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A lire, le texte intégral d'un article en ligne bien intéressant de Stéphanie Danaux (Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne / Université Paris Sorbonne-Paris IV) sur l'Émergence et évolution d’une profession artistique : les dessinateurs de presse entre 1880 et 1914 à Montréal (Canada)


Début de l'étude :

Le 18 avril 1908, La Patrie célèbre l’inauguration de ses nouveaux locaux à Montréal en publiant un numéro spécial d’une cinquantaine de pages généreusement illustrées. À travers la lecture de plusieurs articles dont le ton oscille entre pédagogie et autopromotion, le lecteur découvre l’organisation complexe d’un grand quotidien. Sur la réalisation des illustrations, il peut lire :

    L’ILLUSTRATION
Un des caractères distinctifs du grand journal moderne est la place de plus en plus large qu’y tient l’illustration. Cette partie importante du journal requiert les services de plusieurs artistes dessinateurs et d’un photographe, qui ont leur salle de travail dans une pièce voisine des bureaux de rédaction. Ces articles [sic : artistes] ont besoin de posséder une habileté spéciale, et de pouvoir exécuter rapidement des croquis de tous genres, et même le portrait, car il se présente quelquefois des cas où le photographe ne peut opérer. Ils doivent aussi être versés dans la caricature et le dessin de composition, employé principalement dans les pages en couleurs.

Voilà ainsi notifiées aux lecteurs les quatre principales spécialités du métier d’« artiste de presse » à la fin du XIXe et au début du XXe siècles : le croquis ou l’illustration, au sens de dessin d’actualité ou de reportage politique, sportif ou mondain (voir annexes, fig. 1 et 2), le portrait, souvent anonyme et qui connaît un recul progressif avec la généralisation de la photographie (fig. 3 et 4), la caricature, qui peut être élargie au dessin d’humour et inclure les bandes dessinées (fig. 5, 6 et 7) et le dessin de composition, c’est-à-dire les couvertures associant dessin, lettrage et ornement, caractéristiques de La Patrie et de La Presse (fig. 8, 9 et 10). Les illustrations des romans-feuilletons et des publicités peuvent aussi constituer une partie de leurs attributions. D’emblée, la profession paraît difficile à définir, car elle regroupe des productions graphiques variées. Pour en désigner les représentants, nous privilégions l’expression « dessinateurs de presse ». La formule « artistes de presse », en vogue avant 1914, nous paraît en effet trop vaste, tandis que celle d’« illustrateurs de presse » se révèle trop restrictive. Plus opératoire, le terme « dessinateurs de presse » renvoie à un médium (essentiellement le dessin à la plume et à l’encre) et à un support (le journal), sans spécificité quant au motif ou au genre. Pour autant, le champ d’investigation couvert par cet article ne se concentre pas sur la production des dessinateurs dans la presse, mais sur la dimension sociale de leur activité. L’objectif est de poser les premiers jalons d’une recherche sur l’émergence de la profession de dessinateurs de presse, à partir de la question de leur formation, de leurs conditions de travail et de leur statut au Québec entre 1880 et 1914. Alors que le recensement de ces artistes reste à faire, les questions se multiplient. Quels sont leurs origines sociales, leur formation et leur parcours ? Quelles sont leurs aspirations ? Comment évoluent leur rôle et leur statut dans la hiérarchie du champ artistique ? Autant d’interrogations dont les réponses permettraient de préciser les conditions d’émergence de la profession et l’évolution de cette profession artistique. Sans prétendre répondre à toutes ces questions, cet article se propose de dresser un bilan des perspectives qui s’ouvrent au chercheur pour mieux connaître cette riche période de l’histoire de l’art. Pour restreindre son ampleur, nous le limitons à l’examen des parcours de douze artistes parmi les plus actifs : Henri Julien (1852-1908), Joseph Labelle (1857-1939), Albert Samuel Brodeur (1862-1933), Napoléon Savard (1870-1962), Jobson Paradis (1871-1926), Joseph Charlebois (1872-1935), Paul Caron (1874-1941), Ulric Lamarche (1867-1921), Edmond-Joseph Massicotte (1875-1929), Albéric Bourgeois (1876-1962), Georges Latour (1877-1946) et Émile Vézina (1876-1942). Tous sont francophones, même si certains, comme Julien, travaillent pour des journaux anglophones.
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