Les salauds

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Dessin de Luz, Charlie Hebdo du 2 novembre 2011

 

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Pépin (1842-v 1910), « Le Paradis de Mahomet », Le Grelot n° 285, 24/9/1876.

 

La presse a largement rendu compte de la destruction des locaux du journal Charlie Hebdo, du piratage de son site et des menaces de mort contre les dessinateurs du journal. D’après Charb (directeur de publication et rédacteur en chef), il ne fait aucun doute que l’incendie d’origine criminelle, soit en lien avec le choix du journal de brocarder les islamistes tunisiens et libyens cette semaine. Dès mardi 1er novembre, une avalanche de commentaires hostiles ou au contraire solidaires sur Internet et Twitter avait donné le ton.

Comme d’habitude, à chaque fois que Charlie s’en prend aux religions, les intégristes se sentent le droit de proférer des menaces, voire de passer à l’acte.

Les témoignages de solidarité envers le journal n’ont pas tardé, et c’est heureux, mais avec parfois de bien tristes arrières pensées et une bonne dose d’hypocrisie. On a du mal à se retrouver dans les appels à défendre la liberté d’expression des Claude Guéant et autres Marine Le Pen… quand on se remémore avec quel zèle le clan Sarkozy a cherché à étendre son pouvoir sur les médias. Sans parler du journaliste du Monde dont on scrute les fadettes… Quant aux intégristes d’extrême droite faisant la chasse aux « cathophobes », ils ne sont pas en reste en matière d’obscurantisme et de passages à l’acte, sinon de puant racisme. Incendies dans des salles de cinéma, harcèlement juridique et autres manifestations brutales aux abords de théâtres. Réjouissances qui n’ont pas grand rapport avec la liberté et que ne dénoncent ni Guéant, ni Le Pen...

Certains journalistes s’interrogent : le dessin publié en couverture de Charlie relève-t-il de la provocation intéressée ? Au contraire, trouve-t-il sa légitimité dans le fait de s’inscrire dans la tradition de la caricature contre les religions ? Le dessin est-il bon ?

Le dessin de Luz demeure étrangement retenu et finalement très prudent. Un enturbanné sympathique et souriant promet des coups de fouets à ceux qui ne seraient « pas morts de rire ». L’identification du personnage à Mahomet s’effectue par le truchement du surtitre « Charia Hebdo » sur lequel le visage du même personnage apparaît en macaron avec la mention « Mahomet rédacteur en chef ».

Luz n’a pas choisi de recourir au stéréotype devenu traditionnel de l’islamiste radical doté d’une mine patibulaire, d’une barbe très fournie, de sourcils broussailleux et d’un turban circulaire. Figure souvent invoquée quand il s’agit de désigner ceux qui posent des bombes en se réclamant d’Allah. Le Mahomet de Charlie semble plutôt s’inspirer du personnage d’Iznogoud, mais un Iznogoud sympathique, qui manie l’humour bien mieux que l’explosif ou la kalachnikov. Caricature moins offensante s’il en est que certains dessins du Jyllands Posten en 2005 ou même que le fameux dessin de Cabu « c’est dur d’être aimé par des cons », les musulmans susceptibles pouvant s’identifier aux cons en question. Libre à eux !

Cette retenue dans la « caricature » gène ceux qui se croient autorisés à parler au nom des musulmans. Difficile pour ces communautaristes patentés de dire que Mahomet serait offensé dans ce dessin. On invoque alors le sacro-saint interdit qui entourerait la représentation du prophète de l’Islam. Un interdit qui pourrait se justifier pour les musulmans eux-mêmes, mais pas pour les autres !

A l’époque de l’Affaire des caricatures dites de Mahomet, on a beaucoup glosé sur le fait de savoir si les dessins danois étaient bons ou pas. Avec ce numéro de Charlie Hebdo, s’interroger sur le degré d’impertinence de la caricature semble tout autant hors sujet.

Dans les deux cas, on oublie le principal : brocarder, critiquer, caricaturer les religions est une nécessité, un devoir moral. La qualité du dessin ou la vigueur de la flèche comptent finalement assez peu. Charlie Hebdo a raison de vouloir alerter ses lecteurs sur le danger que constitue la victoire des islamistes en Tunisie et sur le retour de la charia en Libye. Là bas les femmes et les hommes vont vivre dans des temps médiévaux et barbares au nom de la religion !

