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Le fondateur du Charivari Oranais, Zimmermann, dessiné par Assus

 

En janvier 1881, avant même que ne soit votée la loi sur la presse, la ville d’Oran voit naître une petite feuille satirique, Le Charivari oranais, qui tire à ses débuts à 4 000 exemplaires et s’acquitte alors du cautionnement pour pouvoir traiter des questions politiques. L’hebdomadaire composé de quatre pages est illustré d’un grand dessin satirique en couverture (en noir et blanc). Edité pendant une décennie, le Charivari tient le rang du journal satirique le plus durable de l’Algérie d’avant 1914.

Fondé par F. Zimmermann, un métropolitain de Metz, le titre comprend, en plus du dessin de « une », des échos satiriques portant principalement sur la vie algérienne et les préoccupations des colons. La 4e page compte de nombreuses réclames. Résolument politique, Le Charivari s’affirme républicain et donc hostile aux bonapartistes ou aux monarchistes. Il critique les opportunistes au pouvoir en s’alignant sans complexe sur le radicalisme politique et en se montrant volontiers anticlérical. L’autonomisme de Zimmermann et de ses amis rédacteurs s’accompagne d’un antisémitisme virulent, mais également d’une grande hostilité à l’égard des arabophiles qui s’expriment dans les journaux El Montakheb (bilingue) et La Bataille. Zimmermann dénonce inlassablement « l’insécurité » qui règne en Algérie…

Le Charivari sert d’organe électoral, tant pour les élections municipales que législatives, départementales et sénatoriales. Zimmermann soutient par le texte et par l’image les candidats « républicains et autonomistes », voire « autonomistes et anticléricaux » et cogne contre les camp adverse, notamment les « candidats des circoncis ». Fort de son succès, Le Charivari oranais élargit sa diffusion et devient « oranais et algérien » à partir de 1882.

Dès le départ illustrée, la revue traduit par le dessin satirique les antagonismes politiques régionaux, mais également l’actualité nationale et les tensions internationales dans ce qu’elles peuvent faire écho à la vie algérienne.

La plupart du temps non signés, les dessins varient dans leur style au fil du temps. Il semble difficile de s’assurer alors en Algérie la collaboration durable de dessinateurs de qualité. On dénombre les œuvres d’un certain Thirion, puis d’Assus, au départ présenté comme un peintre d’Alger. Suivent des charges signées A. Franconi et Jean Dyck (orthographié également Dich ou Dych) à partir de 1884 et également de B. Lemaire et Léon Mader à partir de 1889. Assus collabore au Charivari de manière épisodique mais régulière. Il devient le principal dessinateur de la revue. Qualifié en 1887 de « célèbre caricaturiste », Assus, artiste d’origine juive, fait figure de dessinateur satirique le plus célèbre de l’Algérie autour de 1900.

A partir de 1883, en plus de la couverture illustrée de portraits-charges ou de dessins d’actualité (et parfois, mais rarement d’humour, notamment sur la mode), des vignettes satiriques de petite taille égaient le reste du journal. Zimmermann, qui retourne périodiquement en métropole, publie en « une » plusieurs charges anticléricales d’un artiste de Paris. Il s’agit du célèbre Alfred Le Petit, dont les dessins proviennent de sa Vie drolatique des saints. L’hebdomadaire évoque par ailleurs dans ses colonnes le non moins fameux Don Quichotte de Gilbert-Martin, tandis que les dessinateurs s’inspirent largement des charges publiées par ce journal bordelais, ce qui témoigne de la circulation de la presse et des dessins alors entre Paris et l’Algérie. Si la capitale française constitue un modèle, la circulation fonctionne dans les deux sens, puisque Le Tintamarre de Paris s’intéresse dans un numéro de 1885 au… Charivari oranais !

La concurrence d’autres journaux satiriques comme le Moustique, illustré par C. Rebecque, (1882) ou La Trique (1889-90) publiés à Oran ne parvient pas à entamer le succès du Charivari. Par contre, le départ d’Assus, qui se tourne vers Le Turco en 1895 et est remplacé par J. Sirat, un dessinateur venu de métropole, signe la mort du journal en 1896. A noter qu’en seize ans d’existence (soit 829 numéros), en dehors des procès de presse traditionnels (diffamation), le Charivari n’a, semble-t-il, subi aucune mise en cause judiciaire en ce qui concerne ses dessins ; il n’a par ailleurs jamais évoqué la moindre censure.  


Guillaume Doizy

 

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