"Histoire de France" par Jules Dépaquit : souscription pour une réédition

Les éditions De Varly lancent une souscription en vue de rééditer L’Histoire de France de Jules Dépaquit…

C’est au cours de mes recherches que j’ai découvert le travail de Jules Dépaquit. Je me suis plongé dedans avec beaucoup de difficulté car c’est aujourd’hui un auteur complètement oublié du grand public. Il ne reste que les passionnés et les chercheurs pour s’intéresser à notre passé humoristique. Les éditions De Varly se sont données comme tache de sortir de l’oubli ces trésors, comme nous l’avons fait dans le passé avec Marcel Arnac ou Louis Forton. C’est une tache passionnante mais aussi ingrate car il est rare de vendre plus de 1000 exemplaires de ces rééditions, mais au moins je peux dire que je l’ai fait !

Dépaquit est un dessinateur un peu oublié aujourd’hui ?

Oui, mais ce n’est pas surprenant, les auteurs en 1900 sont légions et la concurrence entre les journaux et les auteurs était importante. Pour autant Dépaquit avant d’être un caricaturiste était un humoriste. Il se moquait des autres dans ses dessins mais aussi dans la vie de tous les jours. A la terrasse d’un café il aimait faire rire sur les politiciens ou le gardien de l’immeuble d’à coté qui croyait devoir faire le travail du gendarme. A force de lire des documents sur l’homme j’ai peu à peu eu l’impression d’apprendre à connaitre un autre « Coluche ». Dépaquit à même touché du doigt la politique en devenant Maire de la Commune Libre de Montmartre. Il a pour l’occasion écrit un programme politique bien plus drôle que celui de nos politiciens actuel. Une autre raison de son oubli réside dans le prix des livres anciens. Pour obtenir un exemplaire de son Histoire de France il faut payer plus de 150 euros. Tout le monde ne peut pas se le permettre. C’est de cela que je suis le plus fier : pouvoir mettre à la portée de tous un livre qui ne l’était pas.

Dépaquit publie son Histoire de France en 1928, une histoire de France à la sauce satirique…

Oui, mais Dépaquit a eu la mauvaise idée de mourir avant la sortie officielle du livre, qui fut mis en vente sous forme posthume. Et comme l’auteur n’était plus là pour faire sa promotion, que cette Histoire de France à la sauce moqueuse ne plait pas aux nationalistes, on n’oublie pas que la prochaine guerre n’était pas loin, que les professeurs ne veulent pas voir ce livre dans les vitrines des libraires… Cela fait beaucoup d’arguments pour qu’un livre soit un fiasco en termes de vente. Après cet échec, plus aucun éditeur ne voulut produire des rééditions. Une sorte d’auteur maudit en quelque sorte.

Dépaquit dessinait dans un style que l’on pourrait qualifié de naïf ou d’enfantin. Un ovni dans le dessin de presse de l’époque ?

Bien au contraire. Son dessin est travaillé dans la recherche du détail, c’est bien le contraire de la plupart des autres auteurs de l’époque qui, déjà, savent dessiner vite et simplement afin de produire plus rapidement. Ce qui comptait à l’époque, c’était la légende, le texte qui devait faire rire, le dessin, lui, n’était là que comme accompagnement. Dépaquit, c’est le contraire, son dessin se passe de commentaire, son dessin est à lui seul drôle dans les détails. C’est peut-être aussi une des raisons de son oubli dans la mémoire collective. Aujourd’hui encore, on aime rarement un dessinateur qui pousse à la réflexion.

D’autres projets autour de Dépaquit ?

Cela dépendra du succès de notre réédition de l’Histoire de France. Si l’ouvrage plait il est possible que le suivant soit « L’Éponge en porcelaine : seize conférences fantaisistes » qui comprend un très beau texte de Vincent Hyspa et dans lequel Dépaquit a collaboré.

Propos de Georges Fernandes recueillis par Guillaume Doizy

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