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Marinus et Marianne, Photomontages satiriques 1932-1940, Gunner Byskov, 192, 25 €, ISBN : 978-286227-571-0


Quand on parle de caricature, on pense d’abord à des images dessinées, voire à de la sculpture. Mais au XXe siècle, une technique nouvelle apparaît, le photomontage satirique et politique, dont on connaît la redoutable efficacité avec notamment John Heartfield et ses charges contre Hitler. Le photomontage « caricatural » n’est pas resté une spécificité allemande. On le retrouve dans la presse de nombreux pays comme en URSS par exemple, mais également… en France, avec Gaston Gallimard, l’artiste Marinus et le journal hebdomadaire Marianne (1932-1940).
Un bel ouvrage intitulé « Marinus et Marianne – Photomontages satiriques 1932-1940 » tire de l’oubli cette production fascinante, caractéristique des sombres années 1930. Gaston Gallimard s’offusque alors de ce que la presse littéraire défend très nettement les idées de droite, avec notamment les hebdomadaires Gringoire et Candide, qui n’hésitent pas à recourir à la caricature. Gallimard décide d’opposer à ces revues conservatrices un journal de centre gauche, révolutionnaire dans sa fabrication puisqu’il recourt pour la première fois pour un journal à l’impression offset, mais également dans son illustration. L’éditeur embauche en effet un certain Marinus Kjeldgaard, d’origine danoise, qui va produire des centaines de photomontages satiriques publiés en général en « une », véritables caricatures photographiques ayant pour cible principale Hitler et la montée du fascisme.
Dans ses images, Marinus s’intéresse tout aussi bien à la politique intérieure qu’aux tensions internationales. Il défend un point de vue nettement antifasciste et démocrate.
Hitler est présenté en king kong sanguinaire, en empereur romain entouré d’esclaves, le plus souvent associé à la mort, cherchant à imposer le casque à pointe sur le monde et enfin en manipulateur. La rhétorique du photomontage satirique puise dans l’art traditionnel de la caricature dessinée. Elle affuble ses cibles d’attributs plus ou moins dégradants, elle les travestit abondamment et recourt à des métaphores littéraires ou sociales signifiantes. Comme dans le dessin satirique, Marinus joue de la parodie et détourne des images célèbres comme la Joconde par exemple à laquelle il attribue le visage de Staline, ou des tableaux évoquant l’épopée napoléonienne dans lesquels on retrouve Hitler, Staline et Mussolini.
Le lecteur de l’époque, habitué à la caricature traditionnelle en couleur, a certainement dû être bousculé par ces photomontages. Grâce à la photographie et à l’habileté de l’artiste, ces images induisent un fort effet de réel qui, combiné à la satire, produit un choc visuel d’une redoutable efficacité.
Ce passionnant ouvrage retrace l’histoire du photomontage satirique et présente les œuvres politiques principales de Marinus (surtout celles de 1939 en fait), qu’une forte légende restitue dans son contexte politique et social.

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