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Un tag du XV° siècle, une caricature, une vieillerie, une estampe, le temps qui passe ?

 

Une bonne polémique est toujours intéressante ? Allons-y donc, comme disaient les duettistes chez Offenbach.


Selon François Forcadell, dont je respecte en tous points l’œuvre et le travail, « les caricatures des siècles passés ne dérangent plus personne, elles ont beau être montrées en exemple, leur sens est rarement accessible aux publics d’aujourd’hui ». Certes, mais cette mission de «déranger» me semble ne relever que de François Forcadell lui-même. Le travail fort conséquent de Fabrice Erre sur la « Poire » permet à un enseignant, non de montrer le caractère subversif du trait mais l’universalité de sa réception ainsi que l’hybridation possible de sa diffusion. Un prof ne fera pas cours sur la « Poire » pour expliquer la subversion mais les effets cumulatifs de la répétition d’un motif, donc la nature même d’une « campagne » de presse. « Ils en ont parlé » met en cause l’existence de la fameuse « sphère publique » théorisée par Habermas, dont je ne vois pas pourquoi on devrait en celer les ressorts à nos élèves, compte tenu des utilisations pédagogiques que permet le dessin de presse.


Je m’arrête là, la liste serait longue.


« Pour exister le dessin doit être en résonance avec ses lecteurs et son époque » ? Eh bien je ne suis pas certain que le dessin de Cabu ici produit, que François Forcadell a parfaitement le droit de préférer à Daumier, soit en « résonance » avec une époque qui n’utilise plus beaucoup l’expression « avoir la bouche en cul de poule »…Certainement pas de nombreux jeunes en tous cas. Ceux que j’ai en classe riraient, je crois, plus de la proximité graphique entre les parties génitales et l’effigie représentée que du sens du dessin.


Le plaidoyer sur le passionnant qu’il y aurait à parler du travail contemporain fait fi du sens même de l’Histoire, laquelle serais desservie en « passionnant » par son caractère daté et figé dans le temps, piedestalisée peut-être ? La remarque vaut, et combien de fois m’a-t-elle été faite, pour la Révolution : pourquoi étudier les figures anciennes de révolutionnaires au lieu de relayer les actions en cours, l’action directe immédiate et vivante ? Oui, pourquoi faire de l’Histoire au fond, socle bourgeois d’édification civique, catéchisme républicain…


La remarque vaudrait d’ailleurs pour les caricaturistes étrangers, bien exclus du système médiatique, malgré les efforts du Courrier International ou de…Guillaume Doizy ! D’autant que Cabu comme méconnu, lui qui a intégré presque le premier les manuels au début des années 80, il y aurait plus probant !


Mais pour un TDC, y a-t-il une justification programmatique ? Bof.


Alors oui, refaire les programmes d’Histoire et d’Education Civique, karchériser les fameuses fiches « Eduscol ». Mais réfuter les tentatives de faire entrer l’Histoire gesticulante par le chas de la grande Histoire, je ne vois pas le problème. 
En attendant que les caricaturistes défuntent pour faire leur panégyrique, pourquoi ne pas tenter l’emploi du trait caricatural dans les futurs programmes de géo en Terminale, dès le début de l’année ?


Cela donnerait l’occasion d’utiliser le remarquable travail récent du duo Guédron-Baridon, sans se poser tant la question de la datation de leur iconographie, carbone 14 biaisé et contestable que je rangerai pour ma part au rayon des a priori surprenants.

Laurent Bih, janvier 2012