Attentat contre Charlie Hebdo : la mémoire courte du Canard enchaîné

En « une » du Canard enchainé endeuillé de cette semaine, le directeur de publication, Michel Gaillard, rappelle que « le Canard n’avait pas besoin de cette tuerie pour se sentir en sympathie avec « Charlie », massacré à l’arme de guerre pour avoir publié des dessins satiriques (…). Entre « Le Canard », presque centenaire, et son cadet, la proximité satirique et la communauté de pensée saute aux yeux. Les deux hebdos tirent dans le même sens, chacun à sa façon. Ils se sont affirmés, l’un et l’autre, comme des défenseurs virulents de la laïcité –un mot trop peu prononcé, ces derniers jours - , comme des démystificateurs, frondeurs, impertinents, irrespectueux ».

Et de relever l’incongruité flagrante que constitue le fait d’ériger en symbole Charlie Hebdo, « l’ennemi des symboles », brocardant la cérémonie aux Invalides à la mémoire de ces antimilitaristes, etc.

Le Canard rendant hommage à Charlie, dénonçant contradictions et hypocrisies semble bien dans son rôle. Certainement, mais n'ayons pas la mémoire trop courte.

Dans son édition du 26 septembre 2012, alors que Charlie devait de nouveau affronter les menaces terroristes suite à la publication de caricatures de Mahomet faisant écho à l’actualité (la mise en ligne du film L’innocence des Musulmans, qui avait provoqué la polémique), qu’écrivait le journal de Michel Gaillard ? Sous le titre « Crise de binaire », Louis-Marie Horeau en « une » indiquait très clairement : « Les dessins publiés par « Charlie » atteignent indistinctement tous les musulmans, les modérés comme les intégristes, les pacifiques comme les furieux. Certes, il n’est pas interdit de brocarder tous les bigots. Mais il n’est pas interdit non plus, comme disait Mitterrand, d’être habile (…). Certains écrits, certains dessins peuvent servir de prétextes à des actes criminels. Bien sûr, cela ne fait pas des journalistes ou des caricaturistes des coupables. Mais cela les rend peut-être un peu responsables ? »

A l’époque où Charb et Charlie étaient déjà sous protection policière car menacés de toute part, abandonnés par beaucoup de ceux qui disent défendre jusqu'au bout la liberté d'expression, la « proximité satirique et la communauté de pensée » avec Charlie ne sautait vraiment pas aux yeux du Canard. Mais grâce aux 12 morts de mercredi dernier, le palmipède devenu aveugle a retrouvé la vue ! Cela ne fait bien sûr pas de Louis-Marie Horeau et du Canard des coupables. Mais cela les rend peut-être un peu responsables ?

Guillaume Doizy

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