Paolo Moretti, The Mad passion, Lubrina et Bramani, 2016, 250 p.
Pendant la première guerre mondiale, le responsable de la bibliothèque nationale de France lançait dans la presse un appel aux collectionneurs privés. Officiellement empêché de collecter toute documentation produite par l’ennemi, le bibliothécaire espérait pouvoir compter sur les initiatives individuelles pour récupérer après guerre une partie de la propagande produite par l’adversaire.
Depuis longtemps, les collectionneurs jouent un rôle de premier plan dans la conservation des témoignages de la culture populaire, des imprimés non nobles, des publications de rue et éphémères. Nombre d'entre eux se sont passionnés pour la caricature et sont, pour les chercheurs, à la tête de trésors inestimables.
L’italien Paolo Moretti est un de ces « illuminés » qui a réunit au fil des années un ensemble documentaire considérable, dont il évoque la teneur dans un superbe ouvrage.
« The Mad Passion », c’est ainsi que le collectionneur italien qualifie son enthousiasme dévorant pour la caricature imprimée italienne et internationale, racontant comment dans sa jeunesse et son adolescence, quelques figures familiales l’ont orienté dans cette voie, puis par la suite combien d’autres rencontres avec des marchands, des intellectuels politisés ou des chercheurs ont nourri sa passion.
Dans son introduction, Paolo Moretti évoque donc son parcours de collectionneur, ses réflexions sur l’image satirique, son rapport à la chose publique, sa volonté de transmettre cet héritage, les expositions auxquelles il a collaboré, et enfin ses liens avec l’Université. Une « mise à nu » bien utile au chercheur qui se pose toujours d’infinies questions sur les mobiles du collectionneur, sa démarche, la nature de la construction qu’il réalise depuis tant d’années.
L’ouvrage vaut d’abord pour cette introduction introspective, plus encore dirons nous que pour les images, fort nombreuses au demeurant. Dans la partie « catalogue », l’auteur a choisi de valoriser certains thèmes : journaux particuliers, dessinateurs, époques, reflétant la diversité de la collection, mais aussi les « coups de cœur » du collectionneur.
Si la subjectivité de cette sélection prolonge l’analyse introductive, on s’interroge néanmoins sur les raisons qui ont poussé l’auteur et le maquettiste à présenter les dessins en dehors de leur contexte de publication. La plupart d’entre eux ont été en effet édités en leur temps en couverture de journaux mais sont reproduits ici en tant que dessins autonomes, sans mêmes les titres et légendes d‘origine (le lecteur est privé de la typographie d'époque !). Un choix de mise en page déroutant pour l’historien qui voue un culte particulier à une forme de « vérité » historique, celle de la publication d’origine, celle de « l’objet » passionnément conservé, et qui devrait prévaloir…
L’ouvrage en italien et en anglais reste néanmoins exceptionnel et incontournable. En espérant qu’il suscite chez d’autres collectionneurs, l’envie de nous livrer leurs inestimables secrets, et donc le plus précieux d'entre eux, celui de leur "mad passion"...

Guillaume doizy

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