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AUX ÉCOUTES / AUX ÉCOUTES DU MONDE (1918-1969, France, Paris)

Notice extraite de Ridiculosa n°18, "La presse satirique française". 


La presse satirique de la première moitié du XXe siècle voit naître un nouveau genre, la « feuille d’échos ». Généralement illustré d’un dessin de couverture et de vignettes distribuées dans des pages de texte, le journal d’échos, souvent éphémère, s’intéresse à la politique politicienne, aux frémissements qui agitent le monde parlementaire, gouvernemental, économique et artistique sur un ton parfois sérieux, souvent satirique et polémique. De nombreux titres peuvent être classés dans cette catégorie : Le Cri de Paris, prototype du genre, Les Potins de Paris, D’Artagnan, Le Porc-épic, Bec et ongles, Ecoutez-moi, Le Cyrano, L’Œil de Paris, Tout, Le Coup de patte, Le Charivari des années 20-30, Le Nouveau Cri, Le Carnet de la Semaine, Le Grand Guignol, etc.

En 1918 (26 novembre), ancien rédacteur de l’Aurore, du Journal, de L’Echo de Paris et de l’Intransigeant, Paul Lévy fonde le titre Aux Ecoutes (qui se transforme après la Seconde Guerre mondiale en Aux Ecoutes du monde). Considéré comme le plus important journal d’échos de l’entre-deux-guerres et appelé à survivre jusqu’en 1969, l’hebdomadaire aurait tiré jusqu’à plus de 100 000 exemplaires. Fort de son succès, Paul Lévy publie Aux Ecoutes populaires (1932) et Aux Ecoutes de la Finance (1929-1955, qui deviendra Finances en 1957, puis Valeurs actuelles en 1966 sous la direction de Raymond Bourgine).

Diffusant un grand dessin en « une », et également à certaines périodes en 4e de couverture, Aux Ecoutes (32 à 62 pages, 22x31cm) se classe clairement à droite (comme le Charivari qui accueille dans les années 1920 et 1930 les dessins de Bib, Soupault et Sennep). Après avoir publié en couverture des charges de guerre anti-allemandes visant notamment Guillaume II, une fois la paix revenue, la revue restitue, par le dessin, le menu des combinaisons parlementaires et électorales qui constituent le terreau d’instabilité de la IIIe et de la IVe République. Elle s’intéresse bien sûr à la politique étrangère, à la montée « des périls ». Dans une rhétorique graphique très mesurée, le journal commente l’actualité en égratignant ses adversaires (chefs de parti, ministres, députés, sénateurs, hommes d’Etat), le plus souvent figurés en pied dans divers lieux de pouvoir. La petite sœur Aux Ecoutes de la Finance est agrémentée de dessins satiriques portant sur l’économie.

Divers journaux de gauche, Le Canard Enchaîné et L’Humanité par exemple, dénoncent en 1934 les accointances de Lévy avec Stavisky. Le patron de presse, qui dirige également le quotidien anti-allemand Le Rempart, subit plusieurs condamnations pour diffamation (notamment à 6 mois de prison en 1934 pour avoir injurié le garde des Sceaux Chéron).

Les dessinateurs de Aux Ecoutes du monde, après la Seconde Guerre mondiale, se retrouvent dans les locaux du journal le lundi matin. Chacun apporte trois dessins, que la secrétaire transmet à Paul Lévy. Le directeur réalise alors sa sélection et note sur les feuillets sélectionnés leur destination : couverture, pages intérieures ou refusés. Les dessinateurs reçoivent aussitôt leurs appointements, c'est-à-dire avant publication, pratique rarissime dans la profession.

Tout au long de son histoire, le journal s’appuie sur un nombre restreint d’artistes. Dans les années 1920-30, signalons E. Tap, Grey, Pem, Lode, Mad, Pedro, Bogislas, Elkins. A partir des années 35 s’ajoutent à la liste Charlet et Ben. Après la Seconde Guerre mondiale, le journal publie des dessins de Sennep et accorde une large place à Claude Garnier, Nitro, Chen, Mad encore et Lionel. Entre 1950 et 1960, on retrouve les mêmes noms avec en plus Hautot, Jean Brian, le très original Bour et finalement Grüm ainsi que Pinatel, qui suivent de très près les aléas de la guerre d’Algérie en défendant l’Algérie française. Après la mort de Paul Lévy, en 1960, la revue décline, le dessin tient une place moindre. Condamné en 1968 pour avoir diffamé Jacques Froccard, alors secrétaire à la présidence de la République, le journal, repris un an avant par Thierry Lévy, fils de Paul, s’éteint en 1969. En tout 2233 numéros ont été publiés, et donc sans doute plus d’une dizaine de milliers de dessins !

 

Guillaume Doizy

 

Pistes bibliographiques :


Pierre Monnier, La France, 20-26 novembre 1991, reproduit dans Le Bulletin célinien n°307, avril 2009.

 

Le Monde, 16 juillet 1968, « Les suites d'une condamnation ou comment "achever" un journal "moribond" ».

 

Claude Bellenger dir., Histoire générale de la presse française, TIII, p. 592 et 593.

 

Henry Coston dir., Dictionnaire de la politique française, éditions Flanant, 1998, p. 628 et 629.

 

 

1919

 

 

1925

 

 

1937

 

 

Elkins, Aux écoutes, 28/10/1939.

 

 

Aux écoutes, 10/8/1940.

 

 

1947

 

 

1948

 

 

1968

 

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