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LE CHARIVARI (1926-1937, Paris)

Notice extraite de Ridiculosa n°18, "La presse satirique française".   

 

S’appropriant le nom du célèbre quotidien fondé par Philipon en 1832 et abandonné peu avant, quelques amis royalistes liés à l’Action française lancent le 19 juin 1926 un journal éponyme, clairement marqué à droite. L’hebdomadaire, de taille modeste (20x28cm) par rapport à son aîné, fait preuve d’une originalité certaine pour l’époque en se dotant, pour rédacteur en chef, d’un dessinateur et non des moindres : Jehan Sennep. Le Charivari est détenu par la Société française des périodiques illustrés (également Nouvelle Société des journaux humoristiques) et géré par un certain Champetier. L’Imprimerie française de l’édition qui s’occupe du tirage dans les premiers temps réalise certaines publications de L’Action française.

Le quotidien royaliste, pour lequel Sennep fournit épisodiquement des dessins depuis 1920, annonce la sortie du nouveau Charivari. Il le plébiscite même en « une » par la voix du célèbre Léon Daudet en 1928[1], qui sera à son tour interviewé par le… Charivari.

Après deux numéros à 18 pages, l’hebdomadaire s’étoffe de dix pages supplémentaires, conséquence du succès rencontré, dans un environnement pourtant très concurrentiel. On ne compte pas à l’époque les « petits » hebdomadaires d’échos politiques illustrés comme Le Cri de Paris, Aux Ecoutes, Le Potins de Paris, Cyrano, etc. L’équipe dirigeante du Charivari a sans doute parié au départ sur la notoriété de Sennep, dont l’album Cartel et Cie se vend alors plutôt bien. Ses dessins (et parfois ses textes), présents dans d’importants journaux comme L’Echo de Paris et Candide, ont alors une visibilité certaine. Annoncé avec la participation des dessinateurs Bib et Touchagues ainsi que du chansonnier Martinni, Le Charivari comprend dès le second numéro la signature de Ralph Soupault, futur caricaturiste phare de la Collaboration. On peut évoquer également de grands noms du dessin de droite d’avant et d’après la Seconde Guerre mondiale : Chancel et Ben notamment.

Si Le Charivari de 1926 a partie liée, tout comme Sennep[2], avec L’Action française, il ne constitue pas le bras militant et satirique du mouvement, même si en 1936 le quotidien continue d’en faire la réclame chaque semaine (réclame également pour Gringoire). A l’opposé (politiquement) du Carnet de la semaine, l’hebdomadaire affiche certes ses sympathies pour Maurras et Léon Daudet, mais de manière marginale. Il reprend certes à son compte l’anticléricalisme spécifique de L’Action française, ce qui rend l’hebdomadaire tout à fait antipathique à certains milieux catholiques qui peuvent trouver par ailleurs la revue trop triviale[3]. Dans la veine de L’Espoir français, mais avec plus de légèreté, Le Charivari se veut avant tout anti-« socialo-communiste », il fustige le Front populaire après avoir honni le Cartel des gauches, sur un ton sérieux aussi bien que satirique, glissant vers un antisémitisme de plus en plus marqué. Publié en direction d’un lectorat assez large, il représente probablement une bonne affaire pour ses propriétaires, avec rapidement plusieurs pages de réclames, sans compter les annonces disséminées ici ou là. Il faut noter qu’en plus de se réapproprier le nom de l’illustre journal, l’hebdomadaire dirigé par Sennep reproduit dans ses premiers numéros un dessin pleine page de Daumier, paru bien sûr dans l’ancien Charivari. La revue fête d’ailleurs le cinquantenaire de la mort de Daumier par un article et un dessin commémoratifs[4].

Sennep impose à la « une » un style particulier, mêlant éléments dessinés et calligraphie, combinant dessin politique et phrase réclame qui forme le sommaire du journal. Quelques mois après le lancement du Charivari, le dessinateur passe du statut de rédacteur en chef à celui de simple « ami » du journal[5]. Après une année de bons et loyaux services, Sennep cesse de collaborer au Charivari. Bib, qui le remplace en couverture, continue longtemps à accorder une place importante aux jeux d’écritures. Pour Ralph Soupault, ces onze années passées au Charivari constituent un véritable apprentissage. Il y affine son style inimitable, particulièrement cinglant et morbide, donnant au Charivari une tonalité de plus en plus outrancière, voire extrémiste.

Sous sa forme de 1926, la revue perdure jusqu’en 1937. Dans les années 1950 et 60 le titre reparaît, très droitier là encore. Il comprend alors des dessins de Léno (Ralph Soupault), Christian Massias et Pinatel.

 

Guillaume Doizy

 

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[1] Léon Daudet, L’Action française, 28/1/1928.

[2] Condamné dans un procès de presse qui oppose en 1924 L’Œuvre de Gustave Terry à L’Action française. Voir L’Ouest-Eclair du 9/5/1924.

[3] Jean de Lardélec, « Le Charivari », La Revue des lectures, 1928, pp. 254-259.

[4] Le Charivari, 16 février 1929.

[5] Le Charivari, 10/3/1927, p. 23.

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