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Pascal Dupuy, Face à la Révolution et l’Empire – Caricatures anglaises (1789-1815), Paris Musées, 190 p., 55 €.

 

Les parutions d’ouvrages sur la caricature, peu courantes ces dernières années, doivent être saluées, d’autant plus si leur contenu se révèle passionnant. Ainsi en est-il du catalogue d’exposition intitulé Face à la Révolution et l’Empire – Caricatures anglaises (1789-1815), pépite de l’universitaire Pascal Dupuy, également commissaire de l’exposition éponyme du Musée Carnavalet (Paris).

Ce très beau livre (hélas un peu cher) de 190 pages, analyse dans le détail les conditions de création, de diffusion, de circulation (d’un pays à l’autre, la mondialisation montre déjà son nez…), de réemploi (on copie, on réimprime en modifiant quelques détails qui changent profondément le sens de l’image, on traduit…), et même de réception de centaines de gravures parues à cette époque d’âge d’or de la caricature anglaise.

Après l’Italie de la Renaissance et la Hollande du XVIIe siècle, l’Angleterre brille à son tour au travers de gravures virulentes, tolérée selon un régime de liberté pour l’image, tandis que l’écrit demeure alors très contrôlé.

Pascal Dupuy se passionne pour l’histoire de la caricature, l’histoire de la presse et l’émergence, au XVIIIe siècle, d’une opinion publique. Il nous intéresse tout particulièrement aux grands événements de l’époque qui ont alors passionné les dessinateurs d’Outre-Manche : la Révolution française et ses nombreuses crises, mais aussi l’Empire napoléonien, perçus évidemment à travers le filtre de la vie politique anglaise.

D’abord enthousiaste pour la remise en cause de l’Ancien Régime et pour la prise de la Bastille, la gravure volontiers francophobe, s’indigne bien vite des « excès » de la révolution. S’appuyant sur de nombreux témoignages, l’auteur montre la destination élitiste de ces images, néanmoins accessibles au plus grand nombre aux devantures des librairies, et que de plus fortunés pouvaient également acheter bien sûr, mais aussi louer pour quelques heures. Ces gravures, produites à Londres, pénétraient largement la province, tout comme elles essaimaient déjà au-delà des frontières.

L’auteur de ce catalogue très largement illustré (en couleur) analyse avec beaucoup de précision la rhétorique de ces images, et notamment les stéréotypes nationaux. Pascal Dupuy relève que jusqu’en 1791, les dessinateurs continuent d’attaquer le français sous l’apparence d’un homme d’Ancien Régime, avant de finalement systématiser les figurations de sans-culottes présentés comme des diables ou au travers de la foule indifférenciée. Ce conservatisme iconographique – et le paradoxe qui en découle -, s’explique probablement par la volonté des dessinateurs de ne pas déstabiliser leur public, mais également, croyons nous, parce que les nouveaux stéréotypes prennent toujours un peu de retard par rapport aux événements, surtout lorsque les distances géographiques et culturelles demeurent importantes.

Le lecteur se passionnera pour l’analyse méthodique d’une sélection de quarante sept gravures produites par de très grands noms du dessin de l’époque, les Rowlandson, Cruikshank, William Dent et autres James Gillray, hélas trop peu connus aujourd’hui, mais dont Pascal Dupuy nous détaille les parcours. Leur art, le langage visuel et l’habileté plastique dont ils firent preuve, ont formidablement nourri le dessin de presse du XIXe siècle. Une importante bibliographie et un appareil de note très touffu rendent cet ouvrage incontournable.

 

GD, le 13 septembre 2009

 

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