51PD14W7b2L._SS500_.jpg


Plantu, Un boulevard pour Sarko, Seuil, 2008, 16,5 €.


Plantu est devenu ces dernières années une véritable star médiatique, notamment depuis l’affaire des caricatures de Mahomet et la création, avec l’ONU, de l’opération « Cartooning for peace », qui regroupe des caricaturistes de différents pays dans le but de faire se rencontrer les cultures, les points de vue et d’œuvrer en cela pour la paix.

Les recueils annuels ou pluriannuels du dessinateur du Monde et de l’Express ont de ce point de vue bien changé par rapport à ceux qu’il publiait à la fin des années 1970. Changé dans leur forme, dans leur structure et changé de matière : bien que la patte de Plantu soit reconnaissable entre toutes, les charges reproduites ici ne ressemblent en rien à celles qu'il réalisait quelques années ou décennies auparavant.

L’abonné de la « une » du Monde, fort de son expérience, de son statut de premier dessinateur de France semble, au fil des années, prendre goût aux jeux graphiques, peut-être au détriment de ce qui fait la force d’un dessin satirique : le caractère percutant de son message, en général atteint grâce à une grande simplicité et une grande densité des moyens.

Plantu se renouvelle, et c’est bien normal. Après plusieurs décennies de commentaires de l’actualité politique française et internationale, l’homme nous entraîne dans un véritable festival de citations graphiques, multiplie les métaphores visuelles empruntées à l’univers du jeu, du conte, de la littérature, de l’art et de l’histoire, joue avec les symboles notamment nationaux, etc.

image hébergée par photomaniak.com

Alors que l’image satirique depuis les années 1930 a trouvé sa puissance dans le dépouillement, Plantu, ces dernières années, semble lutter contre la peur du vide. Non seulement en égayant ses dessins d’une gouleyance de couleurs (jeux d’aplats souvent décalés par rapport au trait, zones colorées formant des animations visuelles dynamiques), mais en multipliant également les éléments graphiques abstraits ou figuratifs le plus souvent répétés à l’infini pour former une véritable trame décorative autour de son sujet principal. Le dessinateur multiplie les expériences visuelles en intégrant à ses œuvres des fragments de photographies par exemple, comme page 83 avec un dessin pour Ingrid Bétencourt, ou un autre page 87 sur la Birmanie (photo de cyclone). Le traitement informatique du dessin n’est certainement pas pour rien dans cette évolution stylistique ! 

image hébergée par photomaniak.com

 

 

Plantu, dans une introduction-manifeste de quelques pages, explique son sentiment vis-à-vis de la situation politique française, raconte son engagement pour « Cartonning for peace » et revient sur l’affaire Siné (reproduction et explication du dessin qu’il a réalisé à cette occasion contre Philippe Val).

Dans ces dessins très riches où les personnages s’agitent frénétiquement tandis que les objets virevoltent en tous sens traduisant le rythme trépidant des événements du monde contemporain, Plantu illustre des problématiques souvent complexes sans pour autant adopter les positions les plus tranchées. Il commente avec malice les aléas de la vie politique française et mondaiel dans un esprit humaniste et généreux, et entraine son lecteur dans une véritable fête visuelle !

L’ouvrage, structuré de manière thématique, comprend des dessins inédits ou publiés au Monde et à l’Express, fortement légendés (contexte politique et social), sans oublier un index thématique et des noms. Une belle réussite !


GD, le 6 décembre 2008.


 

Haut de page


 

Autres comptes rendus


 

Accueil

 


Tag(s) : #Comptes-rendus recueils