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La dessinatrice de Charlie Hebdo Corinne Rey, dite « Coco », deviendra la caricaturiste attitrée de Libération à partir du 1er avril, date à laquelle son prédécesseur, le Néerlandais Willem, prendra sa retraite du journal, à la veille de son 80e anniversaire, a annoncé le quotidien lundi 8 mars.

Jacques Faizant « au Figaro, #Plantu au Monde, #Wolinski à L’Huma… Pour la première fois LE dessinateur de presse d’un grand quotidien national est UNE dessinatrice », s’est félicité sur Twitter le directeur général de Libération, Denis Olivennes.

Coco, 38 ans, continuera parallèlement de travailler pour Charlie Hebdo qu’elle a rejoint en 2008, ont annoncé les deux titres. Comme un décalque du parcours de Willem, entré à Libération en 1981 et collaborateur historique de l’hebdomadaire satirique, où il continuera d’exercer, selon un porte-parole de Charlie Hebdo.

« Prendre la suite de Willem, et en plus à Libération, c’est un honneur qui ne se refuse pas », a commenté Coco dans un communiqué. « Je ne dis pas “remplacer”, car on ne remplace pas un génie du dessin. Alors je vais faire de mon mieux, cher Willem. Je vais bosser, me cultiver, oser, m’amuser, dégommer. Et surtout : être libre et dessiner. Dans deux titres fameux et d’ailleurs liés », souligne-t-elle.

Libération avait accueilli la rédaction de Charlie Hebdo en 2011, en raison de l’incendie de ses locaux, et en 2015, à la suite de l’attentat de janvier qui a décimé la rédaction de l’hebdomadaire satirique.
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Coco fait partie des survivants de l’attentat du 7 janvier 2015. Lors du procès qui s’est déroulé l’an dernier, elle avait raconté dans un témoignage bouleversant comment elle avait ouvert la porte du journal aux frères Kouachi, sous la menace d’une kalachnikov.

Dans Dessiner encore (Les Arènes), un récit graphique à paraître le 11 mars, elle dépeint le traumatisme et le sentiment de culpabilité qui ont suivi, son travail avec un psychologue… « Aujourd’hui, je peux dire qu’il n’y a pas d’autres responsables que les terroristes, c’est évident, mais toujours en soi on regrette quelque chose, on y repense toujours avec quelque chose qui vous bouleverse le cœur », a déclaré lundi l’autrice sur France Inter.
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Le dessin et Coco, c’est une vieille histoire. « Le dessin a toujours été un moyen d’être dans ma bulle », explique-t-elle en 2016 dans un entretien à Mediapart. Dès le lycée, son coup de crayon, des caricatures de profs, fait « marrer ».

En 2008, à peine diplômée des Beaux-Arts de Poitiers, elle se tourne vers le dessin de presse. Elle réalise un stage à Charlie Hebdo, son école, où elle se perfectionne, au contact des grands noms du milieu : Cabu, Tignous, Honoré, Wolinski. En parallèle, elle crée son site Internet pour diffuser ses dessins et multiplie les collaborations, parmi lesquelles L’Humanité, Les Inrockuptibles, Psikopat.

Cette dessinatrice engagée, également passée chez Arte, va relever un nouveau défi en succédant à Willem, dont Libération salue le « génie graphique » et l’« humour provocateur », mis « au service du projet libertaire du quotidien ».

Né Bernhard Willem Holtrop, le 2 avril 1941 à Ermelo aux Pays-Bas, Willem s’est installé en France en 1968. Dans son œuvre corrosive, couronnée du Grand Prix d’Angoulême en 2013, il fustige notamment les dérives identitaires et l’injustice sociale.

« Pour beaucoup d’entre nous, Willem est un maître à penser, un éditorialiste qui a par hasard également un génie pour la caricature », a salué le directeur de la rédaction de Libération, Dov Alfon, annonçant « un numéro spécial le jour de son départ, le 31 mars ». « C’est avec une grande joie et un frisson de fierté que j’accueille Coco dans ce rôle », a-t-il ajouté, se disant « persuadé qu’elle saura[it] le réinventer et le redessiner. Son premier numéro à Libé est celui du 1er avril, même si avec l’avenir politique et social qui se dessine, ce ne sera pas tous les jours de la farce. »

C’est aussi ce printemps que Plantu, dessinateur historique du Monde, posera son crayon après quelque cinquante ans de collaboration avec le quotidien. Il laissera sa place aux plumes internationales de Cartooning for Peace, l’association qu’il a créée avec l’ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, il y a quinze ans.

Le Monde avec AFP

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