Cet acte isolé mais très spectaculaire contre un journal satirique et l’avalanche de menaces au nom de l’Islam qui l’accompagne, ne dénotent sans doute pas d’un changement brutal dans l’expression de l’intransigeance de minorités intégristes à l’égard de la caricature. Mais il donne aux dessinateurs un rôle qui dépasse de beaucoup celui que leur concède réellement la société aujourd’hui. Faut-il remercier les arriérés de toute obédience qui osent se sentir insultés par quelques coups de crayon sur un bout de papier ? Ils rappellent en tous cas que l’obscurantisme est toujours bien vivace et qu’il ne s’agit pas de baisser la garde.

Les caricatures anticléricales de la Révolution française et du XIXe siècle ont participé la la désacralisation du religieux dans l'espace public, et finalement à la laïcisation de la société. Tant que des religieux continueront à vouloir imposer leur loi, la caricature (entre autres) devra continuer son oeuvre.

Un rayon de soleil dans un ciel bien sombre : la majorité des musulmans ici ne se reconnaît pas dans la barbarie intégriste, ni dans les cocktails Molotov balancés contre des dessinateurs. 

Anti-intégristes de tous les pays, unissons nous !

 

Guillaume Doizy, le 3 11 2011

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Moi 22/01/2015 08:13

Et hop

olivier 23/11/2011 01:12


4°)Enfin, et là est sans doute le point essentiel, il est pour le moins abusif, et
plus vraisemblablement grossièrement mensonger d'identifier la liberté de la presse avec la liberté d'expression, comme cela l'a été fait jusqu'à la nausée il y a quinze jours. Un journal qui
meurt, c'est un journal qui meurt - et ici il y a eu essentiellement une parution perturbée, un renouvellement anticipé de son parc informatique, un motif de contrariété pour son
assureur.


Je renvoie quiconque serait curieux de mes arguments à une
célèbre affiche de mai
68, pour rappeler que la presse et sa liberté méritent d'être envisagées avec un minimum de distance critique qui n'a plus court nulle part dans
le vacarme médiatique actuel, surtout quand elles font appel à notre soutien et notre sympathie contre la barbarie venue d'ailleurs.


On ne "défend" la satire et la liberté qu'en les pratiquant.

On ne les pratique certainement pas en se rangeant sagement aux côtés d'un ministre au prétexte fallacieux de les "défendre". Si vraiment l'on en était réduit à chercher ou accepter ces
appuis-là, c'est que l'on aurait plus guère de liberté et d'expression à défendre. Pour ma part, je ne pense pas que l'on en soit là, même si la liberté n'a guère d'amis en ce monde.

Mais peut-être la rédaction de Charlie-Hebdo, et ses bruyants soutiens en sont ils réduits là. Auquel cas j'espère pour eux qu'ils en auront honte - ils peuvent compter sur moi pour m'efforcer de
rendre cette honte cuisante, là où je me trouve - le plus rapidement possible, et qu'ils s'efforceront alors de s'éveiller du triste somnambulisme dont ils ont fait montre jusqu'ici.


Olivier (a. k. a. Martin Scriblerus)

Olivier 22/11/2011 22:57


Il est consternant - mais pas surprenant - de constater que ce site manque d'aussi loin une belle occasion d'être à la hauteur de son sujet.

L'Union sacrée derrière le pauvre Charlie Hebdo, non pas tant à cause de l'agression dont ses locaux et son site ont été l'objet, mais pour communier en compagnie du premier flic républicain venu
et de racistes patentés dans la délirante défense d'une fantasmatique liberté d'expression dont on se demande tout de même bien en quoi tous ces censeurs patentés l'incarneraient, mérite
évidemment la causticité d'un regard satirique. Elle n'a guère attiré à elle que de la complaisance, ici comme ailleurs. Les bien faibles défenses publiées ci-dessus ("on a du mal à se
retrouver...etc) convainquent d'autant moins qu'il y a eu à cette occasion, et pour la deuxième fois dans l'histoire de ce journal, poignée de main entre un prétendu satiriste et un ministre, et
que Charb s'est laissé aller ensuite à prétendre avoir découvert à cette occasion le "tabou" de la critique de l'Islam. Nous sommes très loin de propos proférés dans la crainte de censure: il
faut au contraire n'avoir plus peur de rien pour plastronner à un niveau aussi Zemmourien sa prétention affichée à la niaiserie.

