Sous la direction de Guillaume Doizy et Pascal Dupuy

 

Appel à contribution : journée d’études organisée au Salon du dessin de presse et de l'humour de St Just le Martel (près de Limoges), le vendredi 4 octobre 2013

 

Un comité scientifique procèdera à la sélection des propositions de contribution :

Philippe de Carbonnières, Assistant de Conservation, Musée Carnavalet (Paris)
Cécile Coutin, conservateur en chef département des Arts du Spectacle, Bibliothèque nationale de France
Guillaume Doizy, écrivain
Pascal Dupuy, maître de conférences en Histoire moderne, Université de Rouen
Jean-Claude Gardes, Professeur des Universités en Etudes germaniques, Université de Bretagne Occidentale
Jean-Claude Vimont, maitre de conférences en Histoire contemporaine, Université de Rouen

 

ARGUMENTAIRE :

Le déclenchement de la guerre en août 1914 bouleverse profondément la vie sociale des nations belligérantes. La presse, média par excellence de la Belle Epoque, s’en trouve affectée. De nombreux journaux suspendent momentanément ou parfois de manière définitive leur publication. D’autres, en revanche, se créent. Néanmoins, de manière générale, les journaux satiriques sont désorganisés par les effets du conflit. Mais plus que les répercussions matérielles induites par la guerre (manque cruel de papier, de main d’œuvre, etc..), c’est le statut même du dessin de presse qui est en jeu : peut-on ainsi continuer de sourire et de rire quand le bruit des bottes annonce un flot de sang, quand la « défense de la patrie » exige les plus grands sacrifices ?

 

Pendant quatre années, et après quelques hésitations dues à la désorganisation générale, le dessin de presse et la caricature font l’objet d’une attention particulière dans toute la société. Le dessinateur hérite même semble-t-il d’un rôle nouveau à l’heure où grondent les canons. A l’arrière dans la presse quotidienne ou hebdomadaire, au front dans les journaux de tranchées ou dans des caricatures brandies au visage de l’ennemi, le dessin satirique accompagne le conflit chez tous les belligérants (France, Allemagne, Grande-Bretagne…). Par le biais de la carte postale ou de l’affiche, lors d’expositions ou dans des monographies illustrées, le dessin satirique inonde le quotidien, tandis que le dessinateur, souvent comparé à un soldat s’introduit dans le nouvel imaginaire guerrier. On l’invite ainsi à illustrer les affiches appelant à répondre au lancement des emprunts, indispensables aux besoins financiers des nations en guerre. Nombre de dessinateurs s’engagent dans le service du Camouflage. Dans la presse, le caricaturiste double la guerre réelle (dont les images sont censurées) tournée contre l’adversaire, d’une guerre iconographique polémique et en apparence libre (mais en fait contrôlée par la censure), dont le discours s’adresse principalement aux civils. Le Matin du 21 mai 1915 commente ainsi le Salon des humoristes qui présente un bon millier d’œuvres satiriques sur la guerre : « c'est une des vengeances infaillibles de la France, qu'elle tue par le ridicule mieux que par le fer ». Les dessinateurs plus efficaces que les canons ? En temps de guerre totale, l’image est séduisante, mais bien sûr fausse et préfabriquée.

 

Doit-on alors, à l’invitation de John Grand-Carteret, considérer le dessinateur de presse comme un « journaliste du crayon» ou un « journaliste-dessinateur», ou plutôt, selon Clément-Janin en 1919, comme un « actualiste » qui use « de toutes les armes : l’ironie, l’invective, le sarcasme et de la plus terrible de toutes : la vérité» ?

 

Quel rapport de proximité ou de distance le dessinateur de presse entretient-il avec la réalité et sa médiatisation filtrée par la censure et les journalistes, idéalisée par le patriotisme, déformée par la rumeur ? Doit-on encore considérer le dessinateur comme un observateur, un journaliste engagé dans la défense de sa patrie ou enfin comme un « bourreur de crâne » plus ou moins conscient de son action de propagande ? En quoi l’expérience des combats ou au contraire la position de dessinateur éloigné du théâtre du conflit influent-elles sur sa vision de la guerre ? Quelles justifications utilise-t-il pour légitimer ses dessins et quel regard la société porte-elle sur lui ?

 

En France, entre les Abel Faivre, Willette, Poulbot, Forain ou Iribe (et tant d’autres) qui ont décidé de promouvoir le patriotisme guerrier (et dont on retrouve la signature au bas des affiches officielles) et les Gassier ou Laforge qui, au contraire, refusent l’Union sacrée, une multitude d’attitudes (comme celle du renoncement au dessin) ont émergé et permettent, dans ces circonstances exceptionnelles, d’envisager chez les dessinateurs de presse des conflits moraux, mais également des formes de militarisation du métier. On perçoit également une instrumentalisation de la figure du dessinateur, avec notamment en France Hansi et Zislin tous deux originaires de l’Alsace « perdue » en 1870, fêtés pour leur opposition frontale à l’Allemagne. Instrumentalisation également chez l’ensemble des alliés du dessinateur néerlandais Raemaekers, qui suscite un engouement considérable, donnant naissance à l’image du dessinateur « neutre », sans frontière, héros fêté au-delà des continents, présenté aux Etats-Unis comme « le plus grand dessinateur au monde ». De toute évidence sur l’ensemble de l’Europe en guerre, le conflit a accentué l’aura du caricaturiste, sinon modifié sa place dans la société. Une place néanmoins contestée par certains artistes eux-mêmes qui ne se retrouvent pas dans cette « Union sacrée », mais également par les soldats ou quelques journalistes qui dénoncent assez rapidement ces formes de « bourrage de crâne ».

 

Notre volonté lors de cette journée d’études et d’échanges est d’essayer de mesurer le poids de la déclaration de guerre, des quatre années de conflit, puis de la fin des hostilités, sur la profession, sur le travail quotidien du dessinateur, sur sa manière d’appréhender l’actualité et de concevoir son rôle au sein de la nation en guerre. Les contributeurs devront axer leurs communications soit sur l’étude d’un dessinateur ou sur la comparaison de plusieurs dessinateurs, soit sur un ensemble d’artistes satiriques regroupés autour d’une publication, voire encore sur des écrits d’époque au travers lesquels s’appréhende la construction de la figure du caricaturiste en guerre. Comment les uns et les autres se sont-ils adaptés ou opposés à la censure et à la propagande des Etats en guerre, ou encore quelle fut leur place dans les imaginaires sociaux de l’époque ? Enfin, quelles critiques éventuelles ont-ils eu à subir.

 

Notre Journée souhaite avant tout remettre le dessinateur au centre de la scène du théâtre du conflit et les communications ne devront aborder qu’à la marge la manière dont la guerre a été figurée.

 

Les frais de déplacement, d’hébergement et de restauration seront pris en charge. Il est nécessaire d’envoyer sa proposition (un résumé d’une quinzaine de lignes et un CV) avant le 31 janvier 2013 à :

 

Guillaume Doizy guillaume.doizy@orange.fr et Pascal Dupuy pascaldupuy@hotmail.com.

 

Le choix des communications sera précisé le 15 février 2013

 

 

 

 

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