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Drôle de peuple ! Komisches Volk ! Plantu, dessins sur l’Allemagne. Catalogue présenté par Walther Fekl, Schaltzeit Verlag, 158 p., 19 euros.

 

On croit connaître les dessins de Plantu, dessinateur vedette du Monde et de l’Express. Pourtant, chaque exposition, chaque catalogue, chaque recueil de ses dessins disent le contraire, surtout quand il s’agit, comme ici, de poser un regard rétrospectif sur son œuvre.

 

Walter Fekl, enseignant-chercheur honoraire d’une université de Francfort-sur-l'Oder (Allemagne), a conçu une exposition itinérante et ce très intéressant catalogue. Certes, les relations franco-allemandes résonnent entre ces deux pays comme un leitmotiv à la limite du poncif. Certes, la notoriété de Plantu rend peut-être ce type d’exposition trop évident et risque de lasser par avance.

 

Ce recueil nous a néanmoins séduit, notamment pour son architecture. Walter Fekl a adopté un découpage en grands thèmes (explorant l'histoire économique et politique de l'Allemagne de ces cinquante dernières années), dans lesquels le lecteur découvre les dessins de Plantu dans l’ordre chronologique. Pour ceux qui l’auraient oublié, le style « Plantu » a notablement évolué depuis les années 1980, période à laquelle le dessinateur accède avec régularité à la « une » du Monde. Plus épuré et plus simple à l’époque, plus rigide aussi dans son trait, le caricaturiste a adopté une pate plus picturale et narrative avec le temps, explorant même ces dernières années la couleur.

 

Pour chacun de ces thèmes, on découvre quelles métaphores visuelles Plantu a privilégiées, parfois abandonnées, ou réactualisées à l’occasion de tel ou tel événement, de telle ou telle crise. Avec des « figures » incontournables comme le « couple », le « mur », ou encore les multiples jeux graphiques avec les symboles nationaux.

 

En plus d’une préface, d’un texte relatant la vie de Plantu et de notices visant à contextualiser chacun des 130 dessins présentés, le catalogue comprend un très judicieux essai intitulé « Plantu fait le(s) mur(s) ». Motif inépuisable, le mur frappe par la simplicité plastique et l’infinie richesse des combinatoires qu’il permet. Mais s’il inspire à ce point les dessinateurs, c’est parce que devenu symbole au XXe siècle, il matérialise une des réalisations les plus révoltantes de notre époque, lorsqu’il permet de diviser les peuples ou de les enfermer.

 

GD, décembre 2011

 

Tag(s) : #Comptes-rendus recueils

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