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LE TRAIT, (1961-1977, Paris)

Notice extraite de Ridiculosa n°18, "La presse satirique française". 


En 1961, particulièrement prolifique et ne trouvant pas assez d’espace pour publier toute sa production graphique, le dessinateur d’extrême droite Pinatel fonde un journal personnel, Le Trait. Comme Siné avec Siné Massacre, Pinatel s’inscrit dans la tradition du XIXe siècle en produisant un journal illustré par lui seul. Mais contrairement à Siné édité par Pauvert, Pinatel ne dispose pas d’aide financière ou matérielle extérieure.

Le Trait (24x35cm), d’abord bi-mensuel puis de parution irrégulière, compte en tout 32 numéros, le dernier paraissant en février 1977. Le dessinateur réalise les premiers tirages chez lui, avec un petit matériel offset, puis s’adresse à un imprimeur. Il gère seul la revue, de la conception à la diffusion auprès d’un réseau d’abonnés qui ira s’étoffant. Le tirage des premiers numéros, de quelques centaines d’exemplaires, atteint ensuite le millier. Chaque numéro comprend entre 24 et 36 pages, couverture et dos en couleur, le reste en noir et blanc. Chaque dessin occupe une pleine page (quasiment aucun texte, sauf des légendes fournies), offrant la possibilité de mises en scènes complexes, avec parfois plus d’une dizaine de personnages.

Après quatre premiers numéros consacrés à la littérature, au théâtre et au cinéma, Le Trait publie des dessins politiques. À partir de 1962, en pleine guerre d’Algérie, la revue vise dorénavant De Gaulle, mais également le Parti Communiste, l’URSS, la Chine. Pinatel, qui se sent « trahi » par le général, fustige tous les pouvoirs en place, de droite comme de gauche, dans une verve mordante et le plus souvent drôle, multipliant les calembours graphiques et les jeux de mots. Le dessinateur affectionne la métaphore visuelle, les animalisations, les végétalisations et les réifications comiques ou dégradantes.

Le numéro 20, daté de juillet-août 1966, subit les foudres de la justice. Pinatel est alors doublement condamné, en tant qu’éditeur et en tant que dessinateur, pour trois dessins contre de Gaulle. Le caricaturiste, qui a commencé sa carrière à Combat et Dimanche Matin et dessiné pour Aux Ecoutes, Le Charivari, Minute, puis pour le journal lepéniste National Hebdo, a subi une autre condamnation pour des dessins (contre de Gaulle encore) édités sur des cendriers.

Du point de vue politique, le dessinateur s’inscrit dans la lignée de l’extrême droite graphique des Ralph Soupault, Roger Roy, Bib ou Chancel, en montrant toutefois une certaine réserve à l’égard de l’antisémitisme. Quant au style, le dessinateur affectionne particulièrement la ligne claire et se dit grand admirateur de Sennep et Cabu.

Après la parution du dernier numéro de la revue en 1977, Le Trait se reconvertit en simple maison d’auto-édition et permet à Pinatel de publier ses dessins sous forme d’albums diffusés en souscription et en vente directe à ses lecteurs.

 

Guillaume Doiz, octobre 2011

 

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