Reproduction in extenso d'un article présent sur le site de Ouest-France.

Emmanuel Chaunu, 44 ans, est le dessinateur d'Ouest-France. Demain, il rencontre 350 élèves de seconde au lycée Saint-Paul. Il expliquera son métier dans le cadre de la semaine de la presse.

Entretien

Emmanuel Chaunu, dessinateur d'Ouest-France.


Comment vous est venue l'envie de faire du dessin de presse ?

C'est à l'âge de six ans que cette passion est née, en voyant un dessin humoristique à la une d'un journal. C'était une petite fenêtre traitant de l'union de la gauche avec François Mitterrand et Georges Marchais. Cette surface de liberté m'attirait. Un dessin de presse permet de manier l'humour en transformant, en déformant la réalité.

 

Comment se passe une journée de travail d'un dessinateur de presse ?

Je me lève assez tôt. Mon premier contact avec l'info, c'est la radio. C'est un média que j'aime. Puis je lis les journaux  dont Ouest-France, mon premier quotidien  tout en évitant de regarder mon dessin du jour. Je n'aime pas ça.

J'ai une première réunion téléphonique vers 11 h avec la rédaction en chef et les chefs de service d'Ouest-France. On détermine le sujet qui pourrait faire l'objet d'un dessin.

C'est à 15 h 30 que je me mets à ma table de travail. Je réalise plusieurs esquisses que je livre vers 19 h. Après discussions, le dessin choisi est finalisé en fonction de la taille qu'on me demande, puis mis en couleurs.

C'est un boulot assez stressant. Je dois rendre plusieurs dessins tous les jours. Comme un journaliste doit livrer un ou plusieurs articles chaque soir.

 

Combien d'esquisses réalisez-vous au quotidien ?

Une trentaine. J'aime donner du choix car je ne suis jamais sûr de moi.

 

Vous dites que vous exercez un métier qui ne sert à rien. Pourquoi ?

Actuellement, en Côte d'Ivoire, il n'y a pas de dessinateur de presse... J'ai un métier qui incarne le luxe de notre société. J'ai deux soeurs médecins hospitaliers. Elles exercent une profession bien plus utile que la mienne.

 

Quel personnage aimez-vous le plus dessiner ?

J'aime bien Nicolas Sarkozy. Dès qu'un personnage est ancré dans la vie de tous les jours, il est facile à dessiner. De Gaulle, c'est un képi, un grand nez et de grandes oreilles. Pompidou, c'est une cigarette de travers et de gros sourcils.

Giscard, ce sont trois ou quatre cheveux se battant en duel sur le crâne. Mitterrand, c'est un grand sphinx à chapeau. Chirac, c'est son nez. Sarkozy, c'est le style napoléonien. Il est le pur produit de ce que nous sommes, de la société Iphone.

 

Recevez-vous des remarques d'hommes ou de femmes politiques sur vos dessins ?

Non, jamais ! La France est encore hypercentralisée. On pense que tout se passe à Paris. Les ministres ne parlent alors que de Libération, du Monde, du Figaro, du dessin de Plantu. C'est un microcosme. Ils oublient qu'Ouest-France est le quotidien le plus vendu dans l'Hexagone. J'ai beaucoup de chance de travailler pour un journal lu aussi bien par un ouvrier que par un chirurgien, fédérant des lecteurs du CAP au bac + 7.

Par contre, je reçois pas mal de courriers émanant des lecteurs. Cela montre qu'ils trouvent un intérêt à mon dessin chaque jour.

 

Que conseilleriez-vous à un jeune désireux de faire du dessin de presse ?

Il faut avoir une solide culture générale, s'intéresser à tout, en ayant toujours le regard dans le rétroviseur. Il faut avoir de la mémoire des événements passés. Il faut dessiner, dessiner, s'entraîner comme un sportif. Il faut, enfin, avoir de la passion, de la chance et savoir la provoquer.

 

Vous travaillez pour Ouest-France, mais pas seulement...

C'est exact. J'oeuvre également pour le quotidien La Voix du Luxembourg. Cela me permet de savoir dessiner de grands responsables européens. C'est une belle école. J'interviens aussi dans L'Union de Reims pour réaliser un édito en dessin.

 

 

Recueilli parYves-Marie ROBI

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