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LE SANS-CULOTTE (1878-1879, Levallois-Perret)

Notice extraite de Ridiculosa n°18, "La presse satirique française". 

 

Alfred Le Petit, comme Charles Gilbert-Martin avant lui, fonde, tout au long de sa carrière, divers titres dont il assure aussi bien l’administration que la conception du contenu éditorial (textes et dessins). À La Charge en 1870, il faut ajouter Le Pétard puis une nouvelle Charge en 1888, favorable au général Boulanger.

La fin des années 1870 se caractérise par une multiplication de journaux satiriques de taille très modeste, édités par des dessinateurs-patrons de presse. Fort du succès d’André Gill avec sa Petite lune (avril 1878), Alfred Le Petit fonde le 28 septembre de la même année Le Sans-Culotte, domicilié à Levallois-Perret, là où il réside avec sa famille. Il en publie en tout 30 numéros, le dernier paraissant le 27 avril 1879. Le Sans-Culotte constitue une publication de circonstance, à un moment où Alfred Le Petit s’éloigne d’un titre pour lequel il travaille assidument depuis plusieurs années, Le Grelot.

Le Sans-Culotte forme, en taille, le plus petit de ses journaux (19x27cm). Composé de quatre pages, il se réclame clairement de l’héritage de la Révolution française, avec, en plus, une datation inspirée du calendrier révolutionnaire. Il s’agit de répondre à une situation politique tout à fait particulière. Les républicains cumulent les succès électoraux, avec comme pierre de touche la présidence de la République en janvier 1879, mais les forces réactionnaires demeurent très dynamiques.

Ainsi, par le crayon et le texte, Alfred Le Petit ne cesse de viser les monarchistes, les bonapartistes, le cléricalisme. Il milite pour l’amnistie totale des communards, s’intéresse au sort des « travailleurs ». Il se situe alors dans la mouvance radicale-socialiste qui dénonce aussi bien les opposants à la République que la tiédeur et les trahisons des opportunistes.

Tout au long de ses trente numéros hebdomadaires, Le Sans-Culotte publie une charge de grande taille en couverture ou plus exceptionnellement en double page intérieure. Un Almanach est vendu à la fin de l’année 1878 et Alfred Le Petit tente en vain de vendre son titre à un tiers. Dans un style moins élaboré et percutant que dans La Charge ou dans Le Pétard, Le Petit publie dans son Sans-Culotte des dessins militants souvent empreints d’ironie.

La revue subit les assauts de la censure. Conformément à la législation en vigueur, et comme de nombreux titres de la presse satirique de l’époque, l’hebdomadaire « révolutionnaire » soumet ses dessins à l’administration avant publication. Il en ressort des dessins tronqués, dont certaines parties ont été effacées par le censeur. Malgré les victoires politiques des républicains, la loi sur la presse reste très restrictive et l’administration encore souvent dominée par les bonapartistes. Il faut attendre 1881 pour que les dessinateurs puissent jouir d’un climat de quasi-totale liberté d’expression.

 

Guillaume Doizy

 

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Pistes bibliographiques :

 

Doizy Guillaume, « Alfred Le Petit journaliste et dessinateur républicain engagé aux temps de Jules Vallès », in Autour de Vallès n°36, 2006.

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