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LA COMEDIE POLITIQUE (1871-72-72-75-78-1904, Lyon)


La région de Lyon connaît à partir du milieu du dix-neuvième siècle de nombreuses feuilles satiriques illustrées, en général éphémères. L’une d’elle, fondée en 1871, marque l’histoire de la presse provinciale par sa longévité. Malgré un parcours chaotique parsemé de procès et d’interruptions, le titre perdure jusqu’en 1904.

Créée par un ancien ouvrier typographe devenu journaliste, Adolphe Ponet (1837-1900), La Comédie Politique affiche d’abord un bonapartisme militant. Très en vue pendant la période trouble qui suit la défaite contre la Prusse, la feuille subit divers procès. Le titre disparaît en 1872, reparaît en 1875 pour quelques numéros, puis renaît de manière plus durable en 1878. Il comporte une grande caricature hebdomadaire de Zede en « une » à partir de 1880 (alors que le Don Quichotte de Gilbert-Martin publié dans une ville de taille plus modeste, Bordeaux, paraît depuis 1874 avec un grand dessin de « une »…). De même format que Le Grelot, l’organe de Ponet (32x50cm) s’inscrit dans la tendance antirépublicaine du Pilori, de la Jeune Garde ou encore du Triboulet, du moins jusqu’à l’affaire Dreyfus. Ponet, aidé de son fils, transforme alors le journal en organe dreyfusard. Après la mort de Ponet, le journal satirique s’échine dorénavant contre la politique de Combes et des républicains aux affaires…

Adolphe Ponet profite du succès rencontré par son entreprise de presse pour exercer divers chantages à l’encontre de personnalités lyonnaises assurées, contre espèces sonnantes et trébuchantes, de ne pas être mises en cause dans ses colonnes. En 1887, le parquet de Lyon diligente une enquête et fait condamner Ponet à de la prison ferme. Après avoir purgé sa peine, le journaliste remet le titre sur le marbre en 1894. A partir de cette date et pour plusieurs années, les dessins émanent de Morland Valère (né en 1846) qui signe V. Morland puis Kab[1]. Après avoir mis en cause l’armée en 1897 (affaire Dreyfus), Ponet s’enfuit en Suisse pour échapper à un nouvel emprisonnement.

Comme souvent dans la presse satirique de province, La Comédie politique alterne préoccupations nationales, internationales et régionales et s’essaie à commenter l’actualité de manière plus ou moins immédiate, ce qui pose parfois des difficultés. Le journal regrette par exemple de n’avoir pu empêcher la publication d’une caricature mettant en scène Sadi Carnot, quelques jours après son assassinat. La rédaction explique par ailleurs la semaine suivante n’avoir pu faire colorer la caricature en couverture, par manque de temps. Elle a en effet « commandé » au dernier moment un dessin portant sur l’élection présidentielle, conséquence de l’assassinat, sans pouvoir bénéficier du délai nécessaire à la mise en couleur.

Les relations du journal avec la capitale sont riches et complexes. Pendant plusieurs années, c’est un dessinateur local qui ne manque pas de talent, Zède, qui illustre l’hebdomadaire lyonnais avec quelques autres dessinateurs. Au milieu des années 1880, la rédaction s’adresse à un caricaturiste parisien antirépublicain bien connu, J. Blass du Triboulet, qui signe du pseudonyme Pouf tous ses dessins pour la Comédie politique. A noter que Morland, qui illustre la Comédie après 1894, dessine également pour le Triboulet et le Pilori, deux journaux pareillement antirépublicains.

Local ou parisien, le dessin transite de toute façon par la capitale pour pouvoir être gravé. La rédaction se plaint parfois du retard pris par la gravure, acheminée par les messageries du PLM, retards parfois analysés comme le résultat de basses manœuvres visant à empêcher la Comédie politique de publier sa caricature. De 1880 à 1904, les dessinateurs Zède, Toc, Talp, Pouf, Kab, G. Basch, Jehan Ry, Josué, etc., n’ont pas manqué de talent pour viser pêle-mêle les opportunistes puis les radicaux au pouvoir, le clergé, Drumont et Rochefort, chantres de l’antisémitisme à l’époque. Ces dessins, pour certains très violents, n’hésitent pas à mettre parfois en scène la mise à mort des plus hautes autorités de l’Etat.

 

Guillaume Doizy

 

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Pistes bibliographiques :

 

Pascale Jonnard, La Caricature à travers un journal satirique lyonnais : La Caricature politique, mémoire de maîtrise sous la direction de Madame Menier, Université Lyon II, septembre 1987, 140 p.

 

http://collections.bm-lyon.fr/presseXIX/PER003180?highlight=politique



[1] Pseudonyme attribué à Morland par le Dico Solo.

 

 

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