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Le livre :

 

Emmanuel Pollaud-Dulian, Le Salon de l’Araignée 1920-1930, Michel Lagarde éditeur, 240 p., 35 €.

 

Les noms de Gus Bofa, Chas Laborde, Pierre Falké, André Foy, Joseph Hémard et Lucien Laforge ne manqueront pas d'éveiller la curiosité de ceux qui se passionnent pour le dessin satirique. Mais Emmanuel Pollaud-Dulian, dans ce superbe et passionnant ouvrage, ne s’intéresse pas au travail de ces dessinateurs pour la presse. Bien au contraire, car cette « jeune » génération d’artistes (par rapport aux Faivre, Poulbot et autres Léandre) a éprouvé le besoin de se détourner de la presse satirique et de son salon des Humoristes, en se réunissant autour d’un autre salon annuel, dit de l’Araignée, et en trouvant subsides dans le livre illustré de luxe. Car cette presse en quête de recettes graphiques et humoristiques à visées strictement commerciales, ne pouvait que brider ces jeunes talents désabusés par la guerre et ses horreurs, nourris aux avant-gardes bien que sans s’identifier à elles, et trop individualistes pour s’engager dans le combat politique (hormis Laborde).

 

L’auteur de cet opus à la mise en page élégante raconte par le menu l’aventure de ce Salon né en 1920 sous l’impulsion de Gus Bofa, qui aura fédéré dessinateurs et écrivains autant novateurs que talentueux, aujourd’hui oubliés, mais que l’époque contemporaine gagnerait à retrouver.

 

L’histoire de ce salon est inséparable de celle du livre de luxe illustré, secteur de l’édition particulièrement dynamique dans les années 1920 et qui décline dans la décennie suivante. A chaque support, son type d’image : les œuvres réalisées par les artistes de l’Araignée reflètent les préoccupations d’une élite. Les superbes recherches graphiques ne visent pas au rire facile des revues à caricatures ni à la « propagande » des journaux militants. Sans prétention politique ou morale, les dessinateurs réunis autour de l’Araignée cherchent surtout à partager leur regard personnel et original sur le monde, mais un monde sublimé, celui qui plait à leur élégant public : la ville moderne, le sport, la mode, les plaisirs noctambules, les voyages…(oeuvres visibles dans une très belle définition en cliquant ici)

 

En évoquant cette « bande » d’artistes en marge du dessin satirique, l’ouvrage rappelle combien ce métier de dessinateur de presse a pour principale caractéristique de n’en être pas vraiment un, le talent de ces créateurs d’images trouvant, à chaque époque depuis le début du XIXe siècle, à s’épanouir sur toutes sortes de supports, pour une très grande diversité d’usages et de publics.

 

GD, 15 décembre 2013

 

Expositions de dessins originaux :

-          jusqu’au 31 janvier 2014, galerie Michel Lagarde, 13 rue Bouchardon, 75010 Paris www.michellagarde.fr

 

-          Librairie Chrétien (178 Rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris 01 45 63 52 66), du 12 décembre au 31 janvier 2014.

 

Voir quelques photos sur le site de l'illustrateur Jean-Marc Pau

 

Tag(s) : #Comptes-rendus ouvrages

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