Joseph Sattler, La Guerre des artistes, présentation par Franck Knoery, Éditions des Musées de Strasbourg, 2017, 9 euros.

On ne manquera pas de se procurer cette réédition d’un ouvrage en images de Joseph Sattler, La Guerre des artistes, réalisée à l’occasion du Laboratoire d’Europe / Strasbourg 1880-1930, un événement organisé par Les Musées de la Ville de Strasbourg et l’Université de Strasbourg jusqu’au 25 février 2018. L’ensemble, très habilement commenté par l’historien de l’art Franck Knoery, ne manque en effet pas d’intérêt.

Originaire de Bavière, l’artiste Joseph Sattler s’installe en Alsace où il s’intéresse tout particulièrement à la gravure, travaillant pour diverses revues et montrant un fort penchant pour le moyen âge et la Renaissance. Il collabore également à des périodiques illustrés ou satiriques comme Pan et Fliegende Blätter pour lesquels il réalise des culs de lampe, bandeaux, cartouches, dessins d’humour et même affiches.

C’est en 1895 qu’il publie ce recueil illustré et trilingue (français, allemand et anglais) sur la querelle artistique des anciens et des modernes, un recueils qui relève indéniablement du genre satirique. Sattler met en scène la guerre symbolique que se livrent les deux écoles, sous la forme d’une guerre classique opposant deux états-majors et deux armées constituées d’artistes génériques et de leurs représentations, le tout s’affrontant sur le champ de bataille.

L’intérêt de l’ensemble réside bien sûr dans ce thème central et le ton adopté, mais surtout dans le traitement graphique du sujet, Sattler adoptant diverses « manières » pour qualifier visuellement chaque camps, explorant la question du cadre et du cadrage, faisant référence aux diverses expérimentations formelles du moment (art nouveau, pointillisme, etc.) qu’il oppose bien sûr au style des maîtres anciens.

Dans cette guerre incarnée, Sattler prend pour décor le monde contemporain, ses ballons captifs, ses villes aux urbanismes rationalisés dans lesquelles le télégraphe et l’électricité se sont imposés, ses crieurs de journaux en cet « âge du papier », un monde dans lequel l’appareil photo est devenu étrangement récurrent, clé possible du conflit en cours.

Guillaume Doizy

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