"Revue de presse - petite histoire des journaux satiriques et non conformistes", par Romain Dutreix et Toma Bletner

Revue de presse - petite histoire des journaux satiriques et non conformistes, Romain Dutreix et Toma Bletner, Fluide glacial, 2016, 18 euros.

Pas facile de dessiner une « petite histoire des journaux satiriques et non-conformistes ». Une revue de presse du XVIIe siècle à nos jours, en une centaine de strip de trois cases à peine ?

Autant le dire, c’est avec un certain scepticisme que l’on pourrait feuilleter ce volume. Mais autant le dire également : le lecteur ne peut qu’être rapidement séduit par le graphisme et la drôlerie de l’ensemble. Il ne faut certes pas chercher dans ces pages une histoire raisonnée, qui prétendrait se montrer objective et viserait une forme d’exhaustivité. Le strip de trois cases, bien qu’accompagné de légendes explicatives, ne permet évidemment pas de porter un regard approfondi sur un tel panorama. Néanmoins, pour le lecteur averti, quel régal que de replonger dans ces quelques siècles de presse « contestataire et satirique », pour finir en beauté avec la presse « BD » de ces dernières décennies, elle aussi très active.

On pourrait évidemment tirer l’oreille de Romain Dutreix et Toma Bletener qui manquent parfois de nuance, en faisant par exemple disparaître la censure en 1881 comme on peut le lire également ailleurs trop souvent ; on peut regretter l’impasse faite sur l’entre-deux-guerres, sur l’efflorescence de journaux humoristiques et satiriques à la Libération ; on s'étonnera d'une vision quelque peu simpliste sinon fausse de l’histoire de La Grosse Bertha et Charlie Hebdo deuxième mouture. Mais le lecteur sera sans aucun doute bien plus gêné sinon agacé par l’impasse faite sur l’histoire de Charlie après janvier 2015, les auteurs s’arrangeant pour éviter d’évoquer (et de représenter !) les sujets qui fâchent. Rien sur l’Affaire des caricatures dites de Mahomet (2005-2006), et rien donc sur Charlie menacé, Charlie assassiné, Charlie « revigoré ». Un peu étrange, non ? Est-ce ainsi que l’on défend la liberté d’expression ?

Au final, si l’on se régale de cette galerie souvent drôle de portraits d’éditeurs et de dessinateurs célèbres (de Daumier à Choron, Siné et Wolinski), on ne peut s’empêcher de se dire que le parti pris des auteurs est si évident et si fort, qu’il gâche hélas un peu l’ensemble…

Guillaume Doizy

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