« L’Arc en ciel » : sujets à mettre dans le… Mille / N°1 à 16 de la première période : Septembre 1904 à Mars 1905, par Vincent Demarcke

« L’Arc en ciel » : sujets à mettre dans le… Mille / N°1 à 16 de la première période : Septembre 1904 à Mars 1905, par Vincent Demarcke - (Novembre 2014)

« L'arc-en-ciel », peut-être à cause de sa beauté et de la difficulté de l'expliquer, est le titre d’une série de cartes postales qui s’échelonnent de septembre 1904 à novembre 1906. L’illustrateur, qui signe Mille, prend prétexte de l’actualité, pour illustrer à sa façon les mœurs politiques de son époque, qui sont de toutes les époques : de véritables estampes faites pour nous estamper. Tout est illusion d’optique. Les numéros 1 à 52 consacrés à la Guerre Russo-Japonaise, notamment, recouvrent la première période de septembre 1904 à mars 1905.

La lecture des journaux est toujours amusante, instructive, profitable. On ne saurait trop la recommander, elle divertit, elle console et offre de nombreux sujets de méditation.

Hé ! Monsieur, les honnêtes gens savent bien que ceux qui tiennent le pouvoir sont de misérables aigrefins. Nous vivons dans un éternel Panama, et les scandales procèdent les uns des autres par degrés insensibles, comme les couleurs successives de l’arc-en-ciel. (Maurice Barrès, La Presse, 15 juin 1904)

« L'arc-en-ciel » parut à Noé, après le déluge, en signe de paix: Le Génie du Christianisme fut plutôt comme l'arc-en-ciel, signe brillant de réconciliation et d'alliance entre la religion et la société française. (Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'Empire, t. 1, 1860, p. 266.)

On peut aussi ouvrir son Pline à la page… « Arc-en-ciel » pour y trouver une autre piste : « Nous appelons arc-en-ciel un phénomène qui, en raison de sa fréquence, n'est ni une merveille ni un prodige ; car il n'annonce pas, d'une manière sûre, même la pluie ou le beau temps. Il est évident que le rayon solaire entré dans une nuée concave est repoussé vers le soleil et réfracté, et que la variété des couleurs est due au mélange du nuage, de l'air et du feu. Ce phénomène ne se voit qu’à l'opposite du soleil. Il n'a jamais d'autre forme que celle d'un demi-cercle. » (Pline l'Ancien, Histoire naturelle, livre II, Chapitre 58-60).

La morale est toujours provisoire. « L'arc-en-ciel dépend du mouvement des gouttes de pluie, de la position du Soleil et de celle de l'observateur au sol. Il n'y a donc pas deux personnes observant le même arc-en-ciel, puisqu'il est produit par différentes gouttes d'eau. Chaque observateur voit un ensemble différent de gouttes d'eau. Autrement dit, chaque couleur que chacun voit provient de différentes gouttes. Évidemment, on ne peut jamais atteindre un arc-en-ciel, puisqu'il se déplace en même temps que nous et que notre angle d'observation change sans cesse. Rouge à l’extérieur, violet à l’intérieur, l’arc-en-ciel est le reflet de la multitude des points-de-vue qui provoquent l’émerveillement sans cesse renouvelé de chacun des observateurs, qui apporte une interprétation qui n’est jamais La réponse. » (René Descartes, Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher sa vérité dans les sciences, Discours huitième, Les Météores, De l’Arc-en-ciel », 1637, p.263).

« Arc-en-ciel (faire l’) », définition dans le Dictionnaire de la langue verte (Delvau, 1883 - Fustier, 1889) :

Argot des Grecs, (individus qui ne vivent que d’escroqueries aux jeux de cartes, soit dans les cercles soit aux villes d’eaux.) J’ai fait l’arc-en-ciel. - Qu’entendez-vous par là ? - Je vous ai jeté les cartes très loin, d’une façon négligée avec une sorte de désinvolture. Lancées ainsi, elles ont décrit un cercle et j’ai pu les voir lorsqu’elles sont arrivées à leur point culminant. (Belot : Le Roi des Grecs.)

Satire ou Satyre ? La Satire vient de Rome, sorte de pièce dramatique, où il y avait un mélange de musique, de paroles et de danse, d'où le nom de satira ou satura, proprement farcissure ; cette satire ne se développa pas ; mais le nom resta et passa à la satire proprement dit. La Satyre est grecque, pièce de théâtre dont les principaux personnages étaient des satyres, et qui n'avaient point de ressemblance avec la satire des Romains.

La satyre est une petite pièce qu'on donne après la représentation des tragédies, pour délasser les spectateurs, (Barthélémy, Anach. ch. 69). Le satyre est un homme cynique, qui porte le caractère d'un comique bas. Ces égrillards iraient d'humeur bouffonne, Pincer au lit le diable et ses suppôts, (Béranger. Préface) (Le Littré).

L’Etymologie est l’art de faire… déguerpir un mot, d’un autre. (Dictionnaire du Figaro, 6 mars 1868)

Les Annales sont un journal, que le présent lègue au futur, pour ne pas trop le décourager. (Id. 20 janvier 1868)

Populairement, mettre dans le mille, c’est réussir en plein. La locution est tirée du jeu de tonneau, où le palet qui tombe dans la gueule de la grenouille figurée sur la table du jeu, amène le mille, qui est le plus fort numéro. (Le Littré)

« L’Arc en ciel » : sujets à mettre dans le… Mille / N°1 à 16 de la première période : Septembre 1904 à Mars 1905, par Vincent Demarcke

N°1 - L’Arc-en-ciel – Mille – sept. 04 - Le repas du Mikado – Encore le péril jaune !

Menu

Salade russe

Sous-marins à l’américaine

Fricassée de canons allemands

Princesses belges sautées

Rosbeef à l’Edouard

Vins de France

Entremet européen

Dessert international

CAFÉ

LIQUEURS

« L’Utile Ennemi » – Le Gaulois, 15 sept. 1904 - Maurice Talmeyr : « L’ennemi « Jaune » ne s’est vraiment et officiellement révélé à l’Europe que depuis six mois. Mais ne la guettait-il pas depuis très longtemps ? …La menace ouverte et permanente, non plus seulement d’un Grand Orient, mais d’un Extrême Orient, toujours prêt à nous détruire, en admettant d’ailleurs que les deux ne fassent pas qu’un, une pareille menace pourrait donc être pour l’Europe le signal et le ressort d’une reconstitution, et comme d’une résurrection. Mais il y faudrait une condition, c’est qu’on y comprit bien que la vie, et toute vie quelconque, celle des nations comme celle des individus, et des continents comme des nations, a toujours été et sera toujours une guerre. …La phase des guerres entre peuples d’une même partie du monde est peut-être en effet passée, et nous marchons peut-être aux Etats Unis d’Europe, sous une forme ou des formes que rien n’indiquent contraires aux traditions monarchiques, mais nous marchons en ce cas à des Etats Unis qui ne seraient et ne pourraient être qu’une reconstruction nouvelle pour une ère guerrière nouvelle. Et surtout, avant tout, dans cette nouvelle Europe, il serait particulièrement urgent d’exterminer le « pacifiste » et de l’exterminer de partout. Oh plus de « pacifistes » et de « pacifisme » ! Plus de vendeurs de narcotiques, d’endormeurs professionnels, d’entrepreneurs d’engourdissement public ! Il y a un ennemi utile et qu’il faudrait presque pouvoir se conserver, c’est celui qui arrive avec des canons et des fusils ! Mais il y en a un autre infiniment moins digne d’être gardé, c’est celui qui se présente à vous avec des « planches » maçonniques sur la Fraternité, la Paix, la Liberté, et le bonheur du Genre Humain ! »

« Le Japon vrai » - La Presse, 16 sept. 1904 - Léon Bailby : « En France, nous sommes, sur ce qui n’est pas la France, ignorants comme des carpes ou à peu près. Les langues étrangères nous paraissent trop difficiles à étudier. Et nous nous en excusons en disant : « Le Français n’est pas polyglotte ! » La géographie, l’histoire des races, la science économique ne nous passionnent pas davantage. En sorte qu’autour de nous des peuples peuvent grandir, des mondes peuvent se transformer sans que nous en ayons la moindre idée ; C’est ce qui est arrivé pour le Japon, dont ne nous savions pas le premier mot. Une seule excuse à notre actif : toute l’Europe, en ce cas spécial, partageait notre ignorance. La jolie Madame Chrysanthème faisait tout le fond de notre bagage japoniste, avec quelques notions d’art importées en France par les Goncourt. Pas un voyageur, pas un consul n’avait pressenti les ambitions et les progrès du Japon. La guerre russo-japonaise, ç’a été une révélation subite, aveuglante. Et comme il arrive en pareil cas, nous nous sommes tout de suite rejetés à l’extrême, et, découvrant un Japon nouveau, nous avons proclamé que c’était un pays de héros, un peuple ultra-civilisé, entrainé, cultivé, redoutable. Il faut en rabattre paraît-il. Une réaction ne tardera sans doute pas à se produire, et on peut la voir se dessiner déjà à travers les articles d’un rédacteur du Temps, M. Charles Pettit, qui note, en ingénieux observateur, l’état actuel de l’Empire du Mikado. Certes, ce peuple est courageux, téméraire ; il était merveilleusement prêt, quand le Russe ne l’était pas. Il a fait des prodiges. Il peut en faire encore. Mais que ses succès ne puissent s’arrêter, que sa fortune reste inépuisable, voilà ce qu’il reste à prouver et ce qui paraît douteux. Comment, d’ailleurs, une nation si vieille et si jeune à la fois, qui a, en moins de quarante ans, assimilé gloutonnement tous nos progrès, aurait-elle eu le temps de se transformer jusqu’au fond ? Ces Japonais, écrit M. Charles Pettit, ils crèvent de faim mais ils ont le téléphone ; ils n’ont ni culottes, ni souliers, mais ils arborent des chapeaux melons ; ils aiment la vie dans le fond, mais ils en sont réduits, dans leur farouche désespoir, à sourire par fierté à la mort : illustres cabotins, ils arrivent à émouvoir le monde entier, tellement ils savent bien jouer leur rôle d’hommes civilisés ; mais que pensent-ils, quels sont leurs espoirs, leurs joies ou leurs souffrances, quand, pendant les entr’actes, le rideau baissé, ils se retrouvent entre eux ?

« Illustres cabotins ». Le mot est dur. Il est peut-être juste. Mettons, pour être plus juste encore, que ce sont de grands acteurs, qui ont pris l’Europe à leur jeu. N’importe, il faut connaître les hommes, sous les rôles. Il faut les étudier, les pénétrer. On demande la vérité sur le Japon vrai. »

Le Mikado passe à table. L’Ogre aux dents longues se paye la tête des chefs des puissances coloniales : Anglais, Français, Allemand, Russe, Américain. Il a les crocs, montre des dispositions agressives inquiétantes et marque son mépris des lois de l’humanité en s’apprêtant à casser une petite croûte qui aura l’heur de mettre tout le monde d’accord. Son rictus est la promesse de rire jaune. Les hépatiques souffrent de crises de foie qui provoquent leur mauvaise humeur, et lorsqu’ils se forcent à rire, la bile teinte leur visage de cette couleur jaune pâle. Le théâtre japonais excelle dans le réalisme du racolage pour banquet patriotique. La foi est l’Humilité de la raison. (Dictionnaire du Figaro, 15 mars 1868). Le cynisme est au menu. Une poilade pour nous faire pouffer.

Tu te figures donc que c'est pour la rigolade qu'on échange des prunes! (Jules Vallès - Jacques Vingtras, L’Insurgé, 1871- Charpentier et Cie, Paris 1886 p. 363). L’art est dans le tout. Tout est dans l’art. Tous ont leur barde de l’art. Le MENU est « conventionnel ». Les mots couverts, sont des paroles honnêtes qui en font entendre d'obscènes. Le baiser digestif après le banquet de la paix, quelle trouvaille pour faire passer les cochonnailles. Mettez un couvert pour Monsieur !

Salade russe : Les Russes sont en fête. J’ai le nom de la Russe sur le bout de la langue.

Sous-marins à l’américaine : Le chasseur sous-marin raffole des fonds curieux, avec botte de persil.

Fricassée de canons allemands : Le filet en cocotte cuit dans son jus.

Princesses belges sautées : Poires à la fine.

Rosbeef à l’Edouard : Goûtez nos farces dans le genre rosbif ! C’est la partie arrière que l’on embroche.

Vins de France : Côtes du cru.

Entremet européen : Pour atteindre le trou du fût il faut écarter les caisses.

Dessert international : Si vous voulez qu’elles goûtent donnez leur donc des flancs.

CAFÉ : Un plan qui vient de la Guinée

LIQUEURS : La cure du foie. L’eau de vie des bouilleurs de cru. Vieux marcs très doux. Nos petits fûts de Kummel et notre vieille fine sans dépôt.

« L’Arc en ciel » : sujets à mettre dans le… Mille / N°1 à 16 de la première période : Septembre 1904 à Mars 1905, par Vincent Demarcke

N°2 - L’Arc-en-ciel – Mille – sept. 1904 – GloriaLe prince Sviatopolk-Mirski nouveau ministre de l’intérieur de Russie suit ses prédécesseurs sur le chemin de la gloire

« Trop de fleurs ! » - L’Aurore, 15 sept 1904 – G. Clemenceau : « Ce n’est pas très souvent que le premier ministre du tsar fait au monde des confidences sur sa politique, sur ses projets. La raison en est simple. Il n’y a ni politique ni projets pour cette sorte de grand sergent de ville dont l’unique mission est de tout empêcher. Qu’est ce qu’aurait pu nous dire M. de Plehve ? « Hier j’ai pendu. Demain je pendrai». Le fouet, la transportation, la hart, le tout agrémenté de massacres de juifs, quoi de plus monotone quand on n’a pas d’autres moyens de gouvernement ? Une seule diversion à prévoir : la levée en masse des morts pour la revanche de l’assassinat. On préfère d’autres aperçus pour le repos des nerfs. M. Sviatopolsk-Mirsky successeur de M. Plehve est d’une école nouvelle. Je ne m’étonne pas que le tsar Nicolas ait mis si longtemps à le découvrir. Pour mettre la main sur cet oiseau rare il a fallu vraiment une dispensation spéciale de la Providence. On l’a trouvé c’est le point capital. Il ne reste plus qu’à savoir quelque chose des vastes desseins qu’il roule en sa pensée. Un échappé de pogrom, M. Marcel Hulin de l’Echo de Paris, s’en est allé le lui demander sans façon, et loin de le livrer aux sicaires, M. Sviatopolsk-Mirsky, après l’avoir gracieusement convié aux rites du samovar, s’est répandu avec une généreuse abondance sur les résultats de ses méditations. « Des changements, non. » Il n’en fera pas. C’est la première réforme qu’il a conçue. Et avec quelle hauteur de vue il se propose de l’exécuter ! « Je m’efforcerai, dit-il, d’inspirer mes actes d’un vrai et large libéralisme… » Qui ne serait satisfait d’une telle déclaration ? Nous voilà bien loin de Plehve. Il est vrai que la phrase s’achève par une sage réserve : autant du moins, que ce libéralisme ne sera pas de nature à changer l’ordre de choses établi ». Je respire.

