François Forcadell : "faites ce que je dis, et que je n'ai jamais réussi à faire..."

On lira avec intérêt mais consternation ( !) le billet d’humeur (et pas d’humour) que François Forcadell vient de publier sur son blog « Fait d’images » à propos du dernier Salon de Saint-Just Le Martel. L’ancien rédacteur en chef de La Grosse Bertha (ancien dessinateur également) formule de vives critiques à l’égard de l’événement, qui « depuis plusieurs années (…) montrait déjà des signes d’essoufflement, peinant à se renouveler et à innover, compensant la désertion des dessinateurs français par la venue de dessinateurs internationaux, louant des expositions, et organisant des journées d’études sans public. On rajoutera la flopée de prix hétéroclites attribués sur des critères très opportunistes ». La création du Centre permanent en 2011 ? « Celui-ci souffre d’un manque évident de programmation, de personnel, de moyens, de perspectives. Une belle coquille presque vide avec de beaux tiroirs pour conserver des originaux… » explique encore François Forcadell pour qui « l’autosatisfaction permanente des organisateurs dans leurs textes de présentation ne suffit plus à masquer leur méconnaissance du métier des dessinateurs réduits sur place à caricaturer les visiteurs à longueur de journée ».

On pourrait reprocher ce dernier travers (et d’autres énumérés plus haut) à tous les festivals du dessin de presse organisés en France depuis trente ans. Aucun en effet n’a jamais réussi à créer de dispositif permettant au visiteur de bien comprendre les conditions de conception d’un dessin d’actualité, et c’est bien dommage. Aucun festival ne propose d’expositions satisfaisantes, n’organise des journées d’études attirant un vaste public, des tables rondes instructives et réussies, aucun ne se renouvelle ou innove au point de contenter non seulement les amateurs, mais également les dessinateurs et les spécialistes. Aucun festival, fut-il doté d’un centre « permanent », n’a réussi à se transformer en Musée du dessin de presse.

François Forcadell en connaît bien la raison quand il souligne le « manque évident de programmation, de personnel, de moyens, de perspectives ». Si le budget d’un musée se compte en millions ou en dizaines de millions d’euros, celui du Centre Permanent du dessin de presse de St Just jongle péniblement avec dix ou cent fois moins !

Peut-on reprocher à l’équipe qui anime le Salon en s’appuyant sur l’énergie d’une incroyable équipe de bénévoles de ne pas répondre aux critères muséographiques et de ne pas disposer des moyens matériels pour tenter de répondre à ces critères ? Peut-on reprocher à St Just de ne pas disposer d’un directeur/trice artistique permanent/e, d’un directeur/trice scientifique, de conservateurs/trices, d’animateurs/trices professionnels/les, d’un/e maquettiste, d’un/e chargé/e de com’, de spécialistes des sons et lumières, de rédacteurs/trices, etc., etc. ?

Gageons que si l'obstacle était facile à contourner, François Forcadell qui se passionne pour le dessin de presse depuis quarante ans, aurait déjà sorti de son chapeau le Festival de ses rêves. Si le public, les dessinateurs et les spécialistes attendent encore, nous espérons bien qu'il réussira, car un tel Festival/Musée disposant d'une "vraie" programmation, de personnels (nombreux et rémunérés), de (gros) moyens, de perspectives et d'une politique de conservation, manque en effet !

Guillaume Doizy, octobre 2014

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