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M. Clemenceau. - Moi aussi, je bois l'obstacle ! 

"Le Président Bibendum", dessin de Léandre, Le Rire n°198 17/11/1906.

Bibendum en politique par Margarethe POTOCKI

" Moi aussi, je bois l'obstacle ! "

Il n’est pas étonnant qu’un dessinateur, en l’occurrence Léandre, ait exploité cette remarque de Clemenceau, fraîchement arrivé à la présidence du Conseil. Toutefois, le dessinateur Léandre entoure le Président Bibendum de personnages significatifs et remplit sa coupe d’objets non moins évocateurs.

Tous ces « obstacles » rappellent le passé du Président et annoncent l’avenir qui l’attend. Devant Clemenceau on voit Paul Déroulède, écrivain et homme politique de droite, vieil ennemi de Clemenceau, avec lequel il s’était battu en duel le 22 décembre 1892, sans résultat d’ailleurs. Il se traîne lamentablement, un pneu dégonflé à la main. Marianne et un haut dignitaire de l’Église observent la scène et réagissent chacun à sa façon. Marianne en rit, elle a même l’air de bien s’amuser. L’évêque, en revanche, semble plutôt effrayé de voir Paul Déroulède dans cet état pitoyable.

Le contenu de la coupe montre toutes les embûches qui attendent le nouveau Président : la tête de Jean Jaurès sortant comme un diablotin de sa boîte, la tiare ainsi que le goupillon, symbolisant le pouvoir de l’Église et la politique de séparation de l’Église et de l’État, que Clemenceau aura à mener à terme. S’y ajoute le casque à pointe renvoyant à l’Allemagne et à son empereur aux allures guerrières. Devant cette boisson corsée, Clemenceau n’a pas l’air particulièrement heureux, mais la légende se veut optimiste, elle reprend justement le slogan : « Moi aussi, je bois l’obstacle ! »

L’histoire de Bibendum et de Clemenceau dans ce numéro du Rire n’est pas finie. Dans les pages publicitaires à la fin de la revue, O’Galop, créateur de Bibendum et ami de Léandre, intervient, lui aussi. Il ne dessine pas Bibendum cette fois-ci, mais se sert encore une fois du slogan. Au volant d’une belle voiture, Clemenceau, digne conducteur du « Char de l’État », se promène dans un paysage rural, accompagné d’une Marianne bien plus digne que celle de la couverture. Il s’est arrêté devant un débit de boisson du nom de la vigne appartenant au Président Fallières. Celui-ci en bon vivant tend un verre de vin à Marianne et demande à Clemenceau : « Et toi, Georges, qu’est-ce que tu bois ? Un verre de Loupillon ? » Et Clemenceau de répondre : « Oh ! moi, mon Président, je suis comme nos pneus Michelin : Je bois l’obstacle. » Et sur les deux pneus avant de la belle voiture, on reconnaît « Pneu Michelin ». Le char de l’État est porté par Michelin !

Extrait de l'article "GONFLÉ, MAIS PAS GONFLANT ! Bibendum : un personnage publicitaire prend son autonomie" par Margarethe POTOCKI. Ridiculosa n°12, Caricature et publicité.

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