Donc il est entendu que la Russie gardera par le « large libéralisme » de son premier ministre, tous les bienfaits de l’absolutisme dont nous la voyons jouir dans la prospérité de la paix au dedans comme au dehors. Surtout pas de responsabilité : voilà le fondement selon M. Sviatopolsk-Mirsky, d’un gouvernement bien ordonné. « Toute responsabilité, dit-il, serait factice et nominale », tandis qu’avec l’irresponsabilité des gouvernants, chacun sent la nécessité, n’est ce pas, de faire son devoir. L’initiative des ministres consiste à « dépendre uniquement de l’Empereur qui est souverain par la grâce de Dieu ». Si tout va bien, c’est que Dieu favorise le tsar ; si tout va mal c’est que Dieu châtie le peuple russe. Dans les deux cas il n’y a place que pour les actions de grâce. En vérité le successeur de M. Plehve a trouvé la pierre philosophale du gouvernement.

Quoi ! Les Russes jouissent d’une « liberté absolue » et on rencontre encore dans l’Empire des mécontents ! Que faut-il donc aux hommes pour les satisfaire ? M. Sviatopolsk-Mirsky est-il bien sûr que la Russie n’a pas trop de liberté ? Qu’il y réfléchisse. Quelques mesures autoritaires pourraient bien être de saison. »

Le 9 septembre 1904, la presse annonce que le prince Sviatopolk-Mirski a été bombardé ministre de l’intérieur de Russie par le tsar Nicolas II, après l’assassinat de Plehve, ancien directeur de la police tsariste devenu ministre de l’intérieur (1902-1904), dont le corps avait été déchiqueté par la déflagration d’une bombe, lors de l’attentat perpétré contre lui par un terroriste le 15 juillet 1904. Les mèches sont déjà allumées.

La bombe se distingue des obus sphériques, parce que le diamètre en est plus fort et qu'elle présente, en général, des anses et un culot. Faire la bombe ! C’est un coup fumant. La poudre fulminante éclate quand on marche dessus… Les ministres se suivent. La Russe réclame sa Nation. Elle ne peut plus souffrir, ce malotru du coup.

« L’Arc en ciel » : sujets à mettre dans le… Mille / N°1 à 16 de la première période : Septembre 1904 à Mars 1905, par Vincent Demarcke

N°3 - L’Arc-en-ciel – Mille – sept. 1904 ? - Kouropatkine ou Gripenberg qui ramassera les lauriers ???...

« La Disgrâce de Kouropatkine » - L’Aurore, 28 sept 1904 - Alexandre Ular : « Dès le début de la guerre, l’Aurore a révélé les intrigues menées en Russie par les oisifs, les incapables, les prévaricateurs, les concussionnaires de haut vol, et fait prévoir leurs conséquences déplorables. Aujourd’hui, ses prévisions sont plutôt dépassées. Le spectacle auquel assiste l’Europe est à peu près unique dans l’histoire moderne. Aucune guerre, pas même celle de 1870, n’a mis en lumière une aussi profonde désorganisation dans les hautes sphères du commandement. Résumons : Au lendemain de l’attaque japonaise à Port-Arthur et Chemulpo, Alexéieff, dont les fraudes odieuses n’étaient plus un mystère, fut remplacé à la tête des armées de terre et de mer par Makharoff et… Liniévitch. Makharoff périt victime de l’incurie de ses aides qui ne savaient même pas dessiner une carte topographique. Liniévitch, digne vieillard pour qui la guerre moderne a trop de secrets, dut huit jours plus tard, s’effacer devant Kouropatkine. Mais il n’en conserva pas moins le titre de général en chef de l’armée de Mandchourie, et, tel Achille froissé mit, entre ses quarante mille guerriers et ceux de son collègue plus glorieux, quelque chose comme quinze cents kilomètres de désert. Deux chefs, deux armées, l’un espérant le malheur de l’autre ; celle ci laissant celle là dans un état d’infériorité numérique désastreux. …Voilà deux mois déjà que les généraux d’antichambre escomptaient la disgrâce de Kouropatkine, préparée de si merveilleuse façon. L’Aurore, à cette époque, annonçait que Kouropatkine ne resterait pas maître de la situation, qu’on le laisserait avec ses effectifs actuels, écraser par les Japonais, qu’on organiserait une seconde armée, encore inexistante, en dehors de lui et de Liniévitch, et qu’on donnerait à cette dernière un commandant en chef « sûr » - au sens d’Alexéieff – qui reprendrait plus tard le plan primitif de Kouropatkine, c’est-à-dire la résistance à Kharbine, préconisée, il y a six mois, par Dragomiroff lui même. C’est fait maintenant. Nous connaissons l’élu des Sakaroff et des grandes dames, c’est le vieux Suédois apoplectique Grippenberg, dont le cerveau, à la suite d’un épanchement sanguin, est autant dire hors de service depuis deux ans. Celui-là est « sûr », certes. Sakaroff et Alexéieff n’ont rien à redouter de lui. Il n’aura aucune velléité d’indépendance. Sans murmurer, il obéira aux ordres qu’Alexéieff, qui n’a pas perdu l’espoir de redevenir le commandant en chef des armées en retraite et des flottes détruites, lui fera parvenir par l’intermédiaire du ministre de la guerre. Quelles seront les suites de ce revirement de la fortune des prévaricateurs ? Au point de vue stratégique, cependant, la nouvelle situation est fort simple. Kouropatkine est sacrifié, et avec lui toute la campagne d’automne. …Pour mener la Russie à la victoire, il n’y a plus, après lui, qu’une collection de phénomènes pathologiques. Marasme sénile, ramollissement cérébral, alcoolisme, cancer de l’estomac, tuberculose intestinale, etc., etc. Ah ; la camarilla a bien travaillé… Plehve est mort mais son œuvre lui survit. »

Après la lourde défaite infligée par le Japon à la Chine à l’issue de la guerre sino-japonaise pour la conquête de la Corée (1894-1895), les « Grandes Puissances », Allemagne, Angleterre, France, Russie s’étaient précipitées à Pékin pour limiter la victoire du Japon - qui avait du renoncer à Port-Arthur - et se partager les dépouilles de l’Empire du Milieu. Ce sont les Jaunes qui auraient pu, alors, parler du « péril blanc ». Ces empiétements de l’Europe provoquèrent une violente réaction nationaliste en Chine, la révolte des Boxers (1900), « matée » par une expédition internationale à laquelle prirent part les Etats Unis. Les « Puissances » élargies renoncèrent à toute idée de démembrement et garantirent alors l’intégrité de la Chine. Mais la Russie et le Japon n’avaient pas pour autant renoncé à leurs ambitions sur la Corée.

Les anciens croyaient que le laurier préservait du coup de foudre, mais il n’ombragera que leur tombe.

Kouropatkine, poursuivi par Gripengerg qui le pousse dans le dos, tombe dans le piège tendu par le mandarin qui attend patiemment son heure. La coterie de personnes qui approchent le tsar conduit la Russie à sa perte. Le Mikado, prince souverain du Japon, réserve une surprise au vainqueur qui va s’embrocher sur le fil de son épée pour s’emparer de la branche de laurier qu’il lui tend. Le despote nippon ne partage pas la plénitude de son autorité avec des feudataires cacochymes. C’est lui, désormais, qui incarne le « péril jaune », vindicatif et dépourvu de tout sens moral, qui menace les champions de l’Occident chrétien, tout à leurs querelles intestines.

Vous avez fait là une belle poussée, se dit à un homme qui a fait une tentative malheureuse ou ridicule. Il faut tirer sur la ficelle pour démêler la corde. A l’idée de voir la Chine, derrière le Japon, le général qui se replie toujours, est envahi par une étrange pâleur.

« L’Arc en ciel » : sujets à mettre dans le… Mille / N°1 à 16 de la première période : Septembre 1904 à Mars 1905, par Vincent Demarcke

N°4 - L’Arc-en-ciel – Mille – sept. 1904 ? – Le duel des deux empereurs.

« Pour les victimes » - L’Humanité, 15 sept. 1904 - M. Viviani : « On a peine à comprendre, en effet, le danger que présenterait une médiation qui serait pour l’humanité une économie de crimes et de sang. A en croire certains, il faudrait attendre que les intéressés réclament l’intervention. Mais comment ne pas comprendre qu’ils ne la réclameront jamais et que ceux qui sont partisans de l’effacement diplomatique pour ne pas froisser l’orgueil des combattants, ne comptent pas assez, au contraire, avec ce même orgueil ? Nul ne doute, d’ailleurs, qu’il y ait des difficultés. Aucun des belligérants ne voudra peut-être le premier à la question posée, de peur que sa réponse, si elle est favorable à une intervention, ne soit prise pour un aveu de sa faiblesse, et qu’elle ne l’accable, si l’autre belligérant réclame encore la longue suite des combats. Tout cela est très possible. Mais c’est l’affaire de la diplomatie de rechercher les moyens de choisir les procédés, d’inventer les formules. Elle n’a été créée que pour cela. »

« Une Médiation ? »La Presse, 17 sept. 1904 – Léon Bailby : « Le bluff était américain d’origine. Depuis six mois, il est devenu japonais. Personne ne s’entend mieux que les petits hommes jaunes à « monter le coup à l’Europe». Il faut lire l’interview accordée à un reporter par le vicomte Hayashi. Ce n’est pas un mince personnage que le ministre du Japon à Londres. On le sait écouté en haut lieu. Ce qu’il dit peut-être considéré comme la parole même du gouvernement nippon. …Il est certain de la victoire, certain de la résistance de ses troupes, assuré de ses ressources considérables qu’il faudra pour terminer la guerre, etc. etc. …Le Japon déclare M. Hayashi, ne veut pas entendre parler d’intervention. Il affirme que son pays n’a pas été l’agresseur, et si, parlant d’un diplomate, on n’était tenu à garder le langage diplomatique, nous dirions que c’est là un beau mensonge. Mais le ministre japonais va plus loin quand il nous ouvre des aperçus sur les conditions de paix auxquelles il rêve. On n’en n’est plus à la souveraineté de la Chine en Mandchourie. « Aujourd’hui, déclare-t-il, après nos dépenses et nos victoires, le Japon ne saurait se contenter d’un si mince résultat. Demain, après la prise de Port-Arthur, nos conditions ne seront plus les mêmes, et, après demain, après la prise de Vladivostok et l’occupation de Kharbine, nos exigences seront autres… » Voilà ce que déclare M. Hayashi, et, pour quiconque veut lire entre les lignes et sait ce que parler veut dire, il apparaît clair comme le jour que l’homme d’Etat japonais n’est pas si éloigné qu’il veut bien le faire croire de toute idée d’intervention. « Dépêchez-vous, semble-t-il dire, si vous avez des propositions de paix à nous faire, car elles sont acceptables encore aujourd’hui, mais demain, nous serions bien plus exigeants. » Et quand il ajoute que son pays a des ressources considérables pour faire face aux dépenses énormes de la guerre, alors il abuse un peu de la naïveté de ses lecteurs. Car à qui fera-t-on croire que le Japon, obligé de faire un emprunt à 9 % dès le début de la campagne et à qui, aujourd’hui, l’Europe refuse de nouveaux crédits, a les reins assez solides pour supporter les frais d’une guerre de deux ou trois années. J’en reviens donc à ce que j’ai dit : l’idée d’une intervention des puissances, d’abord lancée par Henri Rochefort, reprise par un ancien ministre de Waldeck-Rousseau, M. de Lanessan, et défendue hier encore par M. Viviani, cette idée fait du chemin. Et c’est sans doute le Japonais criant très fort qu’il n’en veut pas, qui en aurait le plus envie… »

« La Guerre » - Le Rappel, 17 sept. 1904 - Charles Bos : « Et c’est juste à cette heure où la chance peut tourner en faveur des Russes, que d’excellents esprits, ennemis de la guerre, proposent une intervention de l’Europe pour amener les belligérants à déposer les armes. Beau rêve en vérité, mais irréalisable. Les Japonais sont grisés par leur succès ; les Russes, qui se préparent peu à peu, ont de terribles vengeances à exercer. Ni les uns ni les autres n’écouteront les interventionnistes dont beaucoup n’agissent que pour leurs intérêts commerciaux. J’ajouterai que les Russes auraient bien tort de céder à ces conseils. C’en serait fini de leur influence en Asie et l’Europe elle même courrait trop de risques à voir se fortifier la puissance du Japon. Car derrière le Japon, il y a la Chine, toute la race jaune, 700 millions d’être humains qui méprisent, haïssent les blancs. »

En posture d’ « apache », bandit qui sévissait à Paris par le vol et l’agression, le Mikado, le couteau entre les dents, baïonnette au canon, un pistolet et deux sabres à la ceinture, agresse le tsar qui se défend gauchement avec un chapelet de grains rouges : une ficelle pour nous rappeler cette plaisanterie qui court faisant allusion à la foi religieuse de nos alliés : « Les pauvres Russes, ils se battent avec des images, les Japonais n’en n’ont pas, eux, et ils sont vainqueurs ». L’auréole dont les peintres entourent ordinairement la tête des saints, ressemble à un Louis d’or, la véritable icône. Les hommes d’argent n’ont-ils pas d’autre patrie que leur cassette et l’espérance du gain ? Il faut secouer les « mythes » des vieux habits.

