depuis-vingt-ans-man-commente-l-actualite-pour-midi_420470_.jpg

 

A lire sur le site du Midi Libre, cet article de Vincent Coste (photo David Crespin) sur le dessinateur de presse Man (Manuel Lapert) :


Ils veillent sur lui comme des protecteurs, des mentors, des figures tutélaires. Dans le petit bureau où travaille Manuel Lapert (Man pour ses fans et les lecteurs de Midi Libre), Victor Hugo, Lino Ventura ou le général de Gaulle sont soigneusement encadrés sur les murs blancs.

Viré de Beaubourg par Chirac

Mais ceux qui inspirent Man restent les artistes qui les ont croqués, ses maîtres à lui. Dessinateurs, caricaturistes, satiristes, il leur doit tant. Tel Gill, qui se payait l’auteur des Misérables sur une pleine page, à la Une de L’Éclipse du 10 octobre 1874, dont une édition originale orne l’entrée de son bureau.

"À l’époque, ils devaient demander leur autorisation à ceux qu’ils allaient caricaturer" rappelle-t-il, ému. Là, sur un autre mur, on reconnaît le trait inimitable de Cabu, dont Man se dit "tout aussi admiratif de son art de graphiste que de son talent de raconteur d’histoire, il a un style unique".

Et ici, il rend hommage à Lebon, caricaturiste aujourd’hui oublié qui œuvra pendant des décennies dans les pages de Télé 7 Jours : "Il m’a donné envie de faire ce métier. Enfant, j’adorais ses petits dessins en noir et blanc qu’il publiait chaque semaine. Ça me fascinait. J’ai fini par lui écrire et il m’a répondu très gentiment ! On a correspondu comme ça pendant deux ou trois ans, c’était quand même vraiment sympa de sa part", se souvient-il avec tendresse.

À quoi tient une carrière, songe-t-on alors... À la lecture de Télé 7 Jours, certes, mais aussi à la décision prise par ce Normand, après une année de formation aux Beaux-Arts, de rallier Paris pour exercer ses talents de caricaturiste sur le parvis de Beaubourg. Manuel se rappelle : "J’en ai vécu, pendant deux ou trois ans. Jusqu’à ce que l’on se fasse virer par Chirac, alors maire de Paris." La suite de son histoire passe par Lille et des premiers dessins de presse signés pour Nord Éclair.

Montpellier, cité des possibles

Elle s’écrit en parallèle d’un boulot d’infographiste dans "une boîte qui essayait de s’implanter en Angleterre. Nous étions à la fin des années 1980, début des années 1990. Je suis donc parti à Greenwich, à côté de Londres. La boîte a rapidement coulé, mais moi je suis resté. Pour tenter ma chance".

Sa chance, il va la saisir grâce à la création à cette époque-là "du journal The European. Il me prenait un dessin par semaine mais me le payait royalement !" Suffisamment pour subsister en tout cas, à cela s’ajoutant la fierté de voir quelques-uns de ses crobards paraître aussi dans le mythique journal satirique Punch.

Mais la France finit par lui manquer : "Nous avons décidé de nous installer au Sud, à Montpellier, la cité où tout était possible d’après Frêche. Et nous avons définitivement jeté l’ancre ici, dans cette ville idéale" confie-t-il depuis ce petit bureau, donc, qu’il s’est aménagé dans sa maison nichée dans un quartier du sud de Montpellier.

"J’en ai besoin de ce bureau, certains arrivent à dessiner à une table de café, pas moi, Il me faut une concentration totale, sans musique", avoue-t-il encore devant ses feutres et crayons, avec lesquels il exécute ses ébauches et propositions de dessin du jour, et l’ordinateur dont il use pour le livrer colorisé.

Un petit poste de radio "pour suivre l’actu sur France Info" et ses baguettes de musicien et batteur "pour me détendre quand je fais une pause" complètent le rayon des accessoires. "Sans oublier, ajoute-t-il, cette fenêtre qui donne sur la rue, mon ouverture sur le monde réel dont je ne me coupe ainsi pas totalement. Je vois les passants, les voitures, ça me sort de ma tour d’ivoire." Aux murs, Gill, Cabu et Lebon semblent acquiescer. Paradoxalement, cet aficionado au travail en solo n’a pas choisi les pires voisins de bureau.

Tag(s) : #Dessinateurs Caricaturistes

Partager cet article