ?

Sa thématique ne diffère pas tellement de celle des autres dessinateurs satiriques : l’amour, le couple, la guerre, la violence, l’absurdité de la vie, la modernité, l’art, la bêtise humaine, la mort…

Le dessinateur d’humour semble ne jamais vraiment vouloir prendre parti, même lorsqu’il croque la vie politique. C’est le cas de Bosc ?

Cela dépend des dessinateurs, et de leurs expériences personnelles. Si Tomi Ungerer a critiqué avec virulence la guerre du Vietnam, c’est en partie parce qu’il a été témoin dans sa jeunesse de la seconde guerre mondiale et de l’occupation nazie. Bosc a fait de même, traumatisé par la guerre d’Indochine dans laquelle il était engagé, sur la guerre d’Algérie.

Bosc et Tomi Ungerer partageaient un même idéal graphique ?

Oui et non. Ils poursuivent les mêmes buts : dénoncer la bêtise humaine, toutes les formes de tyrannie. Mais à l’inverse de Bosc qui avait trouvé dans le dessin d’humour et de satire sa forme d’expression privilégiée, Tomi Ungerer s’exprime dans de multiples secteurs des arts graphiques, du dessin de livre pour enfants à la publicité en passant par le dessin satirique et érotique.

Notre époque peut-elle encore comprendre l’humour de ces dessinateurs, alors que plus aucun média ne publie ce type de dessins ?

En ce qui concerne Bosc, il est indéniable que certains thèmes liés à la modernité, à la politique, à la satire sociale, sont restés d’actualité même quarante après et qu’ils sont immédiatement compréhensibles : le jeune public qui s’est présenté dès ce matin à l’exposition Bosc l’a montré, de façon flagrante. L’atelier d’illustration de la Haute Ecole des Arts du Rhin à Strasbourg, sous la houlette de Finzo, va travailler à partir des dessins de Bosc qui sont présentés : une autre manière de faire vivre le dessin d’humour des décennies passées.

Propos recueillis par Guillaume Doizy, octobre 2014

Tag(s) : #Expositions, #Interviews

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