« L’Arc en ciel » : sujets à mettre dans le… Mille / N°1 à 16 de la première période : Septembre 1904 à Mars 1905, par Vincent Demarcke

N°5 - L’Arc-en-ciel – Mille – sept. 1904 ? – L’étreinte de l’envahisseur

« L’unité jaune » - L’Aurore, 13 sept.1904 - Les journaux de ce matin – L’Autorité – M. de Cassagnac : « Mais la victoire du Japon c’est la reconstitution immédiate de l’« unité jaune » contre « l’unité blanche ». C’est l’Europe chassée très prochainement de toute l’Asie et menacée jusque chez elle. Que deviennent nos colonies, les colonies américaines, anglaises mêmes en face de la race jaune unifiée par le Japon contre nous ? L’Angleterre paraît le comprendre et cela explique son refroidissement à l’endroit de cette alliée qu’elle réchauffait naguère et qu’elle lançait sur la Russie. Elle se rend compte des difficultés et des périls que le Japon victorieux lui créerait certainement. Quant à nous, il ne peut y avoir que de mauvais Français, que de mauvais patriotes pour appeler par une paix trop hâtive, une diminution morale et matérielle de la Russie, qui aurait sa répercussion fatale sur tout le vieux monde dont notre alliée est le champion, et sur nous particulièrement qui sommes liés indissolublement à la fortune de la Russie, au point de grandir et de tomber avec elle. »

« L’Asie aux Asiatiques » - L’Intransigeant, 20 sept. 1904 - Henri Rochefort : « Certes, la Russie est dans une situation fâcheuse, mais je ne vois pas que celle de la France soit beaucoup plus rassurante. …Les Célestes, dont toutes les sympathies vont vers le Japon, mais qui n’osaient se prononcer ouvertement, de peur de provoquer contre eux une coalition européenne, n’attendent que la chute de Moukden et la prise de Port-Arthur pour passer nettement aux Japonais. …Et ce ne sont pas là des suppositions en vue d’un avenir quelque peu lointain : tout est prêt pour l’explosion et la mèche est déjà allumée. Le Japon, qui a mis tout au plus trente ans à se transformer au point de tenir en échec les meilleures troupes européennes, a dû apprendre à la Chine comment le labor improbus vient à bout de tout presque en un rien de temps. Ce que nous mettons deux ans à comprendre et vingt ans à exécuter, ils l’apprennent en trois semaines et l’accomplissent en six mois. Inutile de dire que nos ministres ne connaissent pas le premier mot de ce qui se trame contre notre pays : toute leur attention s’étant portée jusqu’ici sur les moyens de s’acheter, à force de pots-de-vin, le nombre de députés nécessaire pour s’assurer une majorité. »

L’anglophobie semble ressurgir en dépit des efforts de M. Delcassé, ministre français des Affaires étrangères depuis 1898, pour renforcer l’« Entente Cordiale » entre la France et l’Angleterre (8 avril 1904) afin de contrer la Triplice : Allemagne, Italie, Autriche-Hongrie. Notre fraternité d’armes nous obligerait à apporter à la Russie le secours des forces françaises, puisque il a, sans nous en prévenir, étendu l’alliance aux affaires coloniales. Nous voilà donc engagés dans une guerre où, bien malgré nous, nos canons tireraient sur les Japonais. Malheureusement la perfide Albion a révélé qu’un traité d’alliance avait été conclu il y a deux ans entre elle et le Japon, auquel elle se verrait tenue de prêter le concours de ses vaisseaux contre les nôtres. Edouard VII, le chef orné de la classique petite couronne d’or posée comme un couvercle sur un pâté, chevauche un fabuleux monstre marin, jaune, animé par une folie furieuse, un poignard ensanglanté à son extrême droite, les yeux exorbités assoiffés de sang, qui crache le feu par les naseaux et qu’on représente avec une queue de poisson de la Tamise. Un costume « bleu de roi » remplace l’uniforme rouge de la réclame illustrée que font d’ordinaire les cartes postales à LOncle de l’Europe. Fouetté par la satire, le hardi marin qui donne des verges, la tiare de travers, semble ne plus pouvoir maîtriser la chimère qu’il a instrumentée pour la défense de ses colonies. La créature, devenue Puissance maîtresse des mers, étrangle l’ours de Russie sur les terres qui ouvrent la route de Pékin, tandis que le tsar, anéanti, se prosterne sur une croix de bois. Mon ami j’ai besoin de bottes pour l’hiver.

« L’Arc en ciel » : sujets à mettre dans le… Mille / N°1 à 16 de la première période : Septembre 1904 à Mars 1905, par Vincent Demarcke

N°6 - L’Arc-en-ciel – Mille – sept. 1904 ? – Histoire de toute la guerre russo-japonaise…

« La Russie à la tête du progrès » – L’Humanité, 11 sept. 1904 – Georges Lecomte : « Désormais en Russie, on prend autant de précautions que jadis on montrait d’imprévoyance. Pour être à peu près sûr qu’il restera un parrain au tsaréwitch, on a fait de lui le filleul de tous les soldats de l’armée qui combat en Asie. Cela paraît beaucoup, et pourtant ce n’est guère, car, au train de la Mort sur ces charniers – dix mille au funèbre tableau d’un seul jour ! – cette abondance de parrains finira par être à peine excessive. Enfin, ne semble-t-on pas entré délibérément à cette occasion dans le système des économies ? Plutôt que de gaspiller le budget de l’Etat, si nécessaire ailleurs, en achats des vulgaires soldats de plomb qu’on donne d’habitude aux enfants, on a préféré offrir au nouveau-né des militaires vivants et les nommer capitaine de tous les régiments de cosaques, bien que les bulletins de Mandchourie annoncent un grave déchet dans cet impérial joujou. Peut-être est-ce autant par esprit parcimonieux que par faiblesse humanitaire qu’on vient de supprimer le knout pour les moujiks et les condamnés politiques : les cordes des fouets maintenant inutiles dispenseront d’en acheter d’autres pour les pendaisons. »

« La Guerre et la Paix » - L’Humanité 25 sept. 1904 - Francis de Pressensé : « Voici bientôt huit mois que dure la guerre russo-japonaise.Déjà cette guerre a produit une moisson d’horreurs. Les récits des témoins oculaires nous ont fait passer sous les yeux cette effroyable consommation d’hommes. Des deux côtés, la vie humaine est prodiguée avec une criminelle insouciance. Les confidences - peut-être un peu hautes en couleur et en ton - du prince Radziwill ont achevé d’écœurer tous ceux qui ne font pas du paradoxe à la de Maistre, qui n’aspirent pas de loin l’odeur fade du sang et qui ne font pas, en pantoufles et au coin de leur feu, les stoïciens pour les souffrances d’autrui. »

« Ames de Guerre » - L’Humanité 25 sept. 1904 - Octave Mirbeau : « Les diplomates sont de braves gens aussi… Et s’ils ne regardaient pas les peuples se battre, râler et mourir, qu’est ce qu’ils feraient ?... Enfin alliés non du peuple russe dont les douleurs infinies comme celles de tous les peuples, d’ailleurs, nous sont absolument indifférentes, mais alliés du tsar, dont la gloire seule nous importe, ne soyons pas moins fidèlement tsaristes que lui, qui a prononcé récemment cette parole héroïque et merveilleuse : « Tant qu’il me restera un homme et un rouble, je ne céderai pas ! »… Car les hommes appartiennent au tsar, n’est ce pas ?... Au tsar encore les roubles de ces hommes… Il peut donc en disposer à sa fantaisie… Cela ne nous regarde pas ! Donc, n’intervenons pas… Et qu’on se tue et qu’on s’égorge !... Et quand après des années de tueries et d’égorgement les pauvres diables échappés au massacre rentreront dans leur foyers, le tsar et le mikado sauront bien rappeler au respect de la propriété et de la vie humaine ceux qui auront pris un pain pour la faim, et ceux qui auront planté leur couteau au cœur d’un Plehve pour la justice. »

Dès le début de la guerre, on nous a affirmé que les Russes avaient sur leurs adversaires une écrasante supériorité numérique, on nous a parlé du rendement prodigieux du Transsibérien, du million d’hommes que ce clepsydre qui est un compte-gouttes qui est lui même une voie ferrée déversait journellement en Mandchourie. Depuis que le Japon a révélé son appétit, la courroie du Transsibérien assure l’alimentation du Mikado en recrues « vertes » fraichement issues de la mobilisation. Le tsar, à la tête du progrès, tourne, lui-même, la manivelle de la « machination » décorative, un joujou qui ne manque pas de « piquants », au train où vont les choses… Très pâle, plus que pâle, le tsar, blême, en perdrait sa belle mine…

« L’Arc en ciel » : sujets à mettre dans le… Mille / N°1 à 16 de la première période : Septembre 1904 à Mars 1905, par Vincent Demarcke

N°7 - L’Arc-en-ciel – Mille – sept. 1904 ? – L’offensive Russe – Le général Kouropatkine, profitant des leçons d’Oku, fait le tour du monde pour surprendre zes derrières.

« A la guerre comme à la guerre » - Gil Blas, 7 sept. 1904 – Franc-Nohain : « Après avoir suivi le duel gigantesque qui, durant près d’une semaine, a mis aux prises l’armée russe et l’armée japonaise, les personnes qui, comme moi, sont médiocrement expérimentées dans l’art militaire et ignorent les ruses des camps, en voyant Kouropatkine évacuer la place de Liao-Yang et battre définitivement en retraite devant le général Oyama, se sont figurés ingénument qu’une fois de plus le sort des armes était contraire aux soldats du Tsar, et que cette victoire des Japonais, couronnant une bataille aussi formidable, aussi acharnée, devait avoir une importance et une répercussion considérables. Fort heureusement nous n’y connaissons rien ; et un officier de l’entourage de l’Empereur et des grands-ducs se chargeait, dans une interview parue hier matin, de mettre les choses au point et de nous éclairer sur ce que notre candeur appelait déjà un désastre. Tout va bien a déclaré joyeusement l’officier russe : Kouropatkine est battu, « comme il le voulait » ; il a abandonné Liao-Yang ce qui était « son plus cher désir » ; les Japonais sont à ses trousses, il n’en aurait « jamais espéré autant » ! Dites vous bien que les défaites de Kouropatkine sont toujours prévues par ce général, qu’elles font partie de son plan de campagne, qu’elles sont le fruit de mûres réflexions. Il bat en retraite ? Non pas, « il se replie » ; il se replie sur le centre de ses approvisionnements, tandis que les Japonais qui le poursuivent ne s’aperçoivent pas que, plus loin ils le chassent, plus loin ils se trouvent entrainés hors de leur pays, les insensés ! Et quant aux pertes éprouvées, c’est là précisément le trait de génie ; la bataille de Liao-Yang a coûté cinquante mille hommes ? Oui, mais quels hommes ? Oui, mais quels hommes ? Les troupes qui ont donné jusqu’à ce jour sont les moins parfaites de celles dont nous disposons (textuel). La vérité est que notre armée s’épure : ne dites pas que Kouropatkine a perdu cinquante mille hommes, dites qu’il s’en est « débarrassé »! En résumé, la situation pouvait jusqu’ici paraître un peu hésitante, mais, après la retraite de Liao-Yang, nous voilà pleinement rassurés, tout va bien ! » Ainsi parla l’officier d’ordonnance du grand-duc Boris, un officier qui signe Demidoff, et non pas Canrobert. »

Durant la guerre de Crimée, le général Canrobert était toujours optimiste dans ses dépêches qu'il terminait par : « Tout va bien, signé Canrobert ». Cette expression est restée dans la langue française pour désigner le fait de dissimuler ou minimiser une situation grave.

« A propos de Kouropatkine » - L’Echo de Paris, 15 sept. 1904 - Emile Danthesse : « Le 1er septembre, les journaux de Londres prédisaient les pires catastrophes à l’armée russe. « Les Japonais ont tourné le flanc gauche de Kouropatkine ! C’est le désastre ! » s’écriaient, non sans satisfaction, les journaux de Londres. Et, d’après eux, Kouropatkine n’avait plus qu’à passer la frontière mongolienne où le général Mâ l’attendait pour le cueillir. Le passage en Chine, c’était la fin de l’armée russe, comme l’entrée en Suisse marqua le dernier acte de l’armée de Bourbaki. …Un écrivain militaire connu, Karl Tanera, dit, dans le Schlestschte Zeitung, que la retraite des Russes n’est que l’exécution d’un plan combiné et exécuté avec précision. « Les Russes, écrit-il, peuvent perdre Moukden et bien d’autres places sans inconvénients, mais quels désastres frapperont les Japonais le jour où l’armée russe, ayant la supériorité du nombre, descendra de Kharbin ! »

Les Japonais prétendent qu’ils iront jusqu’au lac Baïkal ! Nous verrons bien. Ils ne sont pas au bout de leurs peines. Ceux qui réfléchissent, à Tokio, commencent à croire qu’on ne vient pas si facilement à bout de la résistance, de l’obstination des Russes « ennemis dignes de tous les respects ». Ceux là envisagent l’avenir avec moins d’optimisme que les habituels lanceurs de Banzaï ! Banzaï ! »

Le 3 septembre de l'an 401 avant J.C., Dix Mille, mercenaires grecs au service de Cyrus le Jeune, un prince perse, livrèrent combat à Cunaxa, du côté de Babylone, contre son frère Artaxerxés II. Battus, ils décidèrent de rentrer dans leur pays. Xénophon, qui avait suivi l'enseignement de Socrate avant de rejoindre l'expédition des Dix Mille fait le récit de cette équipée dans « L'Anabase » devenu depuis lors un nom commun. Depuis deux millénaires, les hommes de lettres utilisent l'expression anabase pour qualifier des expéditions militaires épiques comme celles de Napoléon d’un bout à l’autre de l’Europe. L’R de la « Retraite de Russie » a de la jambe.

