Depuis 2005 et l’affaire des caricatures de Mahomet, le monde est tombé sur la tête. Face aux menaces, des institutions publiques dans les démocraties occidentales se sont mises à défendre (plus ou moins efficacement, et avec plus ou moins d’empressement) le dessin de presse, perçu dorénavant comme un « baromètre de la démocratie ». Jusque-là, le travail des dessinateurs passait pour un genre de sous journalisme, certes toléré par la loi, mais aucunement célébré par les pouvoirs hormis par les régimes dictatoriaux, mais dans ce cas dans le cadre d’une propagande sévèrement contrôlée. Suite à la crise de 2005, on a vu émerger Cartooning for Peace parrainé par l’Onu, les autorités françaises ont commandé à Wolinski un rapport sur le dessin de presse. La Bibliothèque Nationale de France s’est dotée d’un département dédié, en organisant nombre d’événements depuis. Les festivals se sont multipliés avec le soutien des pouvoirs locaux. Le Salon de Saint-Just-Le-Martel, né dans les années 1980, gagnait en notoriété.
Avec l’attentat de janvier 2015, on a pu assister à une accentuation du phénomène de reconnaissance institutionnelle et symbolique du dessin de presse, perçu dorénavant comme un des piliers des valeurs républicaines et démocratiques. La présence de la quarantaine de dirigeants lors de la manifestation parisienne du 11 janvier 2015 a marqué de ce point de vue un tournant historique. Hormis pendant la première guerre mondiale chez les alliés, jamais le dessin de presse et les dessinateurs n’avaient connu une telle place symbolique dans les imaginaires collectifs.
La nécessité de fonder une Maison du dessin de presse relève de ce mouvement. En France, malgré Daumier et l’idée fort répandue selon laquelle notre pays est à l’origine de la tradition caricaturale, les institutions nationales n’avaient jamais jusque-là éprouvé le besoin de créer un espace dédié au dessin de presse, un musée ou une « maison » comme on le souhaite dorénavant.
Néanmoins, si le pouvoir central s’est désintéressé de cette question jusqu’alors, des individualités ou des associations n'ont pas manqué d'imaginer des « outils », qui pourraient constituer les soubassements et même l'architecture de cette Maison du dessin de presse.
En quoi consisterait une telle « maison » ? Un lieu spécifique, du personnel formé et surtout des objectifs : promouvoir le dessin de presse, défendre les dessinateurs, conserver, archiver, organiser des événements didactiques et historiques… Faut-il soutenir matériellement ou juridiquement les dessinateurs comme le CNL le fait pour les écrivains ? Comment atténuer la crise de la presse papier qui impacte indéniablement la situation des dessinateurs de presse ? Quelle réponse apporter aux tensions qui accompagnent régulièrement la publication de dessins d'actualité en France et à l'étranger ? Faut-il institutionnaliser un peu plus le dessin de presse en demandant aux institutions internationales de reconnaître un droit fondamental à la liberté du dessin de presse ? Comment lutter contre un phénomène d'autocensure qui gagne du terrain ?

En additionnant Charlie Hebdo, Cartooning for Peace, France Cartoon, le Trophée Presse Citron, le département dessin de presse de la BNF, sans oublier le Centre Permanent de Saint Just le Martel (qui dispose de bâtiments importants) et le Cartoon global forum qui lui est associé, ou encore l’Équipe Interdisciplinaire de Recherches sur l’Image Satirique et les travaux des chercheurs et spécialistes, on a déjà un beau panel d’actions, de fonds d’archives et documentaires, de compétences, de discours et d’éléments d’analyse autour du dessin de presse et de sa valorisation.
Même si chaque « pôle » actif que nous venons de citer espère jouer un rôle dominant dans la création de cette Maison du dessin de presse et rêverait d'en posséder les clefs, on peut toujours espérer qu’elle intègre l’ensemble de ces compétences et de ces initiatives, qui constituent une véritable richesse. Reste à savoir quels moyens l’État souhaite investir dans cette création, et qui gagnera la course de vitesse pour parvenir à s'assoir le premier dans le fauteuil du chef !

Guillaume Doizy

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