Pinatel, La Sarkomédie (de moins en moins) française, Le Trait, 127 p., 18,90€.

A l’image d’un Plantu qui ne fait pas mystère de ses opinions, la presse satirique en France vote clairement à gauche. La droite, après la mort de Faizant, ne compte plus de dessinateur phare, même si le Figaro salarie depuis plusieurs années un Dobritz par exemple, mais… sans publier aucun de ses dessins !
A l’extrême droite, Konk (qui fit ses premières armes au Monde avant de « basculer » dans le négationnisme) et d’autres ne cachent pas leur racisme et leur haine pour une République trop ouverte sur le monde.
Le dessinateur Pinatel, que Wikipédia classe dans la famille des royalistes (ce qu’il dément volontiers), se présente comme « ni de gauche ni de droite, mais moins à gauche qu’à droite » ( !).
Et de fait, Pinatel, qui n’a jamais manqué de talent en tant que dessinateur politique, tape résolument sur la gauche (et l'extrême gauche), comme sur la droite, mais en défendant, quoi qu’il en dise, une sensibilité plus réactionnaire que progressiste, plus de droite que de gauche, voire même un point de vue apparenté au vague courant que l’on désigne sous le vocable de « droite nationale », pour reprendre un doux euphémisme.
A la fin des années 1950 Pinatel publie avec plus ou moins de régularité une revue composée uniquement de dessins d’actualité, Le Trait, visant principalement de Gaulle, une véritable bête noire. Sous le même label, le caricaturiste édite en cette fin d’année 2008 un recueil intitulé La Sarkomédie (de moins en moins) française. Pinatel y passe l’année politique en revue avec un humour assez féroce, dans un festival de jeux de mots et de calembours.
Quand les dessinateurs de gauche reprochent à Sarkozy sa politique antisociale et favorable aux plus riches, Pinatel le trouve trop tièdement nationaliste et trop ouvert sur l’Europe. Le dessinateur dénonce les syndicats (surtout la CGT et Bernard Thibault bien sûr) et fustige une Ségolène Royal qui d’après lui rêverait d’arriver aux affaires pour… augmenter le nombre des fonctionnaires !
Le caricaturiste aiguise ses flèches contre le gouvernement et ses ministres inféodés à un Président comique conduisant un char de l’Etat figuré sous les traits d’une petite voiture à la calandre élyséenne. Fillon en prend pour son grade, vulgaire petit roquet ; Attali enrichit le bestiaire sous l’apparence d’un âne. Pinatel souligne certes les déclarations aberrantes et réactionnaires de Sarkozy sur l’Islam (« l’Islam c’est le progrès, la finesse, la modernité ») en représentant face à lui une femme engoncée dans une burka intégrale qui répond : « j’allais vous le dire » ; mais le fait qu’il n’égratigne pas Sarkozy pour ses déclarations identiquement absurdes sur le rôle positif du christianisme demeure suspect. Quant aux deux jeunes de Clichy-sous-Bois morts électrocutés dans un transformateur Edf tandis qu’ils tentaient d’échapper à la police, Pinatel ne leur témoigne pas beaucoup d’empathie…
Mais une fois n’est pas coutume, on peut être très à droite (par certains aspects), avoir un bon coup de crayon et faire preuve de beaucoup d’humour ! Regrettons tout de même que par rapport au Trait des années 1950-1960, publié avec des dessins en couleur, Pinatel travaille moins ses caricatures du point de vue graphique . Il s’en tient dorénavant à un dessin « au trait » pas aussi séduisant qu’auparavant.

GD, le 27 décembre 2008

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