Guillaume Doizy, « De la caricature anticléricale à la farce biblique », Archives de sciences sociales des religions [En ligne], 134 | avril - juin 2006

 

Résumé :

La caricature anticléricale vise, depuis son origine, le clergé sous l'angle de sa moralité, de ses prises de positions politiques et de son rôle considéré comme oppressif dans la société. À la fin du xixe siècle, la caricature devient antireligieuse. Elle attaque dorénavant les dogmes. L'Ancien et le Nouveau Testament sont largement parodiés et illustrés de caricatures. Ce mûrissement de la caricature contre la religion s'appuie en fait sur des siècles de critique rationaliste ou satirique de la Bible. On s'interrogera sur la rhétorique propre de ces images et le rôle social dévolu au blasphème, considéré par les dessinateurs libres penseurs comme une arme corrosive destinée à renforcer le sentiment antireligieux. Car il s'agit bien de propagande où les stéréotypes véhiculés par la caricature visent à déconstruire l'image édifiante des dogmes diffusée par l'Église. Dans cette perspective, le dessin anticlérical détourne les codes mêmes des représentations religieuses, sur lesquels la religion chrétienne appuie sa diffusion depuis le Moyen Âge.

 

Début de l'article :

La caricature anticléricale en France s'est principalement attaquée depuis son origine aux membres du clergé catholique. Le terme « anticlérical », dans son acception première, s'oppose à « clérical », c'est-à-dire à l'influence temporelle (politique, sociale, morale) de l'Église et de ses membres sur la société. Et en effet, la production d'images hostiles à l'Église depuis la Réforme jusqu'à aujourd'hui, fourmille de curés gourmands, lubriques ou « pédophiles », de moines réactionnaires et monarchistes, paresseux et cupides, de prélats, d'évêques, de cardinaux, voire de papes ridiculisés, déformés, animalisés pour mieux démontrer leur nuisance sur la société. L'anticléricalisme de la caricature est bien connu.

 

 Mais le mouvement hostile à l'Église se serait-il contenté de ce seul registre ? La caricature n'aurait-elle donc jamais visé la Bible, Ancien et Nouveau Testament, voire d'autres textes et figures « sacrés » des religions dites du Livre ? Il faut en fait attendre les années 1880 et la forte poussée républicaine, laïciste et libre penseuse pour voir la caricature fondre sur les textes « saints ». Il se publie alors de véritables parodies des Écritures dont la caractéristique principale est de comporter des illustrations satiriques. La presse anticléricale la plus radicale n'hésite pas, elle non plus, à s'en prendre à l'Ancien et au Nouveau Testament. Comment comprendre cet accès antichrétien qui semble se concentrer dans la période 1880-1914 ?

 

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