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ACTION "Hebdomadaire de l’indépendance française", (1944-1952, France, Paris)

Notice extraite de Ridiculosa n°18, "La presse satirique française". 

 

Publié en 1943 dans la clandestinité, Action, sous-titré « hebdomadaire de l’indépendance française » puis « pour la paix et la liberté », reparaît librement en septembre 1944 avec systématiquement un grand dessin satirique en première page. Fondé par des résistants communistes et notamment Maurice Kriegel-Valrimont, son directeur politique, le journal opte d’abord pour une ligne éditoriale marquée par l’esprit d’ouverture, accueillant des collaborateurs non communistes de renom. Mais la rédaction évolue et se soumet de plus en plus à la ligne du Parti Communiste qui elle-même se durcit. Abordant les questions politiques nationales et internationales ainsi que la culture et la littérature, Action (en 1944, 16 puis 20 pages, ½ format des quotidiens de la même époque en taille, c'est-à-dire 30x44cm) va perdre des lecteurs en devenant de plus en plus sectaire. L’hebdomadaire s’éteint en 1952 au 397e numéro.

Comme de très nombreux journaux de la Libération, Action accueille, en plus de photos en noir et blanc et d’illustrations, des dessins de presse d’actualité. La couverture dans les premières années se distingue par l’association de deux bandeaux de rouge (un horizontal derrière le nom du journal et un vertical, sur la gauche) avec un éditorial et un grand dessin en noir. En 1944, une colonne sur la gauche accueille le sommaire dans lequel figurent bien en vue le nom des dessinateurs.

Le dessin satirique de « une » donne à l’hebdomadaire une identité visuelle forte, contrairement au pendant plutôt droitier d’Action lancé par Emilien Amaury, Carrefour. Cet hebdomadaire combine au même moment en couverture textes et illustrations sans grande constance dans la maquette[1]. Comme le reste de la presse, Action fait preuve à ses débuts d’un esprit unanimiste et publie autant Paul Colin (les deux premiers numéros) qu’Effel, Monier, Ferjac, Grove et… Sennep, qui disparaît en fait rapidement. En plus des dessins autonomes, Action publie des strips de Soro, qui s’intéressent à la vie politique ou, au travers d’historiettes, dénoncent la collaboration passée.

Après une période d’union nationale, les clivages politiques traditionnels se ravivent. De Gaulle, tout d’abord fêté, devient après 1947 une cible favorite, ainsi que l’impérialisme américain. Le dessin d’actualité, bon enfant en 1944-45, cible tout d’abord avec assiduité Pétain, Hitler et le nazisme, alors que n’est jamais évoquée l’URSS ou la politique du Parti Communiste. On vise avec humour le clergé, mais aussi les capitalistes, toujours avec le sourire et sans flétrir l’adversaire. Au fil du temps, l’intention des dessinateurs évolue et les charges adoptent un caractère de plus en plus propagandiste et militant. Effel et surtout Mittelberg (Tim) s’imposent comme les deux principaux collaborateurs du journal pour la partie dessinée. Le second se montre de plus en plus cinglant et sombre. De Gaulle est présenté comme un nazi, on fustige l’Amérique et sa violence, l’Union soviétique est dorénavant clairement évoquée et défendue.

Avec les années, la couverture se transforme et l’identité visuelle de départ se perd. Le dessin réduit en taille, disparaît même parfois de la « une » en 1950 au profit de photographies, bien que les œuvres de Mittelberg restent bien présentes dans le journal.

A noter qu’Action, pour illustrer certains articles portant sur le passé, n’hésite pas à recourir à des caricatures anciennes de Daumier, Steinlen, Veber ou Grandjouan, tirées notamment du Charivari ou de L’Assiette au Beurre, parfois légèrement modifiées. Quant à l’actualité internationale, elle appelle parfois des charges issues de la presse étrangère.

Pendant toute la durée de vie du journal, la production des artistes demeure très éclectique sur le plan stylistique, des rondeurs enfantines d’Effel aux grisailles pessimistes de Mittelberg, de l’originalité graphique et pétillante de Grove à la poésie d’André François. Quant à la fonction de ces dessins, elle oscille entre agrément ludique prenant pour prétexte l’actualité politique et sociale d’une part et de l’autre, propagande politique.

 

Guillaume Doizy

 

Pistes bibliographiques :

Jeannine Verdès-Leroux, « La littérature vue par Action et la remémoration lyrique de la " bande " du journal », in L'Année 1945, Actes du colloque de Paris IV-Sorbonne (janvier 2002), Paris, Honoré Champion éditeur, 2004, p. 281-296.

 

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[1] Carrefour accueille le travail de différents dessinateurs dont au début Sennep, Ben et Effel. Les dessins de Ben sont les plus fréquents et se teintent rapidement d’anticommunisme, ce qui n’empêche pas Effel de continuer à livrer ses œuvres à l’hebdomadaire.

 

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