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Par Nelly Feuerhahn

Publié dans Humoresques n°26, Le comique de répétition, juin 2007, p.

Emprunté à Bosc, le motif de l’homme en fauteuil reproduit en couverture de ce numéro d’Humoresques est emblématique de la question posée par l’humour graphique dans le comique de répétition. Chez Bosc un nombre important de dessins sont des histoires fondées sur la répétition d’un motif : un personnage au trait simplifié à l’extrême, engagé dans une action minimale, exprime l’insignifiance d’un monsieur-tout-le-monde désabusé. Dans tout dessin d’humour la chute porteuse du sens comique se doit d’être inattendue, incongrue ; chez Bosc l’insolite s’y double d’une insolence souvent féroce, voire désespérée et désespérante. Si l’image arrête le continu irréfléchi de la vie, sa répétition en réactive délibérément la durée. Dès lors le temps humain de l’action est ouvert à tous les possibles et la répétition des images en permet toutes les aventures. Or dans ces mini récits graphiques, l’effet narratif de la répétition évoque un temps long, épuisant de platitude, si dépourvu de variations que le désarroi accompagne et décourage presque l’attente de surprise comique. Ce deuil du monde et de soi-même qui a nom mélancolie, affleure dans la plupart des dessins de l’humoriste et la chute, loin d’en nier la navrante réalité, l’accentue encore plus. Humour paradoxal en attente obsédante d’un pire toujours possible, c’est une non-solution précipitant dans un absurde encore plus absolu qui gagne le rire du lecteur en connivence avec l’humeur de l’humoriste. Cette succession à l’identique des signes d’une conscience dépressive désolante est un exemple parfait du style de Bosc peu avant son suicide en 1973. D’ailleurs, le grand prix de l’humour noir lui fut attribué en 1970 pour l’album intitulé Je t’aime (Albin Michel, 1969), où parut ce dessin pour la première fois. Un dessin que l’Anglais Ronald Searle, autre grand humoriste installé dans le sud de la France demanda aussitôt à son ami Bosc. Trente ans plus tard, c’est à ce même dessin que Raymond Devos prête la parole pour évoquer un dialogue imaginaire avec le personnage créé à son image par l’humoriste (préface au Voyage en Boscavie, Le Cherche Midi, 2003)
Menant un combat jubilatoire contre l’absurdité et les faux-semblants du statu quo social, Bosc- né à Nîmes en 1924- connut d’emblée le succès dès 1952 dans Paris-Match puis dans nombre de journaux et publications. Revenu avec un antimilitarisme viscéral de sa participation à la guerre en Indochine de 1945 à 1948, dans ses dessins -comme autant de grenades offensives- explose une dénonciation permanente des formes socialement orchestrées de l’absurde, des guerres, de la fascination des apparences, de l’avidité du pouvoir, de la fatuité, de la difficile quête d’amour partagé. Dans Je t’aime, Bosc, épuisé, propose un art des vanités, nouvelle manière : comment tromper l’ennui du non-sens sinon en s’amusant du non-sens de l’ennui…

Un grand merci à Alain Damman qui nous a aimablement autorisés à reproduire quelques dessins de Bosc et grâce auquel un passionnant site nous découvre la vie et la carrière de l’humoriste (www.j-m-bosc.com).

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