Benoît Prot, L’histoire de France racontée par la presse de Louis XIII à la Seconde Guerre mondiale, GéoHistoire, 223 pages, grand format, 29,95 euros.

On se délectera du dernier beau livre de Benoît Prot L’histoire de France racontée par la presse. L'auteur passionné et collectionneur de journaux, n'en est pas à son premier essai : on lui doit déjà d'autres ouvrages sur la presse : Trésors de presse, Journaux de Poilus et Journaux de guerre. Ce nouvel opus, toujours aussi richement illustré, propose de s’arrêter autour de quelques grandes dates de l’histoire de France, et de voir comment certains journaux, à l’époque, ont restitué l’événement. Le récit commence dans le premier tiers du 17e siècle, avec la naissance d'un des premiers journaux de France, la fameuse Gazette Renaudot, pour s’achever avec la Seconde Guerre mondiale. Dans son introduction, l’auteur ne manque pas de mettre en garde le lecteur. Il insiste tout particulièrement sur l’idée que « cette histoire de France est une histoire racontée par un collectionneur, avec tous ses partis pris et ses coups de cœur ». On signalera en effet une certaine hétérogénéité dans les chapitres, déterminée en partie par la matière même de cet ouvrage : la presse. Jusqu’à la Révolution française, l’accent est mis sur des extraits de ces journaux (gazettes, journaux à la main), à l’époque très proches du livre dans leur facture, et donc assez peu visuels. Le lecteur découvre ainsi le quotidien des rois de France, la vie de la Cour, quelques grands événements internationaux, ou encore des faits divers dont on se montre très gourmand déjà. Lecture savoureuse, au fil de ces articles contrôlés par la monarchie : une presse de propagande, déjà ! Avec la Révolution française, le chamboulement est total. La presse « libre » d’opinion émerge, et avec elle les premières illustrations « encartées », début du journalisme en images. Le récit se construit dorénavant autour d’un plus grand nombre de reproductions de ces journaux toujours plus nombreux et divers dans leur forme, avec pour corollaire la quasi disparition des extraits d’articles. Au plaisir de la lecture, succède le plaisir des yeux. Et quel plaisir !

Avec la naissance des journaux satiriques, la caricature fait son apparition dans ces belles pages qui évoquent les crises politiques du 19e siècle, puis la Grande Guerre. L’ouvrage aligne les pépites, comme ce premier journal ouvrier, L’Écho de la fabrique, fondé en 1831, qui préfigure la presse militante et syndicaliste.

Pour les années 1871-1918, Benoît Prot donne la part belle aux journaux satiriques, illustrés de caricatures en couverture : Le Sifflet, Le Grelot, La Bombe, Psst !, L’Assiette au Beurre, Le Mot, La Baïonnette, etc. en faisant l’impasse sur d’autres types de journaux comme les grands quotidiens qui tiraient alors, à plus d’un million d’exemplaires pour certains, les journaux de province, ou encore la presse d’opinion hebdomadaire. Enfin, les Années folles sont quelques peu sacrifiées, avec quelques journaux datés de 1934 à 1939, ne permettant pas de traduire l’émergence d’une presse magazine centrée sur la photo de reportage. Le dernier chapitre, consacré à la Seconde Guerre mondiale, se fait plus complet. Il réjouit le lecteur, avec de nombreux journaux « kakis », des périodiques collaborationnistes et des feuilles de la Résistance également.
Dans cet ouvrage, la reproduction des journaux joue un rôle de premier plan. Les photographies se veulent « documentaires » et sensibles, donnant au lecteur le sentiment d’effleurer ou même de tenir en main ces journaux chargés d’histoire et donc si fascinants.

 

Guillaume Doizy

Tag(s) : #Comptes-rendus ouvrages

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