Quant à la fameuse couverture en cause, elle appelle quelques critiques élémentaires.

1°) Pour un "satiriste", dire aujourd'hui en France que la Charia c'est mal ressemble à s'y méprendre à annoncer bruyemment l'invention de l'eau tiède dans un sauna. Je ne sais pas qui l'ignorait
encore. Merci Charlie, donc! (De même, traiter un pape de réactionnaire demande-t-il sans doute une acuité de vue qu'on ne trouve guère que chez les plus affûtés de nos intraitables et féroces
libres penseurs. Heureusement qu'ils sont là, je croyais que Mgr Ratzinger était un libertaire, et que le goût pour les robes de son organisation dénotait son militantisme transgenre. Mais
Charlie est là pour nous rappeler régulièrement que le Pape n'est pas à la tête d'un groupe subversif.) Autant dire qu'on se demande en quoi il est besoin d'être satiriste pour cela. Parce que
toute la presse magazine ne cesse de le dire à l'unisson depuis des années: l'islam c''est dangereux, l'islam menace la république, l'Islam n'est pas compatible avec nos valeurs occidentales,
etc. On voit le courage intellectuel, l'audace, la profondeur de la provocation de Luz et de Charlie - autrement dit, la réelle "provocation" ici n'était pas dans le dessin, mais évidemment
dans sa prétention à incarner au sein de pareil consensus politico-médiatique un tant soit peu une satire, et à parler au nom de la liberté.

Ce qui ne donne évidemment pas le moins du monde raison aux incendiaires inconnus, mais donne par contre tort à l'essentiel de ceux qui ont pris la défense de Charlie Hebdo sans se montrer un
instant capable de la moindre distance critique quant à son contenu. Certes, les intégristes religieux sont infréquentables. Mais tous ceux qui braillent contre l'intégrisme religieux ne sont pas
mes amis pour autant. C'est pourtant simple.


2°) Ce dessin visait paraît-il le résultat d'une élection... en Tunisie. Le moins qu'on puisse dire est qu'il procédait par ellipse, et par amalgame - un fait auquel Charlie nous à hélas habitué
depuis quelques années, quand il s'agit des musulmans en particulier - étendant ici la présence au Pouvoir d'élus d'un parti Musulman à la mise en place pure et simple de la Charia - et
reprochant manifestement aux électeurs Tunisiens d'avoir mal voté. (c'est dur d'être démocrate: les peuples sont ingrats et incompétents, surtout quand ils sont pas de chez nous et musulmans.)
Ajoutons à cela que le fait d'actualité qu'il visait n'était pas même mentionné en couverture. Pour ma part, la découvrant, je me suis demandé quelle actualité française nous vallait ce crobard.
Il faut dire que tant de Unes et de Couv' des satiristes de L'Express, des libertaires corrosifs du Point, des indomptables libre-penseurs du Figaro, des bouffeurs de curé impénitents de la
presse régionale et j'en passe, dénoncent depuis longtemps avec un grand courage le spectre de la menace islamiste suspendue au dessus de nos mauvaises têtes de gauchistes pas assez
intransigeants avec les étrangers, voir suspects de compter sur eux pour nous débarrasser de nos bons maîtres.
Là encore, tout cela ne justifie pas une agression - mais il y a de quoi inviter quiconque n'est pas intoxiqué au choc des civilisations et à la propagande islamophobe crasse, à l'expression d'un
soutien extrêmement mesuré, et non seulement à se tenir à l'écart des incantations sur la "liberté d'expression menacée par l'obscurantisme", (entre autres raisons, Charlie hebdo n'échappe pas au
procès en obscurantisme sur le sujet, hélas) mais encore à dénoncer la façon dont la liberté d'expression est ici prise en otage par un journal victime d'une agression pour cautionner une
propagande à laquelle il prète main-forte en se donnant des airs d'esprit fort pour pas cher.


