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De la guerre des sexes à la guerre du "genre" dans la caricature / Date limite: 1.12.2013

« Hé bien ! la guerre ! » : tel fut l’ultimatum lancé par la marquise de Merteuil (Lettre 153) au vicomte de Valmont qui exigeait d’elle une réponse en « deux mots ». La marquise et le vicomte, les deux protagonistes principaux du roman Les liaisons dangereuses (1782) de Pierre Choderlos de Laclos, ne pouvaient que s’affronter violemment, d’autant qu’était née une nouvelle attitude : celle de la démonstration de force d’une femme. Or, il semble que l’œuvre de Laclos n’ait rien perdu de son actualité à l’heure où, et ce pas seulement en France, la guerre des sexes se complique d’un débat sur le genre.
Le « genre », concept né aux États-Unis dans les années 1960, s’est en effet invité en de nombreux pays dans les débats sur la question du sexe. En fait, on associe le « genre » à la formule de Simone de Beauvoir, qui ouvre Le Deuxième sexe (1949) : « On ne naît pas femme, on le devient. » Mais c’est l’Américain Robert Stoller qui a proposé la distinction entre sexe et genre. Selon lui, le corps constituerait mon identité sexuelle, et le moi, mon identité de genre. La réalité physiologique et génétique du corps relèverait de la nature, alors que le moi serait défini culturellement. Les sciences sociales américaines et européennes se sont alors lancées dans une entreprise de déconstruction des codes masculin et féminin, en tentant de montrer que les comportements censés être naturels sont en fait des constructions de la société.
Or, c’est exactement ce que pensent par exemple les tenants du « mariage pour tous ». Et leurs opposants du monde entier honnissent donc la dite « théorie du genre ». A éclaté dernièrement ce que l’on pourrait appeler aussi une « guerre du genre », alimentée par un vocabulaire étonnement martial. Ainsi, en France, lors des récentes « manifs pour tous », Christine Boutin (UMP) n’a pas hésité à mettre en garde contre un risque de « guerre civile ».  Peu avant, Frigide Barjot avait promis « du sang ». Le cardinal André Vingt-Trois expliquait pour sa part qu’en se refusant « à gérer le fait que les gens ne sont pas identiques […] se prépare une société de violence » . L’actualité du sujet est également attestée par la récente exposition Au bazar du genre. Féminin - masculin en Méditerranée , organisée au Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM) de Marseille, où les spectateurs ont été amenés à réfléchir à la question de la construction du genre.
Quant à l’autre guerre déclenchée par notre marquise – mais les deux sont liées –, mentionnons encore que l’Américaine Hanna Rosin a mené l’an passé une enquête sur « la fin des hommes »  dans la société américaine. « Fin » qui semble approcher aussi en Europe où, dans un monde libéral de plus en plus flexible, la capacité d’adaptation des femmes serait supérieure à celle des hommes. Plastic Woman serait ainsi en passe de supplanter Carton Man dans tous les domaines, sexuel, éducatif et professionnel. Phénomène que la crise économique – thème de notre dernière rencontre (novembre 2012, Paris, BnF) – ne ferait qu’accélérer
Il n’empêche que les préjugés persistent. Les atteintes aux « droits de l’homme » – mais pourquoi ne dit-on pas « droits de la personne » ? – visent encore en majorité… les femmes ; ce que rappelait récemment Annick Cojean dans une page du Monde illustrée de dessins, signés tant par des femmes que des hommes, coordonnée par Plantu et Cartooning for Peace . C’est que les dessins de presse permettent aussi de décrypter ce genre de conflits.
Notre objectif est de réunir des contributions analysant cette guerre des sexes et/ou du genre dans les caricatures. Quel(s) regard(s) les caricaturistes ont-ils porté sur ces rivalités, au sein ou à l’extérieur du couple ? Quels sont les motifs exploités, les procédés graphiques privilégiés, voire les outils de déconstruction de l’adversaire ? Quels sont les enjeux identitaires, sociaux, politiques, religieux, économiques ou encore familiaux soulevés par ces œuvres ? Comment, par exemple, la caricature peut-elle thématiser l’émancipation féminine et qu’ajoute le rire aux autres moyens d’émancipation (notamment homosexuelle ou encore trans-sexuelle) ? Si hommes et femmes peuvent rire de soi, des stéréotypes du masculin et du féminin, rire contre les hommes ou contre les femmes peut-il alors changer les choses et ainsi contribuer à la quête de l’égalité ?

Voici certains des axes, nullement exhaustifs, pouvant être abordés dans le numéro 21 de la revue Ridiculosa, qui paraîtra à l’automne 2014. Notre appel s’adresse à des chercheuses et chercheurs venant d’horizons disciplinaires différents et s’inspirant de méthodes variées. Nous invitons les auteurs désireux de livrer une contribution (s’appuyant sur l’étude d’un corpus d’images) à en envoyer un résumé (15 lignes avec vos coordonnées, fonction et discipline) avant le 1er décembre 2013 à l’une des adresses suivantes : 
Stéphanie Danaux, Université Paris-Sorbonne (Paris IV), histoire de l’art : stephdanaux@yahoo.fr
Aline dell’Orto, EHESS, études brésiliennes : aline-dellorto@live.com
Alain Deligne, Université de Münster, romanistique : delignea@uni-muenster.de

Après acceptation des propositions, les articles (environ 20 000 signes, espaces inclus, avec 12 illustrations maximum) devront être envoyés pour le 28 mars 2014. Ils pourront être rédigés en français, anglais ou allemand, avec un résumé de 1500 signes traduit dans au moins l’une des deux autres langues mentionnées.

 

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