Dernière danse – L’imaginaire macabre dans les arts graphiques

Dernière danse – L’imaginaire macabre dans les arts graphiques, catalogue d’exposition, Musées de la ville de Strasbourg, 207 p., 32 €.

On lira avec intérêt ce catalogue d’exposition fort riche sur un sujet fascinant et rarement étudié en France, l’imaginaire macabre dans les arts graphiques, un thème qui bénéficie d’une production foisonnante depuis le développement de la technique du bois gravé en Europe au XVe siècle. Reflet d’interrogations existentielles sur la fragilité de la vie (memento mori), la représentation morbide n’a pas pour fonction première d’effrayer les vivants, mais plutôt, comme les vanités, de rendre humble devant l’inéluctabilité de la mort. La mort interroge, angoisse, stimule les imaginaires et trouve sa représentation la plus aboutie dans le squelette immaculé, symbole on ne peut mieux désincarné, détaché de la réalité de la décomposition du corps en putréfaction. Seul (camarde notamment) ou en groupe (danses macabres), le squelette atteint bientôt une telle universalité qu’il accède au statut de métaphore de la guerre notamment, le macabre servant, par un jeu d’association et de contamination, à accuser les vivants. Si l’exposition et le catalogue donnent la part belle à l’iconographie strasbourgeoise, le regard ainsi que les analyses proposées portent sur une production fort riche, foisonnante, passionnante et diverse dans l’espace comme dans le temps, mais également dans les techniques convoquées par les artistes. Frank Muller s’intéresse au « Macabre dans les arts graphiques du domaine germanique aux XVIe et XVIIe siècle » ; Philippe Kaenel observe tout particulièrement les productions macabres produites en suisse, et notamment celles de deux artistes pacifistes, Bille et Masereel, ainsi que de Steinlen que la guerre a rendu beaucoup plus patriote qu’on ne le croit généralement ; avec Florian Siffer, on découvre combien l’illustration strasbourgeoise s’est passionnée pour l’imaginaire macabre jusqu’à la première guerre mondiale, après laquelle le thème perd en vitalité ; enfin, Franck Knoery analyse le rôle du morbide dans les arts graphiques de l’Allemagne de l’entre-deux guerre chez les artistes pacifistes et antinazis notamment.

Dans la seconde partie du catalogue, le corpus est organisé selon 16 thèmes qui peuvent se concentrer sur un artiste, un procédé, un motif, une période ou un thème politique.

On remarquera que l’exposition ne porte pas en fait sur l’imaginaire macabre en général, mais sur un de ses motifs, le plus classique en fait, à savoir le squelette. A parcourir ce très beau catalogue, on perçoit une très grande unité dans les représentations, liée principalement au fait que l’imaginaire macabre n’a quasiment jamais enfreint une sorte de tabou : celui de l’os immaculé, le cadavre en putréfaction étant presque totalement banni de ces images. Comme si depuis le XVIe siècle, l’imaginaire morbide témoignait de notre difficulté à affronter l’horreur de la mort, en nous focalisant sur une représentation finalement acceptable, propre, lisse et consensuelle du macabre.

Guillaume Doizy

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