Sur ces deux là, la raison n’a plus d’empire. Banzaï ! Banzaï ! Mouvement en avant du corps, le général Oku poursuit de ses ardeurs les « derrières » du généralissime Kouropatkine, l’épée bandée au revers. « L’épée, dit le Code X, se porte tangente à la bande, touche à terre et fait voler la poussière. De là son nom de tangente, elle n’a en effet qu’un point de contact avec le corps, le point Q. » (L’Argot de l’X-1894). Dans les manuscrits grecs, Z se met devant les passages suspects. Renvoyons à Palamède, Qui le premier les mit au jour, Le p avec x, y, z, (Voiture, dans Richelet). (Le Littré). Si la vérité allait surgir de ces « reculades » d’une façon éclatante ? Que ça sentait mauvais à la noce de la Russe !

« L’Arc en ciel » : sujets à mettre dans le… Mille / N°1 à 16 de la première période : Septembre 1904 à Mars 1905, par Vincent Demarcke

N°8 - L’Arc-en-ciel – Mille – sept. 1904 ? – Une épée qui voit le jour pour la 1re fois – L’amiral Alexeieff fait ses adieux à sa vaillante épée de comt en chef avant de la remettre à Kouropatkine.

« La Disgrâce de Kouropatkine » - L’Aurore, 28 sept 1904 - Alexandre Ular : « Dès le début de la guerre, l’Aurore a révélé les intrigues menées en Russie par les oisifs, les incapables, les prévaricateurs, les concussionnaires de haut vol, et fait prévoir leurs conséquences déplorables. Aujourd’hui, ses prévisions sont plutôt dépassées. Le spectacle auquel assiste l’Europe est à peu près unique dans l’histoire moderne. Aucune guerre, pas même celle de 1870, n’a mis en lumière une aussi profonde désorganisation dans les hautes sphères du commandement. …Et tandis qu’à Port-Arthur Outchtomski se voit mis au ban de la flotte, Skrydloff, à Vladivostok, traduit son dégoût des intrigues nouées autour de lui par le mutisme et l’immobilité. Voilà deux mois déjà que les généraux d’antichambre escomptaient la disgrâce de Kouropatkine, préparée de si merveilleuse façon. …Pour mener la Russie à la victoire, il n’y a plus, après lui, qu’une collection de phénomènes pathologiques. Marasme sénile, ramollissement cérébral, alcoolisme, cancer de l’estomac, tuberculose intestinale, etc., etc. Ah ; la camarilla a bien travaillé… Plehve est mort mais son œuvre lui survit. »

« Prochain retour d’Alexéieff » - Le Matin, 5 oct.1904 - Gaston Leroux : « Comme je vous le télégraphiais récemment, il est exact que l’amiral Alexeïeff va se voir enlever le commandement général des armées ; mais on a décidé depuis hier qu’il ne reviendrait même pas, comme le bruit en a couru aujourd’hui, pour remplacer le comte Lamsdorff aux affaires étrangères. Cette nouvelle est absolument fantaisiste ; le vice-roi gardera, en effet, uniquement le commandement de la flotte. …Telle est, à la cour, je puis vous l’affirmer, la vérité d’aujourd’hui. »

« Généralissimes Occultes » L’Aurore, 8 oct. 1904 - Alexandre Ular : « Le haut commandement russe traverse en ce moment la crise la plus redoutable qui se puisse produire au cours d’une guerre. Et contrairement à ce que relatent les dépêches officieuses de Saint Petersbourg, cette crise s’aggrave de jour en jour. La confusion absolue règne dans les hautes sphères, tout y milite de plus en plus pour entraver l’organisation de la victoire. Les porte-parole du bureau des renseignements de la presse étrangère, nous dépeignent l’impuissant autocrate occupé nuit et jour à élaborer de grandioses « combinaisons » en vue de réorganiser le haut commandement en Mandchourie. Comme si ces « combinaisons » mêmes, dictées par des considérations personnelles ou inspirées par des intrigants, n’excluaient pas toute organisation réellement pratique ! …Alexeieff reste Dieu et Zilinski est son prophète. Parfaitement conscient de son incapacité stratégique absolue, le vice-roi s’est adjoint dès le commencement de la guerre, en qualité de chef d’état-major, un homme qui passe pour être des plus forts parmi les théoriciens de la tactique moderne. Zilinski est un mathématicien. …Il calcule tout, ne laisse rien au hasard. Il est donc très peu Russe. Dès lors on conçoit son rôle en Mandchourie. On ne saurait l’incriminer de mauvaise foi ; c’est un honnête homme mais un fanatique de la science stratégique. Il n’eut pas à se mêler des actes du généralissime Kouropatkine ; les deux Sakharoff s’en chargeaient. Le pauvre généralissime, plus ou moins désemparé devant un ennemi trop fort, devait suivre un plan, au jour le jour, où le système faisait complètement défaut. Devant ce sacrilège, les cheveux se dressaient sur le crâne savant de Zilinski, et les critiques les plus dures, les plus logiques, les plus péremptoires pleuvaient. Alexeieff, heureux au possible, les transmettait au tsar, ébloui du savoir de son vice-roi. Cependant, toute la Russie comptant sur Kouropatkine, on s’enquit auprès de lui pour connaître les conditions de la victoire. Il demanda des renforts qu’il reçut jusqu’au 15 août, où le chiffre réclamé fut atteint. Puis on attendit la victoire annoncée. Le résultat fut la défaite de Liao-Yang. Des critiques d’une merveilleuse clarté, imaginées par Zilinski, et utilisées par Alexeieff, arrivèrent au cabinet du tsar. Le plan de Kouropatkine – voire celui qu’Alexeieff, les Sakharoff, etc., lui avaient imposé aux cris de : « C’est des victoires qu’il faut à la Russie, et non de la patience » - ce plan funeste avait échoué. Il en fallait un autre, mais non pas celui de Dragomiroff, la retraite sur Kharbine, que Kouropatkine aurait pu tout aussi bien revendiquer comme sien. Qui charger de la tâche formidable ? Naturellement celui qui avait si merveilleusement dénoncé les fautes de Kouropatkine, c’est à dire Zilinski, ou plutôt, car c’est la même chose, Alexeieff ! Et voilà comment Alexeieff que l’on croyait disgracié devient le grand directeur des opérations. C’est le point de départ du plan Zilinski que la formation de la seconde armée, confiée à Grippenberg. C’est le premier chapitre de ce plan que la résistance prolongée de Kouropatkine à Moukden, résistance qui n’a pas d’autre but que d’assurer à la Russie pour le printemps prochain la possession de Tie-Ling ou seulement de Tchan-Tou (plus au Nord) comme nouvelle base d’opérations. La folle idée d’une invasion en Corée par Linievitch est abandonnée. Toutes les forces russes seront concentrées en Mandchourie. L’offensive sera risquée tout le long du front, et la « seconde armée » devra opérer contre Kuroki sur la ligne de Sin-Tsin-Tin à Feng-Hoang-Tcheng pour le couper de sa base. Au mois de décembre, on compte commencer l’exécution de ce plan nouveau, - Zilinski sera l’ « esprit recteur », tandis qu’Alexeieff récoltera la gloire. Voici la situation actuelle. Malheureusement rien ne prouve que dans quinze jours nous ne serons pas à même de constater un nouveau bouleversement. »

« Un grand tournant de la politique mondiale » - Maurice Paléologue de l’Académie française, Ambassadeur de France - Plon 1934 :

« Samedi, 13 août 1904 : « Le 10 août, l’escadre de Port-Arthur, forte de 18 navires avait pris la mer, dans l’intention de gagner Port-Arthur. La flotte de Togo vint immédiatement l’attaquer. Après de longues péripéties, les russes ont perdu la bataille. Ce n’est plus une défaite, c’est un désastre. …Les Japonais vont pouvoir maintenant grouper tous leur navires contre l’escadre de Wladiwostok. »

Mardi, 16 août 1904 : « Avant-hier, l’escadre de Wladiwostok, cherchant à rallier Port-Arthur, a été complètement battue dans le détroit de Corée, par les croiseurs de l’amiral Kamoura. Désormais depuis le golfe du Petchili jusqu’au Kamtchatka, les japonais sont les maîtres absolus de la mer. Et je me rappelle ce que le général Pendézec me disait, il y a quelques mois : « Dans la guerre d’Extrême-Orient, la victoire définitive appartiendra sans doute à celui des belligérants qui aura su garder la suprématie navale. »

Samedi, 24 septembre 1904 : « Sous la poussée fiévreuse de l’opinion, l’Amirauté impériale a du prendre la décision d’expédier en Extrême-Orient une grande armée navale, qui s’appellera : « Deuxième escadre de l’Océan Pacifique. …D’après notre attaché naval à Saint-Petersbourg, la valeur nautique et militaire de la IIe escadre est au dessous du médiocre. …La valeur des équipages ne rehausse pas celle de la flotte.

Samedi, 15 octobre 1904 : « L’Armada russe, « IIe escadre de l’Océan Pacifique », forte de trente deux navires, appareille à Libau. – Sombres pressentiment des officiers : « Jamais nous ne reverrons la Russie. Nous sommes voués au plus affreux comme au plus inutile des sacrifices. Nous sommes vaincus d’avance… Ah !que les Japonais viennent donc nous détruire, et le plus tôt possible !...» Alors, chaque soir pour s’étourdir, pour secouer la tristesse, pour échapper aux pressentiments funèbres, on se grise de champagne et de vodka. »

« Champs de carnage » – L’Intransigeant, 16 oct. - Henri Rochefort : « Depuis quelques jours, il n’était question que de la prochaine offensive russe. S’il faut en croire les dernières dépêches, c’est principalement l’offensive japonaise qui s’est produite et l’armée de Kouropatkine a encore dû reculer devant l’effrayante ardeur de ces petits hommes qui sautent comme des jaguars sur l’ennemi, sans souci des balles, des éclats d’obus et des coups de baïonnettes. On me dit que Kouropatkine était d’avis de continuer la retraite et que s’il a livré bataille, c’est sur les instances de l’amiral Alexeïeff qui était venu le trouver tout exprès à Moukden pour lui faire observer qu’on avait assez reculé et qu’il fallait se décider à attaquer. Alexeïeff, très bien vu à la cour, familier des grands-ducs auxquels il a servi d’instituteur, est un officier de salon insuffisamment ferré sur la stratégie, et dont les avis sont plutôt négligeables. …J’ignore ce que le sort des armes réserve à la Russie. Mais enfin mieux vaut qu’une guerre se termine par un congrès que par une panique. »

Des larmes amères pour qui aime la Flotte, quoi de plus normal ? Les bonnes grâces du vice-roi Alexeieff, le grand stratège qui a poussé à la confrontation russo-japonaise, et convaincu le tsar de rompre l’unicité de commandement des troupes russes, concourent à l’obsession des amiraux et des généraux russes, non pas de remporter une victoire, mais d’éviter une défaite. Rendre son épée, signifie se déclarer vaincu.

Le départ de l’« Armada » russe, sous le commandement de l’amiral Rodjestvensky pour un parcours de 34 000 kilomètres de difficultés nautiques avant de rejoindre le théâtre de la guerre, vaut bien larme de « l’âme » lourde de la « camarilla », coterie des officiers de salon, qui ne connaissent rien aux réalités de terrain, mais se jouent de la crédulité du tsar pour leur profit personnel. Son épée est vierge, se dit de celui qui ne s'est jamais battu. Il se dit souvent, en mauvaise part, de quelque profit illicite, ou de quelque bien qu'on soustrait à ceux qui y auraient droit : il abandonne ses biens à ses créanciers, mais il a mis quelque chose du côté de l'épée. Mais prompt, habile, diligent à saisir un certain argent, - Somme aux inspecteurs échappée, - Il a du côté de l'épée - Mis, ce dit-on, quelques deniers, (La Fontaine Lett. XX) (Le Littré). Tant va la cruche à l’eau, qu’à la fin… elle s’emplit.

L’épée est celui qui est l'arme offensive, celui qui porte la guerre. Il a fait un beaucoup d'épée, se dit ironiquement d'un homme qui a fait quelque sottise. Le mouchoir est un linge pour se moucher. Dans l’argot des faubouriens qui ont l’habitude de s’en servir pour moucher les autres et se moucher eux-mêmes, c’est la main. Ils s’en servent aussi comme Aniterge, (Delvau-1883). Le mot désigne les sujets les plus scabreux pour lesquels on use d’un humour de plus ou moins bon goût, notamment quand on parle de Paix. Le denier du culte en quelque sorte. « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l'œil de ton frère et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil à toi ! Ou comment peux-tu dire à ton frère : Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille qui est dans l'œil de ton frère. » (Parabole de la paille et de la poutre. Évangile de Luc, 6, 41). Dommage, j’étais en face de la poutre !

