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Charlie Hebdo, les mille unes 1992/2011, Les Echappés, 318 p. 39 €

 

Pour ses presque vingt ans d’existence, la deuxième « saison » de Charlie Hebdo (refondé en 1992), fête ses « 1000 unes » avec la publication d’un superbe, grand et un gros recueil. Les revues satiriques, le plus souvent éphémères en France et dans le reste du monde, comptent les années entre espoir et soulagement, au contraire des humains que nous sommes, désespérés de vieillir trop vite. Pour Charlie Hebdo, l’étape du millier de numéros publiés forme le symbole d’une belle longévité. Et certains diront, pas une ride !

Certes, comparativement au Charivari, né en 1832 et qui disparaît « seulement » dans les années 1970 après avoir été pendant presqu’un siècle quotidien, comparativement au Canard Enchaîné bientôt centenaire ou même au journal d’échos (de droite) Aux Ecoutes qui parait de 1918 à 1969, Charlie passerait pour un jouvenceau. Mais un jouvenceau encore plein d’avenir…

Dans la tradition du Grelot ou de l’Assiette au Beurre, Charlie a toujours consacré sa « une » à une charge d’actualité de grande taille. Une caricature choisie collectivement et avec soin, lors de séances de « psychothégraphie » de groupe marquées par la bonne humeur. La « une » constitue donc la carte d’identité sans cette renouvelée du journal. D’abord en rouge et noir, puis en noir avec une autre couleur, elle abandonne définitivement la bichromie en 2005 pour se parer d’atours multicolores.

L’ouvrage anniversaire publié par Les Echappés agacera bien sûr les lecteurs de droite (amis de l’UMP, on attend toujours un vrai journal satirique qui soutienne Sarko et ses copains, les mallettes de billets et les patrons voyous). Il mettra du baume aux cœurs de gauches, tout en réjouissant tous ceux que le dessin de presse passionne. Au fil de ces 318 pages et mille couv’[1], on re-découvrira des dessinateurs disparus tels Gébé et Bernar, on pourra vérifier qu’en d’autres temps cette « une » accueillait régulièrement les charges de Willem, Wolinski et Tignous, parfois même d’Honoré. On demeurera subjugué par le génie de Cabu, qui marque le journal de sa patte inventive et caustique.

La qualité première de ce recueil réside surtout dans ce rappel joyeux et parfois rageur de deux décennies de vie politique et sociale, vues sous l’angle de la satire bouffonne et engagée. Entre rire et coups de gueule, entre grincements de crayons et provocation, les mille unes de Charlie constituent un bel antidote contre la résignation !

 

GD, le 4 octobre 2011

 



[1] En fait, deux « unes » manquent à l’appel, Siné n’ayant pas donné son accord pour qu’elles soient reproduites.

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