Noël Dorville, artiste en République : exposition (25 mars - 25 novembre 2015), conférences et colloque

On nous signale :

Événement au musée des Beaux-arts à partir de mars prochain : les Archives et les Musées de Beaune unissent leurs forces pour présenter une exposition qui s’annonce comme une révélation sur un artiste méconnu : Noël Dorville (Mercurey, 1874 - Cosne-sur-Loire, 1938), dessinateur de presse qui, durant plus de vingt ans, fut le chroniqueur et témoin assidu de la France de la IIIe République et de la Grande Guerre.

Cette exposition a pour origine la redécouverte du fonds d’atelier de l’artiste, légué en 1943 par sa veuve, descendante d’une famille beaunoise. Depuis plusieurs années, les Archives et les Musées de Beaune s’attachent à enrichir ce fonds et à étudier le parcours de Noël Dorville et de certains membres de sa famille, également artistes, tels le peintre Jean Dorville, son fils, et le dessinateur de bandes dessinées Gérard Dorville, son petit-fils.

L’exposition se veut ainsi une première étape de découverte de l’aventure artistique féconde d’une famille, les Dorville. Il était tout naturel d’initier ce cycle d’expositions par la figure tutélaire familiale qu’est Noël. Souvent cité dans les ouvrages consacrés aux dessins de presse mais jamais étudié, ce dernier est un formidable dessinateur qui publie dans de nombreuses revues, du Figaro à l’Illustration, et à la carrière prolifique qui s’étend sur une trentaine d’années.

Né en Bourgogne, et après avoir suivi des cours de dessin à Paris, Noël Dorville se lance très tôt dans une carrière de dessinateur de presse, se partageant essentiellement entre illustration d’actualités, dessins humoristiques et commandes officielles.

Collaborateur de nombreux périodiques satiriques tels que Charivari ou L’Assiette au beurre, il sait manier et doser avec subtilité la force subversive du dessin de presse pour dénoncer les conditions de vie difficiles des classes sociales défavorisées et les conséquences du manque d’éducation, les travers du petit-bourgeois, la bêtise et la lâcheté humaines en général.

Rapidement, il s’oriente vers l’actualité politique qu’il commente avec humour et parfois causticité. Chroniqueur de la vie parlementaire, il capte les joutes oratoires au Parlement, les tricheries, les arrangements en coulisse et les faux-semblants de la vie politique. C’est l’époque du Bloc de Gauches, avec le Parti radical en fer de lance d’une politique se voulant progressiste et anticléricale, de la création de la SFIO et de la loi de séparation de l’Etat et des Églises.

Ces dessins, souvent dotés d’une légende amusante due à Noël Dorville lui-même, permettent de dresser les caractéristiques du « style Dorville » : entre caricature et dessin réaliste, cet artiste sait appuyer sur un trait physique principal pour saisir l’essentiel d’une personnalité, de la barbe de Pelletan aux petits yeux ronds en orbite d’Émile Combes. Il aime également définir ses personnages dans l’exercice de leurs activités, saisis en mouvement. C’est là tout le talent de Dorville qui à l’aide d’une posture résume au mieux un caractère.

Reporter, il couvre également l’actualité internationale : les rencontres lors de la constitution de l’Entente Cordiale, les voyages présidentiels, la venue du roi du Cambodge ou du roi d’Angleterre en France…

Pendant la Grande guerre, tandis qu’il est mobilisé dans la section de Camouflage puis dans celle de l’Aéronautique, il dénonce les crimes commis par les troupes allemandes : le dessin est puissant, expressif, violent, participant de fait à la vaste entreprise propagandiste du Gouvernement français.

La période d’après-guerre est consacrée essentiellement à son activité de dessinateur judiciaire et à la réalisation d’albums. Directeur artistique de la Revue des Causes célèbres politiques et criminelles, il relate les procès de haute trahison, tels que l’affaire Bolo ou l’affaire du Bonnet rouge.

La centaine d’œuvres (peintures, pastels, fusains, gouaches…) exposées, accompagnées de centaines d’autres projetées sur des écrans, met en lumière le talent de dessinateur et de peintre de Noël Dorville : précision du trait, subtile association des couleurs, expressivité des figures. De Georges Clemenceau présenté en tribun et prince des orateurs à Henriette Caillaux assistant à son procès après avoir assassiné le directeur du Figaro en passant par Jaurès ou Edouard VII, tous ont été croqués avec malice et ironie par Dorville.

Passant par toutes les audaces d’un trait puissamment synthétique et un coup de crayon rapide, l’art de Dorville s’inscrit dans le genre de l’illustration de presse et dans la tradition française du dessin satirique et politique.

Au-delà d’une réaffirmation essentielle de la liberté de la presse et de la liberté de création, l’exposition se donne pour ambition de se positionner comme une belle revanche posthume pour ce dessinateur de génie.

Autour de l’exposition

L’exposition fait partie du programme off du Festival international du Film Policier qui a lieu à Beaune du 25 au 29 mars 2015.

Conférences thématiques
Porte Marie de Bourgogne à Beaune, Salle polyvalente, 3e étage.
18h30

- Jeudi 23 avril, par Carole Thuilière, archiviste à la Ville de Beaune.
La Grande Guerre de Noël Dorville, du camp retranché de Paris à la Conférence de la Paix.

- Jeudi 21 mai, par Laure Ménétrier, responsable des Musées de Beaune.
Noël Dorville et le dessin de presse, effronté et subversif mais pas trop !

- Jeudi 11 juin, par Marion Leuba, conservatrice aux Musées de Beaune et Laure Le Bouhec, ancienne stagiaire au musée des Beaux-arts, chargée de l’inventaire du fonds Dorville.
Noël Dorville, l’Artiste.

- Jeudi 15 octobre, par Sonia Dollinger, directrice du Patrimoine Culturel de la Ville de Beaune.
Procès à sensation et chroniques judiciaires sous l’œil de Noël Dorville.

Colloque - Coups de crayons sous la IIIe République
Porte Marie de Bourgogne à Beaune, Salle polyvalente, 3e étage.

- Mercredi 15 avril et jeudi 16 avril
Initié par le Centre Georges Chevrier de l’Université de Bourgogne.
Programme : cliquez ici

Commissariat d’exposition

- Commissariat général de l’exposition : Laure Ménétrier, responsable des Musées de Beaune.
- Commissariat et coordination scientifique : Sonia Dollinger, directrice du Patrimoine culturel et responsable des Archives municipales de Beaune.
- Co-commissaires scientifiques de l’exposition : Marion Leuba, Laure Ménétrier, Carole Thuilière.

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