« L’Arc en ciel » : sujets à mettre dans le… Mille / N°1 à 16 de la première période : Septembre 1904 à Mars 1905, par Vincent Demarcke

N°9 - L’Arc-en-ciel – Mille – oct. 1904 ? – Les Russes battus en Extrême-Orient ont pris une éclatante revanche sur les pêcheurs anglais. (Correspondance datée du 3 dec.1904)

« Un grand tournant de la politique mondiale » - Maurice Paléologue de l’Académie française, Ambassadeur de France - Plon 1934 :

Dimanche, 23 octobre 1904 : Dans la nuit du 21 au 22 octobre, l’escadre de l’amiral Rodjestvensky, traversant la mer du Nord, a rencontré, sur le Dogger-Bank, un groupe de chalutiers anglais. Se fiant à de fausses indications, elle a pris ces innocents bateaux pour une embuscade de torpilleurs japonais, et elle a aussitôt ouvert le feu. Un des chalutiers a coulé à pic : quelques autres ont été plus ou moins endommagés. Après cette canonnade, l’escadre russe a continué sa route. »

« Un peu de sang-froid » – La Presse, 25 oct. 1904 - Léon Bailby : « Il ne faut pas s’étonner que la presse anglaise jingoïste grossisse à dessein le regrettable incident de Hull : c’est dans l’ordre. Si on pouvait arrêter au besoin la flotte russe, exiger une enquête, des explications qui retiendraient l’escadre de la Baltique sur place et lui feraient perdre dix ou quinze jours, se serait, n’est-ce pas, tout bénéfice pour le Japon allié de l’Angleterre… On lit tous les jours cependant que des jonques chinoises ont été coulées par les cuirassés japonais dans les eaux de Port-Arthur, parce que ces jonques sont soupçonnées de porter de la contrebande aux assiégés. Le monde qui lit ces nouvelles ne s’en émeut pas. Il appelle cela « un fait de guerre ». …S’approcher de deux combattants, c’est s’exposer à recevoir des horions. …Les japonistes disent : « L’amiral Rodjestvensky est un fou ». C’est bien vite dit. On avait prévenu l’escadre de tous côtés que des pièges lui étaient tendus. Des espions japonais ont été vus, nombreux, en Danemark ; d’autres plus nombreux encore doivent se trouver en Angleterre. Comment déjouer en pleine nuit, l’attaque sournoise d’une torpille, sinon en écartant résolument, sans une minute d’hésitation, tous les bâtiments quelconques qui peuvent se trouver sur la route de l’escadre ? »

« L’énigme de Hull » - Le Figaro, 1er novembre – Colonel Marchand : «...La diplomatie de Saint James est passée maitresse dans l’art de créer les apparences et de les modeler à sa guise afin de mieux cacher le terrain solide sur lequel elle travaille, et de les faire servir au but invisible qu’elle poursuit. Dans les mains expertes de cette merveilleuse prestidigitatrice, la galerie qui regarde ne sait jamais si la souris de la fable accouchera de la montagne ou si c’est la montagne qui va accoucher d’une souris. Tel est bien, si l’on s’arrête aux apparences, le double caractère pour le moins déconcertant que présente à quarante huit heures d’intervalle, le minuscule incident de Hull enflé le premier jour jusqu’à l’extravagante perspective d’une guerre immédiate où sombrera la civilisation, et brusquement réduit dès le lendemain aux microscopiques proportions d’une enquête arbitrale. »

« A Chacun son métier ! » - L’Aurore, 1er novembre : « On se montre sévère en Europe pour l’amiral Rojdestvenski, qui confondit, dans son extrême prudence, des chalutiers avec des torpilleurs. On a tort et raison tout ensemble. Car il n’est pas seul coupable dans cette affaire, et le tsar, qui lui a confié sa plus chère escadre, devrait bien savoir quels sont ses principaux états de services. C’est comme attaché naval de l’ambassade de Russie à Londres que Rojdestvenski s’est le plus distingué dans toute sa carrière. Alors, vraiment on peut dire qu’il savait bien mener sa barque. Il conduisait à ravir savant cotillon, et, danseur émérite, excellait à fendre le flot mouvant des valseurs. C’est pourquoi nul n’était plus populaire que lui parmi les jeunes filles de la noblesse anglaise, et surtout parmi les maitresses de maison qui se disputaient sa présence. Avec cela, Rojdestvenski était « beau comme un astre ». Ainsi s’exprimait du moins, dans une soirée, une ancienne dame d’honneur de la reine Victoria. « J’ai failli l’épouser. » Et, cela dit, la dame se mit à battre de l’éventail avec une précipitation qui révélait la sincère émotion provoquée par ce souvenir de jeunesse. Pourquoi donc arracher ce bel officier à ses valses et à ses triomphes mondains ? Ce n’est pas seulement au « parquet des vaches », mais à celui des salons qu’il fallait le laisser. »

La manœuvre n’apparaît pas très catholique et dans la légende l’« S » de sur en est tout retourné. Le général nippon, Oku, en chaussons rouges, est le spécialiste de la botte. La mornifle est la monnaie, dans l’argot des voleurs qui se la disputent à coups de poings. Hull se situe en Mer du Nord sur le Dogger-Bank qui tire son nom du mot « dogge » qui signifie « bateau de pêche » en vieux néerlandais. Quand il n’est pas le fraudeur, le chineur est celui qui applique la couleur sur la chaîne des étoffes. Le sang qui gicle lui sort par les yeux, mais l’Anglais, qui relève son filet, est de ces gens toujours pratiques qui retirent bénéfice de tout, même des horions. Oh ! Rions. Jean-Bête ! Imbécile. C’est le cas où jamais de citer les vers de Mme Deshoulières (la toute première femme académicienne en France !) : « Jean ? Que dire sur Jean ? C’est un terrible nom - Que jamais accompagne une épithète honnête : - Jean Des Vignes, Jean Lorgne… Où vais je ? - Trouvez bon - Qu’en si beau chemin je m’arrête». J’ai le nom de la « RUS » sur le bout de la langue. C’est l’anagramme de « sur ». Les petites torsions font les grandes natures. (Père Ubu).

« L’Arc en ciel » : sujets à mettre dans le… Mille / N°1 à 16 de la première période : Septembre 1904 à Mars 1905, par Vincent Demarcke

N°10 - L’Arc-en-ciel – Mille – oct. 1904 ? – La fin prochaine.

« L’issue de la guerre » – La Presse, 9 oct. 1904 –Léon Bailby : « Nous ne savons qu’une chose, c’est que contrairement à l’affirmation de M. Jaurès, la Russie n’a pas voulu la guerre et n’y pensait pas. Et, au contraire, le Japon l’a voulue, préparée, mûrie, depuis Simonosaki. Enfin elle l’a déclarée tout à coup de la façon la plus déloyale. Comme l’écrivait M. Pettit, dans le Temps, organe peu suspect, le Japon a fait de la guerre son industrie nationale. Or, que serait une industrie sans débouchés ? Prenons garde qu’après la Russie ce soit la France qui soit prise comme débouché à la consommation guerrière du Japon. »

« Un grand tournant de la politique mondiale » - Maurice Paléologue de l’Académie française, Ambassadeur de France - Plon 1934 :

Lundi, 14 nov. 1904. Depuis neuf mois que les hostilités sont ouvertes en Mandchourie, les Russes n’ont remporté, sur terre et sur mer, qu’une longue série d’échecs où la supériorité militaire et navale du Japon s’affirme chaque jour davantage. L’opinion russe est cruellement humiliée. Dans toutes les parties de l’Empire et dans tous les rangs de la société, y compris les classes rurales, l’irritation ne cesse de croître. Mais, depuis quelques semaines, on ne se contente plus de récriminer contre les autorités gouvernementales ; on ne se borne plus à déblatérer contre les vices de l’administration et l’impéritie des généraux : on proteste ouvertement par des manifestations publiques. …La guerre avec le Japon devient de plus en plus odieuse aux populations laborieuses de la Russie méridionale. L’attitude des moujiks et des ouvriers devient même si menaçante que, dans certains districts, les autorités ont sursis à la mobilisation. Je crains que les troubles ne s’aggravent bientôt. »

« Concours d’Affiches » – La Flèche N°2, 17 nov. 1904 – Monsieur Jourdain : « La Société protectrice des animaux a ouvert un concours d’affiches. Elle a reçu beaucoup de projets. Les compositions ont presque toutes le même caractère : elles sont tristes et il faut dire que le sujet n’était point gai. Certes il est beau de défendre les bêtes contre les hommes. Mais il n’est pas aisé de traduire joyeusement cette idée. Ces décorations murales sont forcément morales. Voilà qui est tout à fait pénible. …Les amis des bêtes sont portés à l’exagération. »

Au sens figuré, lécher l'ours, c’est étudier un travail. A l’œuvre on reconnaît l’artisan. Depuis tantôt six mois que la chose est pendante, Nous voici comme aux premiers jours. Pendant cela le miel se gâte. Il est temps désormais que le juge se hâte : N'a-t-il point assez léché l'ours ? (La Fontaine, Les Frelons et les mouches à miel). On dit quelquefois, dans le parler négligé, saigner à blanc, c’est à dire enlever à quelqu’un ses dernières ressources. (Le Littré). Le boucher nippon dont la grimace crispe les traits commet le dernier outrage avec son ouvrage. L’ours, homme d’humeur brusque et sauvage, a décapité l’ours blanc dont le sang dégouline au long de son sabre. Au sommet du mur, dont la maçonnerie est décorée d’un ibis, - oiseau sacré dans l’Egypte ancienne et qui se nourrit de mollusques -, entre des palmiers peu académiques, le tsar dans une de ses rodomontades, tend son extrême droite dans le dos de l’ennemi. Nicolas II est au bout de ses forces et l’artiste de ses farces. Le blanc qu’on associe symboliquement au Sacré souligne sa candeur et sa naïveté. Le blanc de « céruse » est un poison pour l’ouvrier peintre. En France, un blanc est un homme du parti du drapeau blanc, de l'ancienne monarchie des Bourbons à laquelle on a coupé la tête. La coupure est nette. C’est la règle du jeu de la décollation qu’il ne faut pas confondre avec le décolleté de Mlle Polaire, l’étoile des Bouffes Parisiens. Du pain blanc pour l’illustrateur satirique. Le rouge, qui est la teinture du sang, symbolise à merveille les partis « violents ». Le numéro de la carte vaut dix, la figure la plus forte à la manille, un jeu de levées. Ne critiquons pas les solutions de la peur.

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N°11 - L’Arc-en-ciel – Mille – oct. 1904 ? – Le supplice de la roue. Invention ministérielle combiste.

Quand il les a mangés, il les remange encore.

« Portrait de M. Jules Guesde par M. Clemenceau dans l’Aurore. » - Le Figaro, 24 août 1904 – « Journaux et revues » - André Beaunier : « …M. Guesde est « quelque chose comme le mètre de la place Vendôme ». M. Clemenceau le considère comme l’étalon du socialisme. Et, quand M. Jaurès trouve le socialisme de M. Clemenceau peut-être un peu court, M. Clemenceau s’empresse d’auner le socialisme de M. Jaurès à l’étalon susdit; il est bientôt consolé. Pour ce qui est de la République, dont M. Guesde fait bon marché, M. Clemenceau, lui en fait grand cas. » :. « Le Temps décrit le « règne des socialistes ». ...A cause de leur grand dévouement à la République les socialistes réclament une place privilégiée dans le gouvernement. Ils l’ont. Est ce juste ? Ce qu’ils obtiennent : « C’est, en 1904, sous la cravache de l’Humanité née de la veille, la rupture avec le Saint Siège, l’annonce formelle de la séparation, la notification d’une réforme sur laquelle l’immense majorité des députés élus en 1902 n’ont pas, sauf les socialistes, donné leur avis au pays. Voilà pour les lois. Quant aux questions de personnes c’est enfoncer une porte ouverte que de constater qu’elles se règlent de plus en plus sous la pression et au profit des socialistes.»

« Les contradictions socialistes » - Le Temps, 28 août 1904 : « …Et les doctrines de M. Jaurès sont vraiment déconcertantes. …Il ne s’aperçoit pas que la logique même de son système lui interdit d’être un « républicain » sans être aussi à la façon des sans culottes, un « patriote ». Il méconnaît cette nécessité. Et cette méconnaissance s’étale avec un éclat que M. Clemenceau lui-même a jugé blessant pour le sentiment français. …Ainsi pour M. Jaurès, le nationalisme n’est pas, comme pour l’immense majorité des républicains qui ont combattu ce parti, un groupe politique prétendant monopoliser, dans un intérêt politique cette idée de patrie qui appartient à tous. Est nationaliste, selon lui, celui qui, en défendant son pays envahi, accomplit son devoir militaire. Il tombe, en d’autres termes dans le sophisme même des nationalistes, pour qui patriotisme et nationalisme ne sont qu’un.»

« Simple histoire » - La Presse, 19 sept. 1904 - Léon Bailby : « Il y avait une fois un journaliste qui avait beaucoup de talent. Il était chevelu, barbu et sale. Mais le journalisme n’exige pas qu’on écrive ses articles avec des manchettes de dentelle. Et tout le monde s’accordait à dire que M. Pelletan (Camille) était un bon journaliste. L’homme était hargneux, rageur et persévérant. Il savait comme pas un fouiller les secrets d’un budget, secouer la poussière des cartons verts. Terreur des bureaux et des commissions, redouté des ministres et de leurs sous-ordres, il n’avait jamais fini de réclamer toute la lumière, toute la vérité sur les administrations qu’il enquêtait. …

Chapitre II - Le journaliste, tout à coup, est devenu ministre. Le bohème a été promu un officiel et tout à changé. Ce qu’il disait hier, M. Pelletan ne s’en souvient plus ou fait semblant de l’avoir oublié. Les faveurs ? Il n’y a que de ça au ministère de la marine. Les fils d’archevêque ont été remplacés par les fils de synagogue. A cela près… Quand un journaliste ou un parlementaire veut voir clair dans le budget, l’ancien journaliste leur ferme la porte au nez. Les points d’appui de la flotte, on ne s’en préoccupe plus. Et, au commencement de cette année, Saïgon n’avait pas de charbon ! Les marchés par adjudication, balançoires ! Et quatre chaudières viennent d’être payées de gré à gré un million de plus qu’elles n’auraient dû nous coûter. Et tout à l’heure M. Pelletan a violemment lavé la tête à l’amiral Bienaimé parce qu’il s’était permis de communiquer, non sans lui en rendre compte, les pièces de son service que réclamait le rapporteur de la marine, M. Charles Bos. Et, comme les membres de la commission d’enquête doivent visiter Brest le 23, M. Pelletan a exigé de l’amiral Bienaimé qu’on ne montre aux enquêteurs que des arsenaux truqués, en faux bon état, comme on truque un cheval vicieux dont on veut se défaire à tout prix. Moralité - Les hommes se ressemblent presque tous. Ils ne sont sincères, ils ne valent quelque chose que dans l’opposition. Et cela donne raison, une fois de plus à M. Jules Guesde. »

La roue est une machine de forme circulaire qui, en tournant sur son essieu, sert à mouvoir quelque chose. Anciennement, genre de supplice dans lequel, après avoir rompu un condamné, on l'attachait sur une roue. (Le Littré). Comme autrefois les républicains entretenaient la hantise du complot aristocratique de 1789 contre la Révolution, la droite nationaliste désigne à la vindicte populaire le fantasme du complot judéo maçonnique.

