Je vélocipède….tu vélocipèdes... il vélocipède... (1)

« Le vélocipède est dans les mœurs, il est passé dans le sang. Il s’élève à la hauteur d’une institution » écrit Charles Yriate en 1869 (2). De son côté, le chroniqueur du Journal Amusant note lui aussi que « les vélocipèdes entrent dans nos mœurs, et la preuve, c’est que le mont-de-piété les accepte »(3). En 1867, Jules Clarétie remarquait déjà néanmoins qu'« on se fait vélocipédeur moins par conviction que par désir de se distinguer »(4).
Il n’est pas étonnant alors que les picadors nîmois, suivant l’exemple de leurs confrères de Bilbao (5), préfèrent enfourcher leur vélocipède plutôt que leur cheval ; s’ils ont le vélocipède dans le sang ils épargnent celui de leur cheval et  souhaitent peut-être rendre plus vulnérable le taureau étonné.

Attentif aux mutations, le dessinateur Cham dessine le centaure du siècle, le centaure Cheval-Vélo (6). Abandonnés par les picadors, déboulonnés par les vélocipèdes de Marly (7), remplacés dans les enterrements (8) et les concours hippiques (9), les chevaux en chômage technique ont des loisirs ; ils peuvent, du haut des tribunes, assister aux courses de vélo et parier des bottes de foin sur le gulliver vainqueur (10).
De même que des films pornographiques sont tournés dès les débuts du cinéma, des courses de vélo s’organisent dès la naissance de la Petite Reine, on peut même assister à un Steeple-Chase sur des hippodromes (11). Dans le jardin des Tuileries, là où en 1869 le Prince Impérial affrontait ses amis sur un des dix engins commandés pour la circonstance (12), une épreuve sportive se déroule au profit des inondés du Midi (13). La pédale est charitable.
Les femmes ne sont pas les dernières à suivre la mode. « Les dames pourvues d’une jolie jambe jouent du vélocipède comme leurs grand-mères jouaient de la harpe » (14). Elles revendiquent des droits pour les femmes et elles aussi participent à une compétition qui rassemble plus de 3000 spectateurs bordelais (15) : le Monde illustré rapporte que « Mademoiselle Julie par un effort surhumain gagna la course d’une demi-longueur de pédale. Mademoiselle Louise finit deuxième » (16). Aucun  nom propre n’est mentionné, serait-il inconvenable pour des jeunes femmes qui se respectent de participer à ces joutes ? Les dessins de Cham semblent aller dans ce sens… De véritables joutes ont lieu à Liverpool, un tournoi est organisé pour ces preux vélocipèdeurs (17). Bilbao, Liverpool… l’Europe pédale.

Les chroniqueurs, les dessinateurs lâchent la bride à leur imagination ; on prédit que le virus vélocipédique contaminera la peinture  : «Un nouveau Meissonnier refera à nouveau la fameuse toile de 1807 avec les cuirassiers chargeant sur des vélos».

On en appelle même à la poésie :

Magali ma bien aimée
Vient bicycler sous la ramée
Au fond du bois silencieux
La nuit sur nous étend ses voiles
Et tes essieux
Font pâlir les étoiles
Au fond des cieux (18)

Inspiré par la mode des aérostats, A.Darlet  s’interroge : « A quand maintenant le vélocipède ballon ?»(18-a). A quand le vélo à l’armée, sur l’eau, à voile, dans les transports, à quand le vélo en blanc pour la mariée…? En 1890, le dessinateur Draner se demande si un jour le Président de la République visitera les électeurs à vélo... moyen écologique de se faire acclamer comme un champion (18-b). La mode perdurant en 1892, un chasseur dresse son chien à pédaler pour lui éviter la fatigue d’aller chercher le gibier (18-c).
Ces suggestions sont parfois réalisées, notamment le vélo à patins, le vélo-carrousel et le vélocipède nautique pour aller de Boulogne à Calais ou promener Madame. Certains furent baptisés «tachypodoscaphes»... Mais ni la structure de l’engin, ni la terminologie ne sont alors bien arrêtées : vélocipèdeur, vélocipèdiste, véloceman, vélocipoman, le peloton est en formation.

Le vélocipède devient vite utilitaire : le «facteur des postes» n’attend pas Tati et son «Jour de Fête» pour gagner du temps ; son tricycle fait de lui « un  messager, un colporteur, un commissionnaire ». Il gagne trois heures à chaque tournée et rentabilise ainsi son instrument de travail en deux à trois mois (19).

La Petite Reine contribue à maintenir l’ordre. Des « satellites de l’ordre public » s’époumonent à poursuivre un voleur qui leur échappe, un vélocipédiste, qui roule par là, le rattrape et le maîtrise (20). Dans la première moitié du vingtième siècle, la leçon est retenue : des agents de police en équipe de deux font leurs rondes à bicyclette... Des esprits, peut-être malveillants, les baptisent «vaches à roulettes».

Concluons avec René Fallet qu’il ne faut pas confondre vélo et bicyclette. La bicyclette est au vélo ce que le cheval de labour est au cheval de course (21).

Daniel Dugne

Références:
1- Arthur Arnould -Le Journal Amusant 13-06-1868 page 2
2-  Le Monde Illustré 19-06-1869
3-  Le Journal Amusant 23-11-1968
4-  L’Illustration 14-12-1867
5-  Le Monde Illustré 27-06-1868 gravure d’après photographie
6- Cham  Douze Années Comiques
7-  Le Monde Illustré 02-01-1869
8-  C’est du moins ce qu’anticipe M.C.Reinhardt  dans un dessin humoristique de L’Univers Illustré du 14-08-1869
9- Cham le Monde Illustré 01-05-1869    
10- Cham le Monde Illustré 01-05-1869     
11- L’Illustration 21-08-1869    
12- L’Univers Illustré 20-02-1869     
13- L’Illustration 25-09-1875     
14- Cham : L’illustration 29-08-1868     
15- Le Voleur 20-11-1868  
16- Le Monde Illustré 21-11-1868  
17- L’Univers Illustré 14-08-1869    
18- L’Univers Illustré 01-08-1891
18-a- L’Univers Illustré 29-05-1869   
18-b- L’Univers Illustré 31-05-1890
18-c-L’Univers Illustré 10-09-1892
19-  Le Voleur 14-08-1968
20-  Le Voleur 14-08-1868
21- René Fallet Le Vélo- collection idée fixe – Julliard 1973, illustré par Blachon en 1992

 

Je vélocipède… tu vélocipèdes... il vélocipède..., cocasserie vélocipédique de Daniel Dugne
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