Décès d'Alain Grandremy

Alain Grandremy n’est plus. Un grand monsieur vient de nous quitter.

J’ai connu Alain Grandremy au Salon international du dessin de presse et d’humour de Saint-Just-le-Martel, il y a une trentaine d’années. Je me souviens que, secrétaire de rédaction au Canard enchaîné, Grandremy m’avait chaleureusement invité à passer au journal pour proposer mes dessins. Je pense qu’il disait cela à tous les dessinateurs qu’il rencontrait tellement il aimait le dessin et ceux qui en faisaient. Je crois bien que pour lui, un Canard idéal aurait eu mille pages et dix mille dessins de mille dessinateurs différents chaque semaine.

En France, comme ailleurs, on a la sale habitude d’effacer l’ardoise et de dire monts et merveilles des pires crapules après leur disparition. Comment faire alors pour rendre hommage à ce gentilhomme d’un autre temps et un peu anar qu’était Alain Grandremy ? C’est que je n’ai peut-être jamais croisé quelqu’un d’aussi droit, affable et généreux que lui. Toujours disponible et à l’écoute, Alain avait le don de distribuer sans compter son amitié et de rassurer chacun sur son travail. Par ses paroles et attitudes, il multipliait à l’infini le plaisir que l’on a à dessiner et nous poussait tout naturellement à progresser dans cet art ô combien difficile mais passionnant de la communication par le dessin.

Il y a des dessinateurs, moi compris, qui détestent d’autres dessinateurs, mais Grandremy, lui, nous aimait tous sans exception. Je ne l’ai jamais entendu dire qu’un dessin était mauvais ou dire du mal d’un dessinateur, quel qu’il soit, jeune ou vieux, bien en cour ou marginalisé. Au contraire, il trouvait toujours le mot juste pour te faire savoir que c’était bien ce que tu avais fait, mais que tu pouvais éventuellement mieux faire. En fait, il fallait avoir appris à lire très profondément en lui pour comprendre ce qu’il voulait te dire sans te blesser. C’était un grand humaniste qui croyait tellement en l’Homme que Dieu lui était devenu totalement étranger. Ce en quoi il avait peut-être tort, non pas en ce qui concerne tel ou tel dieu, mais l’homme. Malheureusement, trop peu d’hommes sont ou ont été à sa hauteur. Et d’ailleurs, tout à fait entre nous, ses nombreuses femmes en savent, paraît-il, quelque chose.

Implacable, la roue tourne et aujourd’hui c’est un peu beaucoup du Canard qui s’en va : le meilleur du Canard, la plume. Car Alain Grandremy, par-delà ses qualités humaines était aussi une belle plume, malheureusement insuffisamment utilisée par le journal qui l’employait. Mais pas seulement cela car il était également une des mémoires vivantes du Canard, entièrement habité qu’il était par l’esprit de ses origines et de ce fait un des derniers gardiens du temple, sinon le dernier. Donc forcément dérangeant. Car Alain Grandremy avait des principes et les proclamait haut et fort. Cela dérangeait certains et, à l’image de ce qui se passe partout ailleurs, il en a évidemment pâti. Mais toujours la tête haute et sans concessions.

Aujourd’hui, le petit monde du dessin est en deuil car le cœur d’un de ses grands défenseurs a lâché. À nous de continuer l’ouvrage sans relâche afin de mériter l’amitié dont Alain Grandremy nous a fait cadeau de si bon cœur tout au long de sa vie.

Carlos Brito

Theneuil, le 20 novembre 2014

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