Jaurès pousse à la roue : celui qu’on dit être le « vrai » chef du gouvernement tourne la manivelle. Les religieux qui passent par sa gueule ouverte ressortent par l’anus du président du conseil qui les remange encore. Drôle de « Combes Inn », c’est le cas de le dire. Jaurès fait bouffer du curé à un cheval de bois rouge à tête de Combes : un pantin fiché au pilori auquel il fait tirer la langue rouge. Le canasson nous fera manger avec les chevaux de bois ! Emblématiques de la Franc-Maçonnerie, l’équerre et le compas de la mécanique à supplicier lui tiennent lieu de cornes. Le dada est une manie qui monte son cavalier (Dictionnaire du Figaro, 17 février 1868). Sans doute cette machination qui sert sa collation au syndicat de la Grande Roue, une attraction construite en 1900, à l’occasion de l’exposition universelle de Paris, constitue-elle une libre illustration de la méthode expérimentale appliquée à la solution de l’énigme sociale. Un col ecclésiastique entoure la base du fer doré de la pique qui soulève le bonnet phrygien, emblème de la République décalottée. Ça me fait une belle roue.

Sans conteste Emile Combes, chef du gouvernement, ministre de l’Intérieur et des Cultes, focalise l’agitation de la France catholique par la politique anticléricale qu’il mène à outrance en oubliant les promesses électorales du Bloc des gauches, vainqueur des élections sur un programme de répartition plus juste des impôts et d’amélioration du sort des déshérités. Il forme un triumvirat caricatural avec André, Delcassé et Pelletan, qui illustre la difficulté de vouloir républicaniser l’armée, un corps dont les cadres sont pour les trois-quarts hérités de l’ancien régime, royaliste ou bonapartiste.

Louis André, ministre de la Guerre, au pas, a établi que Dreyfus avait été condamné au vu de pièces falsifiées qui n’avaient pas été fournies au conseil de guerre, et démontré que les « aveux » de sa culpabilité avaient été purement et simplement inventés. La collusion entre les milieux catholiques et les officiers conservateurs n’avait été qu’un prétexte pour atteindre la République. Comme le lui avait prédit Waldeck-Rousseau, il cumule les oppositions de ceux qui lui reprochent d’avoir désorganisé le haut commandement en procédant à des purges et à des nominations purement politiques et de ceux qui, au contraire, trouvent qu’il ne va pas assez loin dans les réformes et les nominations. Il est pris au piège de l’affaire des fiches, révélée par le Matin, qui a apporté les preuves que le ministère de la guerre utilisait le Grand Orient pour collecter des renseignements destinés à retarder l’avancement des officiers qui allaient à la messe, comme autrefois tous les officiers qui étaient républicains, même superficiellement et le plus modérement du monde ! – étaient au regard de leurs chefs marqués d’une tare ineffaçable et rangés pour cela parmi les parias, écartés à jamais des hauts grades.

Delcassé, réputé par son goût des mystères, est à demi caché par les rayons de la roue. Depuis 1898, l’inamovible ministre des affaires étrangères, dont l’objectif était de rompre l’isolement de la France et de bouleverser l’équilibre européen au détriment de l’Allemagne, serre sous son bras le « Livre jaune » qui désigne la pratique consistant à publier des documents diplomatiques à l’appui de la politique poursuivie, inaugurée par la Révolution française. Sans nous en prévenir, il a étendu l’alliance militaire Franco-Russe aux affaires coloniales qui nous engagerait dans une guerre où, bien malgré nous, nos canons tireraient sur les Japonais. L’anglophile artisan de l’ « Entente cordiale » est le cheval de Troie de la perfide Albion qui a révélé qu’un traité d’alliance avait été conclu il y a deux ans entre elle et le Japon, auquel elle se verrait tenue de prêter le concours de ses vaisseaux contre les nôtres.

Camille Pelletan, fer de lance de lance de la révolution, tient la chandelle. Il voulait « laïciser la Royale ». Partisan d’une réforme de l’armée « par le haut », il refusait de recevoir les amiraux de l’état-major, contrairement à André à qui l’on reprochait de vouloir réformer l’armée « par le bas » au lieu de mettre les cadres dirigeants « à l’écart ». Le ministre de la Marine, traité par Doumer de « péril national », se voit décerner le César du meilleur acteur : la couronne de laurier. Napoléon Bonaparte la porte aussi lors de son Sacre du 2 décembre 1804, dans le célèbre tableau de David. Coup de langue est souvent pis que coup de lance, dit le proverbe. Certes le trait est noir. Pique est une enseigne majeure du manège de ce jeu de carte. La roue tourne.

Délation contre délation laquelle est la pire ? Si cette histoire vous embête nous allons la recommencer…

« A des journalistes de robes courtes » : «… - Allez, continuez, tournez la manivelle – De votre impur journal, vils grimauds dépravés ; - Avec vos ongles noirs grattez votre cervelle – Calomniez, hurlez, mordez, mentez, vivez ! - Dieu prédestine aux dents des chevreaux les brins d’herbes - La mer aux coups de vent, les donjons aux boulets, - Aux rayons du soleil les Parthénons superbes, - Vos faces aux larges soufflets. - Sus donc ! cherchez les trous, les recoins, les cavernes ! - Cachez-vous, plats vendeurs d’un fade orviétan, - Pitres dévots, marchands d’infâmes balivernes, - Vierges comme l’eunuque, anges comme Satan ! - Ô saints du ciel ! est-il, sous l’œil de Dieu qui règne, - Charlatans plus hideux et d’un plus lâche esprit, - Que ceux qui, sans frémir, accrochent leur enseigne - Aux clous saignants de Jésus-Christ ! » (Victor Hugo – Les Châtiments - Septembre 1850)

La rosserie n’enrichit pas, on y est toujours de sa poche à fiel. (Jules Renard – La Flèche N°3, 24 nov.1904)

Onze est le numéro de la carte. Onze heures ? Onze personnes ? Onze cents ? Onze mille ? Les onze mille vierges légende d'après laquelle onze mille vierges auraient été massacrées par les barbares à Cologne ! Le cas est liturgico-mathématique. Les enfants de Marie exposent leur cas au curé.

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N°12 - L’Arc-en-ciel – Mille – nov. 1904 ? - Un héros - Le général Stœssel, défenseur de Port-Arthur.

« Suprêmes tentatives contre Port-Arthur – Les assauts des 5 et 6 novembre » – La Presse, 11 nov. 1904 : « Interrogé sur la situation actuelle de Port-Arthur, un officier de l’Amirauté russe déclarait hier à l’envoyé spécial à Saint Petersbourg de l’un de nos confrères du matin : « La forteresse ne capitulera pas. Et si elle est enlevée d’assaut par les Japonais qui sont dans la proportion de dix contre un par rapport aux Russes, elle aura fait son métier de place forte, qui est d’arrêter le plus longtemps possible une armée ennemie et de faire à cette armée autant de mal qu’il est en son pouvoir. Quant à ses défenseurs, ils sont allés déjà au delà des limites de l’héroïsme. Les Japonais sont d’une bravoure qui soulève un enthousiasme justifié ; mais que penser alors de ceux qui n’ayant plus à compter sur personne, leur résistent encore ? Ceux-là peuvent succomber. Qu’importe ! On aura peut-être oublié le nom du général Nogi qu’on se souviendra encore du nom de Stœssel ! » La forteresse ne capitulera pas ! Telle fut aux premiers jours du siège l’avis énergiquement exprimé par le général Stœssel au parlementaire dépêché par les assaillants. La forteresse ne capitulera pas ! Telle est la croyance des autorités militaires russes, au moment même où la forteresse soutient, sans espoirs, dépassant en violence toutes celles qui furent dirigées contre elle depuis plus de neuf mois ! Et cependant nul ne songerait à reprocher au général Stœssel de céder avant la catastrophe qu’il doit juger inévitable : il a conduit ses troupes « au delà des limites de l’héroïsme » ! »

L’armée impériale de Russie ne s’appelait pas encore l’Armée Rouge. Dieu est avec la Russie ! Un ange dépose un rameau d’olivier sur un rouge, en casquette blanche à galons dorés et à visière noire, le dernier défenseur de la citadelle blanche qui refuse de capituler. Un personnage insigne par ses services.

Marque distinctive de grades, de dignités, insigne pris absolument ne s'accole guère qu'à des noms exprimant un vice, un défaut, et dès lors a une signification défavorable. Un insigne fripon. (Le Littré). Il a tiré son coup de pistolet, il a dit son mot dans une discussion, quelque chose de vif, de piquant. Le tonnerre est la partie renforcée du canon des armes à feu portatives, qui correspond à l'emplacement de la charge. Le revolver est un pistolet à un seul canon et plusieurs culasses, dont chacune, au moyen d'un engrenage, vient à son tour coïncider avec le canon, au moment où le marteau passe au cran du bandé. (Le Littré) Un coup fumant de la grande politique d’un gaucher, celle qui fait la fortune des marchands de canards.

Vraiment l’information par l’image en a de bien bonnes avec ce bluff cynique du parti de la guerre. Rayées des cadres, au pied de la redoute gisent les ombres noires des victimes restées sur le tapis vert. C’est la mort qui fait les plus forts tirages. Il n’y a rien au monde d’aussi gauche qu’un droitier qui s’empare d’une arme.

Un brave est un homme qui tient peu à sa vie, - et encore moins à celle des autres. (Dictionnaire du Figaro, 30 janvier 1868). L’antithèse est la figure la plus employée par les poètes… de l’opposition. (15 janvier 1868).

Cette agitation de Novembre accroîtra encore notre malheur.

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N°13 - L’Arc-en-ciel – Mille – nov. 1904 ? – La guerre Russo-Japonaise –

EN ATTENDANT LE DÉGEL LES DEUX

armées ont pris position dans leur quartier d’hiver

« Les pacifistes » - Le Siècle, 14 nov. 1904 – J. Cornely : « La journée d’avant-hier samedi et celle d’hier dimanche ont été bonnes pour les pacifistes français. On appelle ainsi les partisans de la paix, aussi universelle que possible, comme on appelle intellectuels les partisans de la science et de l’intelligence. Les deux épithètes ne vont pas sans un certain sens péjoratif dans notre pays, où fourmillent les nationalistes et les ignorants. Ce sera même un étonnement de nos neveux qui liront nos annales d’apprendre qu’un jour a passé en France où on blaguait l’intelligence, tout comme chez les Basutos ou les Topinambous. J’ai même, à ce propos, entendu une jeune dame un peu dinde entre nous, déclarer, dans un salon, avec autorité : - Moi, ce qui me plaît dans Pie X, c’est qu’il met à la raison les intellectuels. A quoi un prélat très spirituel répondit : - Rassurez-vous, madame : vous n’avez rien à craindre ! »

« Est-ce la Paix ? Un armistice en Mandchourie » - Gil Blas, 18 nov. 1904 - Comte de Saint Maurice : « Le brusque arrêt qui marque en ce moment les opérations de la guerre russo-japonaise en Mandchourie s’explique-t-il uniquement par des considérations stratégiques ou par l’épuisement de l’une et l’autre armée ? C’est ce qu’on est appelé à se demander. …C’est en quelque sorte le statu quo. Je tiens, d’une source généralement sûre, que cet arrêt qui peut n’être que provisoire et momentané, est dû à un fait considérable, tenu fort secret, de façon à ne gêner aucune des négociations en cours. Je le publie, du reste, avec toutes les réserves que peut comporter cette nouvelle sensationnelle. Elle fournit le secret de la soudaine inaction des deux adversaires. Un armistice aurait été signé entre la Russie et le Japon, et les deux gouvernements négocieraient entre eux des conditions possibles de la paix. …Quoi qu’il en soit, les armées russes et japonaises resteraient en ce moment l’arme au bras, en face l’une de l’autre, sans combattre, pour permettre aux diplomates de leur pays de causer. »

Une chose facile à avoir en hiver, c’est du sang froid, comme dirait Alphonse Allais. Quoi de plus normal que des bonhommes de neige à la rubrique des faits d’hiver et des bûches pour montrer de quel bois l’on se chauffe ? Ça fait chaud dans le dos et fondre la glace. L'incertitude sur la densité de la glace se révèle par les indications très variées que l'on rencontre dans les ouvrages, sur l'expansion subie par l'eau au moment du gel. (Le Littré).

Les deux protagonistes campés sur leurs positions, le Japonais à Liao-Yang et le Russe à Moukden, se regardent en Frères : Deux chiens de faïence. (Dictionnaire du Figaro, 16 mars 1868). Chien de faïence, petite figure de chien qui se mettait souvent sur les cheminées, une d'un côté, l'autre de l'autre. De là la locution, se regarder en chiens de faïence, c'est-à-dire se regarder fixement et d'un air surpris ou hébété.

Les soldats dorment en chien de fusil. Chien de fusil, pièce qui tient la pierre d'une arme à feu, et dans les armes à percussion, pièce qui vient frapper la capsule et en produit l'inflammation. (Le Littré).

Le dégel est la fonte naturelle de la glace et de la neige par l'adoucissement de la température, qui remonte au-dessus du zéro de l'échelle du thermomètre et qui va faire basculer l’ensemble… sous l’effet des feux de camp.

Le quartier d'hiver est l'intervalle de temps entre deux campagnes. Le lieu où on loge les troupes pendant l'hiver. Au dégel on ne se fera pas de quartiers. La dégelée, populairement, est une volée de coups.

C'est la gazette du quartier, se dit d'une personne qui rapporte certaines nouvelles, certains bruits qui n'ont guère cours hors du quartier où on les débite. Topinamboux est le nom d'un peuple du Brésil, qu'on a quelquefois employé pour désigner des gens grossiers et ignorants. Voire chez les Grecs, qui pour nous Sont pires que Topinamboux, (Scarron, Virg. v.) J'ai traité de Topinamboux Tous ces beaux censeurs, je l'avoue, Qui, de l'antiquité si follement jaloux, Aiment tout ce qu'on hait, blâment tout ce qu'on loue, (Boileau, Épigr. XX). Les R ont de la jambe. Après avoir observé les piliers de mine, chez l’optimiste le pis s’évanouit. La paix fait lever les topinambours.

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N°14 - L’Arc-en-ciel – Mille – nov. 1904 ? – La guerre Russo-Japonaise – La paix conduit les peuples civilisés en orient où ils interviendront pour essayer de ramener le calme.