Par ailleurs,

3°) Il est faux de prétendre qu'ily a eu là "censure" ou même seulement "atteinte à la liberté d'expression" de qui que ce soit. Il y a certes eu une agression perpétrée contre les locaux d'un
journal. Mais en regard de pareil objectif - censurer, réduire au silence, priver de liberté d'expression" - le moyen employé - ici, la destruction des locaux et de leur contenu, et une attaque
de hackers sur un site internet - était dérisoire. Pour le dire autrement: il est fallacieux (et absurde) de prétendre que des fous de dieu auraient le pouvoir, et même la volonté réelle de
censurer la "critique de l'Islam" en France (ah oui, mais ce sont des fous de dieu, donc l'absurdité ne leur fait pas peur?). Ajoutons qu'il n'est pas difficile non plus d'identifier la
propagande que vient conforter le moindre crédit accorder à ce mensonge. Ajoutons que l'identité des auteurs de l'incendie reste elle inconnue, et que le discours sur la censure et la liberté
d'expression partait au contraire du principe qu'il s'agissait de musulmans. Par ailleurs, si les hackers semblent plus clairement identifiés, on doit admettre que leur capacité de nuire se
limite au contenu de sites internet. (S'il y a des pare-feux, ça n'est pas contre leurs coktails molotov).
Il n'était pas difficile, dès la nouvelle connue, de prévoir que ce n° de Charlie serait a contrario l'objet d'un tirage exceptionnel, et deviendrait un collector pour quiconque
a besoin d'un diplôme de libre-penseur républicain contresigné et authentifié. Et étant donné l'état de la pensée critique en ce pays, les nécessiteux sont légion. On renverra à ce propos, pour
ceux d'entre eux qui seraient encore capables d'éprouver un peu de honte de leur misère, à l'oeuvre d'un satiriste autrichien (et non "au tri chien", comme les français de souche durs de la
feuille pourraient être tentés de le lire) qui n'a jamais usurpé cette appellation, Karl Kraus, et en particulier à "Troisième nuit de Walpurgis" écrit en 1933-34 dans un contexte
autrement difficile et inquiétant. Ainsi qu'à Gunther Anders, et à ses réflexions sur l'inefficacité des autodafés nazis, en terme de censure, au temps de la production industrialisée, publiées
en 1956 dans "L'obsolescence de l'homme"  - réflexions elles mêmes caduque à l'heure des "réseaux", mais très en avance encore sur celles des défenseurs de Charlie Hebdo. Il y a eu
attaque contre des biens matériels appartenant à un journal. Mais il était tentant pour beaucoup de se payer de mots, et de fantasmer là une liberté "menacée" dont ils ne soupçonne même pas qu'il
leur revient à eux-même de faire usage.


4°)Enfin, et là est sans doute le point essentiel, il est pour le moins abusif, et plus vraisemblablement grossièrement mensonger d'identifier la liberté de la presse avec la liberté
d'expression, comme cela l'a été fait jusqu'à la nausée il y a quinze jours. Un journal qui meurt, c'est un journal qui meurt - et ici il ya eu essentiellement une parution perturbée, un
renouvellement anticipé de son parc informatique, un motif de contrariété pour son assureur.


Je renvoie quiconque serait curieux de mes arguments à une

Louvin 11/11/2011 18:36



Article intéressant auquel je me solidarise volontiers.


Je regrette toutefois ce pathos idéologico-politique qui force à insulter les gens de droite.


L'humanité serait-elle réservée aux intégristes de gauche ?



Ninrutas Erbaf 07/11/2011 23:00



Ce problème identitaire est finalement le seul qui vous démange, G.D., puisque vous vous montrez incapable de répondre à toute autre autre question. Il éclaire à sa façon vos écrits comme vos
récriminations.  Ah ! si vous pouviez avoir accès aux "fadettes" des commentateurs ! Faites un effort, Guillaume : exposez clairement aux (rares) interlocuteurs de votre site ce qui vous
déplaît dans la tribune de Rue89 consacrée aux problèmes du dessin satirique. C'est évidemment difficile, pour quelqu'un qui consacre généralement la majeure partie de son site (Caricatures et
caricature) et des se écrits à l'autopromotion publicitaire de ses propres productions ou à celles de ses amis...   Mais allez, Guillaume, encore un effort : renoncez à Doizy le Sec, optez
pour Doizy le Grand !


Ninrutas Erbaf


Ensuite, j'arrête les commentaires. La fatigue et l'insignifiance intéressée de vos réponses en sont la cause.


 



CaricaturesetCaricature 08/11/2011 09:02



Visiblement, commenter l'insignifiant vous donne des ailes.


Nous regrettons déjà la qualité de vos éclairages pertinents. Au fait, avez-vous dénoncé le soutient qu'apporte Siné à Charlie Hebdo ?


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