CARICATURER DIEU ?

François Bœspflug, s’intéresse à la crise dite des caricatures de Mahomet. Il en retrace tout d’abord les grands événements, de la publication des dessins dans le Jyllands-Posten danois aux incendies d’ambassades occidentales du mois de février. L’auteur s’interroge. Le dessinateur et la presse en général ont-ils le droit de caricaturer le dieu de l’islam ?

Après s’être intéressé à la notion de caricature, F. Bœspflug, dépeint les complexes rapports des trois religions monothéistes à l’image et retrace l’histoire des crises théologiques (et politiques) qui ont alimenté les exégèses sur la représentation du divin. Mais il ne faudra pas trouver dans ces pages au demeurant bien intéressantes, l’histoire de la caricature de Dieu. Le lecteur aurait pu découvrir qu’après les accès antireligieux de la Commune de Paris, la Troisième République des années 1880 la France a vu fleurir une production importante de caricatures contre le dieu des juifs et des chrétiens, voire à l’occasion, celui de l’islam ou son prophète. Toute cette production caricaturale visait alors à se défaire du sacré religieux, encore fortement prégnant dans la France du XIXe siècle.

L’auteur explique la crise de 2006 par la position particulière de l’islam vis-à-vis de l’image. Il relève que le christianisme a de son côté subi bien plus d’outrages par la caricature que toutes les autres religions, et qu’il a été, bien malgré lui, comme « laïcisé » par la société. F. Bœspflug se demande : comment éviter de nouvelles crises ? Comment empêcher que la liberté d’expression occidentale ne heurte encore l’islam ?

L’auteur ne milite pas pour de nouvelles lois limitant les outrages aux croyances, mais voudrait que la collectivité fasse preuve de « discrétion courtoise » à leur égard. Finalement, une meilleure compréhension mutuelle résoudrait le hiatus entre la liberté d’expression occidentale et la réserve farouche de l’islam à l’égard des « caricatures ». Ainsi, selon l’auteur, faudrait-il que se développe une « histoire iconique de Dieu », qui permettrait de mieux prendre en compte les tabous de chaque religion, eu égard aux images.

Toute histoire des représentations- et donc celle de Dieu- ne peut qu’enrichir notre regard sur le monde. Il ne faut pas oublier pour autant que la crise autour des caricatures de Mahomet a une dimension fortement politique. Elle s’inscrit dans un contexte de tensions internationales qui dépassent largement les questions théologiques (Guerre en Irak, bras de fer sur la question du nucléaire iranien). A contrario, malgré la « faiblesse » numérique des manifestants hostiles aux publications des dessins incriminés et le nombre relativement limité de morts (eu égard à d’autres crises bien plus meurtrières), la couverture médiatique occidentale du mois de février (rappelons-nous les titres évoquant « l’embrasement » du monde) apparaît comme suspecte et mériterait d’être analysée.

Une crise aussi complexe nécessiterait une réflexion globale. Gageons que l’essai de François Bœspflug, riche et éclairant sur les rapports complexes des religions vis-à-vis de l’image, alimentera la réflexion qui s’impose sur ces événements inédits.

Guillaume Doizy

                                                        


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