« La véritable signification de la guerre russo-japonaise » - Le Figaro, 27 juin 1904 – Un russe : « Sous ce titre un écrivain éminent et bien connu en Russie a entrepris une série d’articles ayant pour but d’établir les raisons véritables qui ont mis les armes aux mains des japonais. Cette tâche n’était pas inutile. Depuis plusieurs années …les japonais ont, avec une habileté et une subtilité raffinées, …réussi à faire croire qu’ils avaient déclaré la guerre à la Russie par pur désintéressement et sans être mus par aucun sentiment d’ambition. …Aussi le rôle respectif des combattants a-t-il été complètement faussé. Le Japon rapace, et qui s’efforce d’étendre sa domination sur l’Asie toute entière, n’apparaît plus que comme le défenseur magnanime du droit des gouvernements orientaux et des intérêts des peuples d’Occident. On ne voit plus en lui qu’un obstacle aux visées conquérantes de la Russie. En répandant partout cette idée, les Japonais ont du même coup, donné à entendre que la Russie n’était animée que d’un esprit de conquête et de domination, en mépris de tout droit existant. …Les évènements actuels d’Extrême-Orient ne sont que les anneaux d’une longue chaine de faits historiques dont il faut chercher le commencement dans les siècles passés. …Les hommes du cabinet de Londres semblent avoir parfaitement discerné que si la destruction des flottes japonaise et russe, que si l’arrêt momentané du commerce japonais en Extrême Orient, que si les embarras momentanés de la Russie en Mandchourie peuvent présenter certains avantages au point de vue anglais, ces avantages seraient compensés, et bien au delà, par de graves inconvénients qui résulteraient en Europe pour la Grande Bretagne de l’affaiblissement trop sérieux de l’empire des tsars. …La victoire des Japonais signifierait l’expulsion politique et commerciale de tous les Européens quels qu’ils soient de l’Asie orientale …La guerre actuelle met aux prises non pas deux pays, mais deux races. Ce n’est pas un simple duel entre la Russie et le Japon. …Suivant que tel ou tel des deux adversaires sera victorieux, c’est le cours et le développement de l’humanité qui seront totalement modifiés.»

« La Politique coloniale » - Le Gaulois, 6 juillet 1904 – Comte de Castellane : « La politique coloniale est mise à l’épreuve en ce moment-ci pour les grandes nations qui l’ont pratiquée. Jusqu’ici elle était jugée théoriquement ou historiquement dans le passé. On peut maintenant la considérer dans ses résultats. Un premier avertissement avait été donné par la guerre de Cuba aux nations qui épuisent leurs forces dans l’acquisition des colonies. …L’Allemagne n’aurait pas eu le champ libre sur le continent européen si elle n’avait rejeté la France en même temps que la Russie vers la besogne lointaine des acquisitions coloniales. …Guillaume II semble avoir compris que le plus solide support d’une influence politique dans les pays est la force morale prêtée par le catholicisme et la papauté. Cette idée est la plus capable de relier en un faisceau redoutable tous les efforts particuliers de la politique allemande. …Nous n’avons jamais songé à constater que notre force et notre influence au Japon et en Chine ont décru, dans ces dernières années, en proportion directe de l’augmentation de notre territoire d’Extrême Orient. Il faudrait aussi réfléchir que nos colonies ont été acquises par la conquête, grâce au courage de nos soldats, et que l’antimilitarisme supprimera aussi bien notre capacité d’extension au delà des mers que notre force de résistance sur le continent. …Ainsi se sont combinées ces deux erreurs foncières : la politique coloniale et l’internationalisme. …Politique d’entente anglaise et politique coloniale, tels sont les deux termes du système de M. Delcassé. Ils sont peut-être contradictoires. Du jour où nous réussirions dans l’effort qu’on nous permet de faire, il est très probable que l’on se retournerait contre nous pour l’arrêter. Cette conséquence affligerait tout particulièrement ceux qui avaient mis de sincères espérances dans le rapprochement franco-anglais destiné à leurs yeux à rendre à notre pays une plus grande influence continentale. Pour condamner définitivement un système politique qui ne sort pas de notre histoire et ne s’adapte pas à nos traditions, il nous suffirait de ces deux considérations : il nous détourne de la tâche continentale qui, seule peut nous rapporter honneur et profit. Il se retournera fatalement contre lui même et périra par ses contradictions et ses vices intestins. » -

« La Terre contre la Mer » - Le Figaro, 8 novembre 1904 – Colonel Marchand : (Les évènements de ces derniers jours nous ont contraints de retarder la publication de l’important article que l’on va lire. …Dans la pensée du colonel Marchand cette page devait suivre immédiatement l’article si remarqué qu’il nous avait donné sur l’incident de Hull) : « …C’est à la mer et par la mer que les nations puissantes, les grands empires prennent le contact et mesurent leurs énergies dans une émulation qui souvent tourne au conflit pour la domination suprême. La mer est le laboratoire en incessante activité des grandes créations… et aussi des grandes ruines, mais ce n’est qu’avec la mort que se conserve la vie. …Il n’y a jamais dans le monde qu’une seule Puissance maitresse d’empire, à la fois, pour un laps de temps donné. …Jadis ce fut Carthage puis Rome, l’Islam, Venise, l’Espagne, la Hollande, un court moment la France, enfin l’Angleterre de nos jours détient encore le sceptre de la domination par la mer que plusieurs rivales s’apprêtent à lui disputer. Où est donc le secret de la domination, l’esprit vital de la Force qui, asservi, livre à son vainqueur la maitrise universelle. …Il ne git en aucun endroit de la terre. …Il habite là où s’expriment et se mesurent les énergies suprêmes, il est sur la mer, et c’est le navire – le navire qui veille sur les grands chemins de l’Empire – qui le représente Commerce et Force militaire sous les apparences du navire monté par de hardis marins, tel apparaît le génie dominateur de la mer. Il ne s’accommode pas du voisinage des côtes où ne s’accrochent que des mollusques. Il est animé par les énergies humaines issues des sociétés énergiques vivant sur les continents qu’il relie. Qui tient les routes maritimes tient la Terre ! »

Après la lourde défaite infligée par le Japon à la Chine à l’issue de la guerre sino-japonaise pour la conquête de la Corée (1894-1895), les « Grandes Puissances », Allemagne, Angleterre, France, Russie s’étaient précipitées à Pékin pour limiter la victoire du Japon - qui avait dû renoncer à Port-Arthur - et se partager les dépouilles de l’Empire du Milieu. Ce sont les Jaunes qui auraient pu, alors, parler du « péril blanc ». Ces empiétements de l’Europe provoquèrent une violente réaction nationaliste en Chine, la révolte des Boxers (1900), « matée » par une expédition internationale à laquelle prirent part les Etats Unis. Les « Puissances » élargies renoncèrent à toute idée de démembrement et garantirent alors l’intégrité de la Chine. Mais la Russie et le Japon n’avaient pas pour autant renoncé à leurs ambitions sur la Corée.

Depuis que le Japon a coulé tous nos espoirs de revanche par un coup de torpille nocturne dans la rade de Port-Arthur le 8 février dernier, la Russie enchaîne les désastres, tant maritimes que terrestres. En route vers une barrière noire hérissée de piques au milieu desquelles flottent les oriflammes jaunes des Célestes et les drapeaux de l’Empire du Soleil levant, guidée par la torche rouge, qui dégage une épaisse fumée grise, portée par une allégorie de la paix, vêtue seulement d’elle-même, une chaîne de « reconnaissance » des noceurs, conduite par l’Oncle Sam en veste rayée dans les grandes longueurs de larges bandes rouges et blanches. Le suivent le Kaiser Guillaume II en bottes éperonnées, Edouard VII, l’Oncle de l’Europe en uniforme rouge, Loubet en grand habit, et Victor Emmanuel emplumé, qui se donnent la main sur le tapis vert. Pendant qu’ils vont monter un bateau à La Haye (Conférence de la paix), ils réarmeront leurs flottes. La Fraternité est une chaîne - qui voulait se faire passer pour un lien. (Dictionnaire du Figaro, 16 mars 1868).

A droite de la carte, le dragon à gueule d’or qui domine la Mer de Chine fait pendant au rapace qui survole le mont rose, à gauche. C’est maintenant l’heure de la « curée ». L’habit ne fait pas le moine. Le Mont-de-piété, qu’il ne faut confondre avec le Mont de Vénus, est un établissement où l'on prête sur nantissement et à intérêt. Il faut que chacun y retrouve son compte. Le plomb est bien coté.

« L’Arc en ciel » : sujets à mettre dans le… Mille / N°1 à 16 de la première période : Septembre 1904 à Mars 1905, par Vincent Demarcke

N°15 - L’Arc-en-ciel – Mille – déc. 1904. – Ministère de la Guerre

M. Berteaux Ministre de la guerre fait le nettoyage avant son installation au ministère.

« La Croix de Vadecard » - L’Intransigeant, 2 nov. 1904 - Henri Rochefort : « Nous savions que Vadecard qu’on ne peut plus guère appeler que Vade retro, avait été décoré, et nous nous demandions pourquoi. Le Figaro nous apprend que c’est pour « service distingué dans la presse ». De quelle presse ont voulu parler ses décorateurs ? De la presse à copier, probablement.… La presse, en effet, pas plus que la magistrature n’a de service à rendre. Du moment où elle en rend c’est qu’elle est domestiquée et policière. En dehors de cette observation, il est incontestable que Vade retro employé par André en qualité de vade mecum, lui a rendu des services d’une distinction toute spéciale. Mais dans quel journal les rendait-il ? Voilà la question qu’il nous a été impossible de résoudre. …On connaît Vade qui rima d’amusantes chansons ; on connaît Karr, l’auteur des Guêpes. Par contre Vadecard est ignoré des biographes les plus érudits. …Sans l’indiscrétion dont Guyot de Villeneuve s’est rendu coupable à son égard nous ne saurions pas encore à cette heure que le monde des écrivains renfermait un personnage aussi marquant, à ce point que le « petit père » Combes ayant à choisir entre beaucoup de rédacteurs de feuilles politiques comme par exemple Clemenceau, Léon Bailby, Maurice Talmeyr ou même moi, si j’ose me mettre ainsi en avant, il a jeté son dévolu sur Vadécard pour lui décerner le ruban rouge. Tout ce qui nous a été révélé sur cet homme de lettres – de lettres de cachet – c’est qu’il rédige une fiche de délation avec une incomparable maîtrise. Tout y est… »

« M. Berteaux » - La Flèche N°1 Revue satirique et anecdotique, 10 nov. 1904 : « Dans le tumulte des séances parlementaires, il y a parfois de bien amusantes petites comédies. L’autre jour, tandis qu’un député du Bloc prononçait un discours terrible, capable de faire reculer la rente d’horreur, un de nos plus aristocratiques droitiers quitta son banc et, à la stupéfaction générale, alla s’asseoir à l’extrême gauche, auprès de M. Berteaux. Là s’engage une discussion animée qui se termine par une cordiale poignée de main et le départ précipité de M. Berteaux. S’agissait-il d’une combinaison politique ? d’une alliance machiavélique des partis extrêmes de la Chambre ?... Point du tout : il n’avait été question entre eux… que d’un ordre de Bourse devenu très urgent. »

« M. Berteaux » - Le Figaro, 16 nov. 1904: « Acceptons, sans retouches, ce petit portrait flatteur du nouveau ministre de la guerre. Il est vrai que M. Berteaux est intelligent, actif, bon compagnon et gai causeur, aimant à compter de plaisantes anecdotes dont quelques-uns de ses ex collègues – les excentriques de la Chambre – font quelques fois les frais. Il a aussi de la combativité, parfois, même un peu trop. …Cette crânerie d’allure ne messied pas assurément à un ministre de la guerre. M. Berteaux avait d’autres titres. Il a été, on l’a vu plus haut, et il était hier encore rapporteur du budget de la guerre : il a de plus rapporté la loi sur le service de deux ans. Sans doute rien ne semblait le prédestiner à ces importantes fonctions quand il entra dans la vie parlementaire, lors des élections de 1893: il était en effet depuis 1879, agent de change près la Bourse de Paris. Mais il avait été aussi artilleur, jadis. Et dans le député, l’ancien artilleur un jour se réveilla. Notons encore qu’il est chevalier de la Légion d’honneur. Au point de vue politique, l’attitude de M. Berteaux est malheureusement pour donner toute satisfaction aux fractions les plus avancées du Bloc. Le député de Seine-Et-Oise présidait en effet ce groupe d’avant garde qui s’intitule l’extrême gauche radicale socialiste. De plus le récent congrès de Toulouse, qui excommunia tant de républicains éprouvés, l’éleva à la présidence du « Comité exécutif du parti radical et radical-socialiste ». Il va présider maintenant, si toutefois il en a le temps, d’autres Conseils et Comités supérieurs dont la tâche est un peu plus difficile et la mission un peu plus haute. On semble s’en préoccuper trop peu dans ces combinaisons ministérielles. Un dernier détail : à la suite de nombreux pourparlers il a été reconnu qu’aucun règlement n’empêchait un agent de change d’être ministre, même ministre de la guerre. M. Berteaux pourra donc tenir à la fois le carnet de Bourse et le maroquin ministériel. Si l’on réfléchit bien à cette décision, on reconnaîtra qu’elle est inspirée surtout par la prudence. Et cette prudence, nous ne nous sentons pas le courage de la blâmer. » -

« La Guerre et la Bourse » - Le Gaulois, 17 nov. 1904 - Adrien Vély : « Une interview du nouveau ministre…Nous avons trouvé M. Berteaux en plein travail.

- Vous le voyez, dit-il, je suis en train de me renseigner. J’étudie les forces comparatives des diverses armées étrangères. Le Turc est mou. Le Portugais rétrograde. L’Autrichien hésite. Le Hongrois est ferme. Le Russe se maintient. De même que l’agent de change, le ministre doit avoir sans cesse les yeux fixés sur l’Extérieure.

- Je suis émerveillé, monsieur le ministre, de l’étendue de votre compétence. Car, enfin, puisque vous voulez bien me rappeler vous même votre ancienne profession, vous me permettrez bien de dire qu’elle ne vous préparait guère à vos nouvelles fonctions.

