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Vie de Mahomet par Charb et Zineb : satire contre l’Islam ? Hors-série n°8H de Charlie Hebdo, 6 euros.

 

Actuellement en kiosque et librairie (janvier 2013)

 

Après la republication en 2006 des dessins du Jyllands Posten, après le numéro spécial « Charia » en novembre 2011 qui a provoqué l’incendie des locaux du journal et enfin les caricatures de Mahomet fin 2012 suite aux réactions provoquées par la diffusion d’un film sur Mahomet, Charlie Hebdo récidive avec une bande dessinée sur la Vie de Mahomet.

Provocation ? Pédagogie ? Satire contre l’Islam ?

Les intégristes islamistes ne manqueront pas de souligner « qu’une fois de plus » on attaque « leur » religion, « leur » prophète censé ne pas être représenté, que ces « caricatures » relèvent de l’injure, etc.

L’opus se présente en fait comme une bande dessinée se voulant illustrer « le parcours d’un homme, Muhammad, tel que décrit dans les sources islamiques elles-mêmes ». Le contenu de nombreuses bulles est présenté entre guillemets, comme des citations tirées de « références bibliographiques dont les plus rigoureux oulémas de l’islam ne contesteront pas l’authenticité », comme l’indique Zineb en introduction.

Si les auteurs s’en tiennent à la lettre quant au déroulé des quatre premières décennies de la vie de Mahomet, la mise en image n’échappe pas au registre de la satire. Le style de Charb, sa propension à trivialiser les personnages et bien sûr cette représentation du prophète ne satisfera guère les intégristes. Mais comment les satisfaire, sinon en renonçant à toute mise en scène, à toute évocation ?

La bande dessinée ne vise pas à critiquer l’Islam, mais bien à faire connaître, sur un mode ludique, la vie de Mahomet si mal connue aujourd’hui par les non musulmans. S’agit-il pour autant de satire « contre » l’Islam comme on pourrait facilement le penser puisqu’il s’agit d’une publication de Charlie Hebdo ?

Pas si sûr. Il faut rappeler qu’à la fin du XIXe siècle en France les anticléricaux ont publié de nombreuses bibles satiriques illustrées, ancien et nouveau Testament. Ces textes parodiques, recourraient abondamment au procédé de l’anachronisme et du trivial (Dieu en train de déféquer ou de péter, Jésus ou les apôtres en train de jurer), jouaient sur le décalage entre les événements, les attitudes et une narration attendus, connus de tous dans une société baignée de culture chrétienne, et sa « traduction » comique.

Charb et Zineb ne s’inscrivent pas du tout dans cette tradition. Impossible aujourd’hui de s’adresser à un lecteur non musulman sur la vie de Mahomet en jouant de ce type de décalage. A lecteur « ignorant » de la culture musulmane, la satire restera totalement incompréhensible.

D’où cette approche pédagogique qui s’avère donc rarement drôle, rarement décalée.

On pourrait même dire ennuyeuse. Il faut dire que la vie de Mahomet comme celle de Jésus, n’a rien de passionnant, que les citations nombreuses qui se veulent incontestables et qui le sont, n’apportent pas le sel attendu dans un registre satirique.

Bref, les intégristes islamistes reprocheront certainement à Charb et Zineb de faire preuve une fois de plus d’islamophobie et de blasphème. Les joyeux drilles qui aiment rire de la religion trouveront l’exercice au contraire trop sage et pas assez déconnant. Mais dans un monde où les islamistes radicaux veulent faire taire tous ceux qui ne s’alignent pas sur leur idéologie, une telle bande dessinée constitue indéniablement une indispensable et courageuse avancée en matière de défense de la laïcité et de liberté d’expression.

 

Guilaume Doizy, janvier 2013

 

 

 

 

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