Nous, signataires de ce texte, tenons à apporter notre plus total soutien au dessinateur Espé, qui a récemment été victime d’un lynchage sur les réseaux sociaux, après avoir été « jeté » par le journal auquel il fournissait des dessins d’actualité sur le Tour de France. La polémique est née suite à la publication par L’Humanité sur son site, après une double validation, d’un dessin brocardant la journaliste Marion Rousse en compagnie du cycliste Julian Alaphilippe. Après un début de polémique et les protestations de la journaliste visée, L’Humanité a retiré le dessin de son site, formulé des excuses en expliquant que ce dessin ne correspondait pas à ses "valeurs", et annoncé renoncer à toute collaboration avec le dessinateur Espé. Comme le New York Times il y a plus d’un an, L’Humanité a rejeté la « faute » sur le dessinateur, plutôt que d’assumer sa décision de publier le dessin.

Certains critiquent ce dessin au nom du féminisme. Nous rappelons que Marion Rousse a posé dans un calendrier sexy en 2019, le dessin faisant référence à cette publication. Le dessin de Espé s’adressait d’ailleurs, sur une rubrique spécifique du site de L’Humanité, à un public féru de cyclisme, et donc probablement bien au fait de cette performance de Marion Rousse. Sorti de ce contexte par les professionnels de la polémique, le dessin a perdu son sens premier en étant interprété à tort et de manière malveillante, comme une charge purement graveleuse.
Dans ces conditions, il est même difficile de comprendre ceux qui critiquent ce dessin au nom d'un supposé manque de goût. Nous nous élevons avec la plus grande force contre les menaces et le lynchage dont a été victime Espé, tout en regrettant que les journaux se couchent dorénavant devant le moindre début de polémique. Le dessin de presse n'a-t-il pas pour vocation à faire réagir, à recourir aux images fortes, et à provoquer le débat ?

En plein procès « Charlie Hebdo », L’Humanité a tourné le dos à la défense de la liberté d’expression. C'est très regrettable pour l'ensemble de la profession, pour les lecteurs et pour le dessin de presse en général.

Premiers signataires : Guillaume Doizy (historien), Kak (président de Cartooning for peace), Sondron (dessinateur, Belgique), Glez (dessinateur, Burkina-Faso), Jean-Claude Gardes (professeur des Universités), Soulcié (dessinateur), Faujour (dessinateur), Ballouhey (dessinateur, président de France Cartoon), Annie Duprat (historienne), Néel (graphiste, illustrateur, caricaturiste), Brito (dessinateur), Jacky Houdré (collectionneur), Alain Mushabah' Massumbuko (dessinateur) et le Centre Africain de la Caricature / RDCongo-Kinshasa, Chloé Legeay (illustratrice et boulangère), Daniel Dugne (collectionneur), Cyril Bosc (archiviste), Philippe Budry (spécialiste en psychiatrie et psychothérapie, Suisse), Yves Frémion (auteur), Jean-Luc Jarnier (historien de l'art), Jancry (dessinteur artiviste), Christian Moncelet (professeur honoraire des universités),
‍Laurent Battistini (dessinateur-illustrateur-peintre), Walther Fekl (enseignant retraité et traducteur), Aude Exertier (avocate), Guy Carroger (collectionneur de dessins de presse), Alain Deligne (philosophe, Allemagne), Daniel Mosmant, Jacqueline Laquille, Bonfim (artiste), Nol (dessinateur), Alain Damman (critique), Ali Hamra (dessinateur), Dominique Lemarié (dessinatrice de presse judiciaire), Noder (dessinateur), Laurent Bihl (maître de conférences) ...

Pour signer ce texte, écrivez à Guillaume Doizy : caricadoc@ymail.com

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