- C’est ce qui vous trompe. Et tout d’abord je sais ce que c’est de commander une charge. Il y a peu de ministres civils de la guerre qui aient jamais pu se flatter d’en faire autant.

- Evidemment. Et puis, vous êtes capitaine dans l’armée territoriale.

- C’est à dire commandant de compagnie. C’est pourquoi je veux commencer, tout d’abord, par militariser la compagnie des agents de change. M. de Verneuil, le syndic, sera nommé colonel.

- La réforme est appréciable. Mais que comptez vous faire pour l’armée ?

- Beaucoup. Je vais m’occuper du fusil. Je désire réformer la hausse. La hausse a toujours été une de mes principales préoccupations. Tout petit j’y jouais déjà… Je compte diriger en personne les prochaines grandes manœuvres.

- Sérieusement ?

- Sérieusement. Les manœuvres terminées, je réunirai tous les chefs de corps, et je ferai moi même l’arbitrage. L’arbitrage, cela me connaît. Et puis, je prononcerai, devant toutes les troupes réunies, un ordre de bourse – pardon, un ordre du jour dont vous me direz des nouvelles… Etes vous discret ? – Comme la tombe.

Eh bien, je vais vous confier la réforme sur laquelle je compte le plus pour immortaliser mon nom. J’entends qu’à l’avenir, les actions d’éclats rapportent à leurs auteurs des dividendes sérieux. Que dites-vous de cela ? – C’est admirable. – Par exemple, une autre réforme que je médite m’attire de nombreuses inimitiés, notamment celle de mes anciens collègues, les agents de change. – Et quelle est cette réforme ? – C’est la suppression des fiches. – Trois heures sonnaient. C’était la clôture. Le ministre se leva. L’entretien était terminé. » -

« Le nouveau ministre » - L’Humanité, 17 nov. 1904 : « Depuis Le Temps jusqu’au Soleil, en passant par le Gaulois, le Figaro, l’Echo de Paris et la République Française, tous feignent de voir dans la démission du général André une concession faite aux hypocrites protestations de la coalition. …Ces chants de victoire ne cessent pas de porter le trouble, comme le disait hier l’Humanité, parmi les serviteurs de la République. Il faut que, sans tarder, le gouvernement donne à ses adversaires un démenti catégorique, le seul démenti capable de dissiper toute équivoque, le démenti des faits, le démenti des actes. »

« La dernière de Fursy sur M. Berteaux, ministre de la guerre » - L’Echo de Paris, 20 nov. 1904 : « Sur quoi pourrait-on le blaguer ? – Ah ! j’y suis : cet agent très riche, - A la Bourse pour spéculer. - Se sert journellement de « fiches »… - De fiches… vous avez compris ?... –On dira sans paraître étrange – Que, désormais, tous ses commis – Sont des Vadé… quarts d’agent d’ change. »

« Fiches de turpitude et Carnet des suspects » - L’Aurore, 22 déc. 1904 - G. Clemenceau : « M. Arthur Meyer refuse d’établir un parallèle entre les fiches de turpitude fabriquées par des officiers contre des civils et même contre des officiers, et les fiches secrètes confectionnées par des civils et par des officiers – à l’instigation du gouvernement, j’ai le regret de le dire – contre des officiers. Il a ses raisons pour cela. Les premières sont l’œuvre de ses amis politiques contre qui les secondes sont dirigées. …A côté de la diffamation secrète organisée, il existe à l’Etat major un certain « Carnet des suspects » dont les fiches de turpitude ne sont que l’antichambre. Là sont inscrits les noms de certains étrangers qu’il y a lieu d’expulser en cas de guerre. Je n’aurais nulle observation à faire là dessus si les auteurs des fiches de turpitude n’avaient pris la liberté de faire figurer des Français sur ce « Carnet des suspects », dans la pensée que l’état de siège permettrait de mettre leurs adversaires sous les verrous sans autre forme de procès. Ceux-ci se verraient par le fait même, soupçonnés de tout sans être formellement accusés de rien. Nous savons trop combien facilement toutes les accusations sont accueillies en temps de guerre. Ce serait un éternel déshonneur d’avoir été arrêté, même sur des suspicions dont il ne serait jamais rendu compte sous prétexte « qu’on n’a pas pu faire la preuve ». Voilà le coup, pire que l’assassinat, préparé par la Jésuitière culottée de rouge contre les citoyens français que Rome désignait à ces entreprises infâmes. Prenez garde que l’opération pourrait se combiner avec une tentative de restauration monarchique à la faveur des circonstances. » -

Louis André (X-1857), a établi que Dreyfus avait été condamné au vu de pièces falsifiées qui n’avaient pas été fournies au conseil de guerre, et a démontré que les « aveux » de sa culpabilité avaient été purement et simplement inventés. Le ministre de la Guerre, nommé le 28 mai 1900 par Waldeck-Rousseau pour républicaniser l’armée, s’est fait prendre au piège de l’affaire des fiches, utilisées à la Chambre par l’ancien officier Guyot de Villeneuve (Saint-Cyr-1884), devenu parlementaire. Pour délivrer la France de « la tyrannie jacobine » ce dernier avait acheté au « faux frère » maçon Bidegain, frustré de n’avoir pas été nommé secrétaire général du Grand Orient à la place de Vadecard, les preuves que le ministère de la guerre utilisait cette organisation pour collecter des renseignements destinés à retarder l’avancement des officiers qui allaient à la messe, comme autrefois tous les officiers qui étaient républicains, même superficiellement et le plus modérement du monde ! – étaient au regard de leurs chefs marqués d’une tare ineffaçable et rangés pour cela parmi les parias, écartés à jamais des hauts grades. (Gil Blas, 1er oct.1904). Le Gaulois avoue, le 14 octobre, que la « queue de l’affaire » a cessé de l’intéresser. Dreyfus ne fut jamais entre les mains de ses protecteurs qu’un instrument de mort, un prétexte à chambardement, affirme sans vergogne le chef de file de la collusion entre les milieux catholiques et les officiers conservateurs qui en avait fait un prétexte pour atteindre la République.

Dans l’espoir de sauver son ministère, le président du conseil a démissionné le général de « division », suicidé par persuasion et placé la Guerre entre les mains d’un « coulissier » pour faire le boulot de laïcisation. Le député de corbeille sait ce que c’est de commander une charge. Berteaux est l’anagramme de Aubert, argent - dans l’argot des voleurs qui connaissent leur Villon, ou dont les ancêtres faisaient monnaie avec les mailles des hauberts, comme les enfants avec les loques de cuivre. (Delvau-1883)

En blouse blanche qui laisse deviner son pantalon de drap garance, le conscrit Berteaux est « commis » pour faire le ménage après la séance. C’est avec un balai de « bouleau » qu’il nettoie la cour du ministère de la guerre. Faire balai neuf, c’est montrer beaucoup de zèle, en parlant des nouveaux domestiques, et, par extension, de tous ceux qui entrent en de nouvelles fonctions. (Le Littré). M. Combes, l’homme clé des francs-maçons, en bon chien de quartier, adjudant responsable de la caserne républicaine, veille à la tache.

Dans un nuage de poussière grise, le Blockhaus de l’artilleur qu’on peut confondre avec la Frégate, chapeau emblématique du sapeur (L’argot de l’X-1894 - p. 226), valse avec les fiches de délation qui se mélangent : « Fiche Vadecart », « va à la messe », « Fiche », « Colonel », « Dreyfus » retournée, « Fiche… Le Camp », « Vadecar », « L’Affaire », « Général » « suspect ». Les Fiches sont les petites feuilles de carton qui servent à transmettre à l’agent de change, pendant la bourse, les ordres d'un client. Synonyme d'étiquette on dit aussi mettre une fiche à un ballot. Le plaisantin est un bouffon employé par les charlatans afin d’attirer le peuple. Il faut bien qu’il y ait des naufrageurs puisqu’il y a des naufragés. ». (A. Jarry - Le Canard Sauvage, 21-27 juin 1903). La gaucherie de son accoutrement a de quoi se tenir les « cotes », du cours… révolutionnaire. Distribution de guêtres par les fourriers.

« L’Arc en ciel » : sujets à mettre dans le… Mille / N°1 à 16 de la première période : Septembre 1904 à Mars 1905, par Vincent Demarcke

N°16 - L’Arc-en-ciel – Mille – déc. 1904 ? –VIVE LA RUSSIE –

Une page d’histoire – Le général Stœssel blessé à Port-Arthur. (Correspondance datée du 4 dec.1904)

« Les Entêtés d’héroïsme » - Le Gaulois, 4 septembre 1904 – Lieutenant-colonel Rousset : « Ce siège de Port-Arthur violent, sanglant, formidable, où la furie d’un peuple, que n’effraye aucune audace, s’est brisée jusqu’ici contre l’entêtement d’une résistance inlassable, constitue dans sa tragique horreur, le spectacle à la fois terrifiant et sublime du duel le plus acharné qu’ait jusqu’ici connu l’humanité. Le voici qui touche à l’acte suprême. Chaque jour peut apporter le dénouement prévu car c’est le sort inéluctable de toute ville assiégée de succomber tôt ou tard. …Mais, …ils vont pouvoir succomber en pleine gloire et ensevelir sans rougir les drapeaux déchirés de la sainte Russie sous des murailles veuves de leurs canons détruits. Ils n'auront été vaincus ni par l'adresse de leurs adversaires, ni par la puissance ou la perfection de leurs engins ; ils céderont seulement à cette loi fatale qui condamne d'avance toutes les places assiégées à ouvrir leurs portes quand elles n'ont plus que des remparts en ruine ou des soldats mourant de faim. C'est ainsi que périrent naguère Sébastopol et Metz. Seulement cette fois, la Russie n'a point englouti dans la forteresse mandchoue toutes ses forces et tous ses moyens de lutte comme elle le fit en 1855, comme nous le fîmes nous mêmes en 1870. » -

« En Russie » - L’Humanité, 1er déc. - Jean Jaurès : « Le document que nous publions paraît aujourd’hui dans tous les journaux démocratiques ou socialistes de toute l’Europe ; aujourd’hui même 1er décembre, il est répandu à millions d’exemplaires dans toute la Russie, où il contribuera, sans aucun doute, à organiser et à accélérer le mouvement de libération. C’est le procès verbal de l’accord intervenu entre la plupart des partis d’opposition qui mènent la lutte contre l’absolutisme tsariste et qui veulent la conduire jusqu’à l’institution de la souveraineté populaire, c’est à dire « d’un régime démocratique fondé sur le suffrage universel». …Si l’on songe aux prodigieuses conséquences qu’aurait pour l’Europe et pour le monde l’institution en Russie d’un régime de démocratie et de liberté, si l’on songe que, par la chute de l’absolutisme tsariste, tous les despotismes et tous les demi-despotismes perdraient leur contrefort, il est permis de dire que ce serait le plus grand événement de l’histoire humaine depuis la Révolution française. »

« Pour Stoessel et les héros de Port-Arthur » (Souscription nationale) - L’Echo de Paris, 11 déc. 1904 : « L’éminent académicien Pierre Loti adresse à notre directeur la lettre suivante : Commandant le Vautour, Constantinople. Cher Monsieur, Voici, pour l’épée du général Stoessel, mon obole, que j’aurais été heureux de vous envoyer moins minime, si je n’étais sollicité tous les jours et de toutes parts. Combien je vous félicite d’avoir pris cette initiative pour témoigner un peu nos sympathies françaises à de tels héros ! Je vous serre la main de tout cœur, vous remerciant de votre toujours fidèle souvenir. Pierre Loti. »

Elle jette de la poudre aux yeux, la tunique rouge de l’officier, à col droit rehaussé du même or fin que celui de la Galette, qui, lorsqu’elle n’est ni l’épaulette dorée remise au Saint-Cyrien le jour du Triomphe, ni le produit obtenu en cardant et filant la soie des cocons percés qui sert de bourre, désigne un imbécile dans l’argot du peuple. (Delvau-1883). Jeter de la poudre aux yeux, c’est éblouir, surprendre par des discours ou des apparences. Sous prétexte de jeter des fleurs à l’un, le cynisme est un moyen pour jeter des pierres à un autre.

Appuyé sur le gros canon noir à la culasse dorée de l'artillerie de siège, le défenseur acharné de Port-Arthur, blessé à la tempe gauche, (on a dit longtemps temple, précise Le Littré), recouvre de son extrême droite et de son sang le tracé des lettres « noires » : VIVE LA RUSSIE qui pleure des larmes de sang sur la maçonnerie mise en poudre. C'est de la poudre à la Saint-Jean, se dit d'une chose qui est de saison et dont on ne doit pas s'étonner. La poudre à canon, ou, simplement, poudre, est un mélange de soufre, de salpêtre et de charbon qui donne lieu à un violent dégagement de gaz dont la force d'expansion est utilisée dans les armes à feu pour lancer des projectiles. Mettre le feu aux poudres, c’est faire éclater quelque grosse affaire, qui fera événement. Le feu prend aux poudres, se dit de quelqu'un qui s'enflamme tout à coup, qui se livre à un soudain accès de colère. À peine eut-on dit cela que le feu prit aux poudres. (Le Littré). L’histoire a vu des choses plus étonnantes. Le tirailleur, terre-à-terre, mord la poussière tandis que les malins prennent la poudre d’escampette. La poudre d’escampette est la fille de la poudre à canon. (Dictionnaire du Figaro, 5 mars 1868). Le Canon, c’est la Règle, en parlant des décisions des conciles sur la foi et la discipline. En musique, le canon renversé est celui que l'on peut chanter également en lisant la musique comme elle est écrite, ou en renversant le papier et commençant par ce qui était la fin dans la première exécution. C’est une tradition française d’excommunier l’autre sans relâche. La campagne est un pays bien battu. (Id. 14 février 1868). L’Hilarité est une façon de révéler à un… premier rôle, qu’il vient de passer dans les Comiques. (Id. 29 mars 1868). L’Invalide est le hachis de la Gloire. (Id.11 avril 1868). Cette décharge de foudre a enlevé toute la poutre.

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