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Journée d'études organisée dans le cadre du Salon annuel du dessin de presse et d'humour de Saint-Just le Martel (près de Limoges).  Vendredi 5 octobre 2012, entrée libre et gratuite.

 

Comme le notait Michel Debré, la présidence de la République constitue la « clef de voute » des institutions françaises. Si les attributions du président ont notablement changé depuis 1848, l’hôte de l’Elysée incarne sans discontinuer la Nation, quant il ne dirige pas directement le pouvoir d’Etat. Quelques mois après l’élection présidentielle française, les intervenants de cette journée d’étude se proposent de réfléchir à la manière dont les présidents de la République, depuis le premier d’entre eux, ont été brocardés par la satire française ou étrangère. De Louis-Napoléon Bonaparte à de Gaulle, de Raymond Poincaré à Nicolas Sarkozy, quels traitements de faveur ou de défaveur la caricature réserve-t-elle à ce personnage central des institutions républicaines, protégé par un statut si particulier ? Quels symboles le dessinateur utilise-t-il pour désigner la magistrature suprême et les lieux de pouvoir qui y sont associés ? Et à l'opposé, quelles entraves rencontre le satiriste quand il choisit d’attaquer cet édile, désigné par le seul Congrès ou par le suffrage universel ?

 

9H30

Introduction de Pascal Dupuy et Guillaume Doizy

 

10H00

Guillaume Doizy (auteur d’ouvrages sur la caricature)

« Du chapeau cabossé de Loubet au pif du général de Gaulle, l’identité et la carrière caricaturales des présidents de la République »

La caricature politique fustige, encense ou commente l’action d’individus par le truchement de la métaphore corporelle. A l’identité publique de tel ou tel, elle oppose une identité caricaturale fantasmée, parasite et concurrente, devant semer le trouble ou accentuer la polarisation chez les destinataires de l’image. Les 24 présidents de la République française constituent un formidable corpus pour envisager la dynamique qui produit ces identités caricaturales et leur pendant, la carrière caricaturale de ces édiles à la symbolique première et au statut si particulier en République. Au-delà de la fonction qui connaît de grandes périodes de stabilité depuis 1848, au-delà des conditions historiques et culturelles changeantes et des personnalités de chacun des 24 hôtes de l’Elysée nécessairement très diverses, quels mécanismes particuliers structurent ces identités et ces carrières caricaturales à vocation présidentielles ?

 

10H30

Michela Lo Feudo, (Université Frédéric II de Naples)

« De Président à Empereur : Louis-Napoléon Bonaparte dans le "Journal pour rire » (1848-1855)".

Fondé par Charles Philipon comme feuille non politique, le Journal pour rire se heurte bientôt à la nécessité de commenter les événements de 1848. Si les journées de février ont conservé de faibles traces dans les pages de la revue, c’est lors des élections présidentielles que les dessinateurs aiguisent leurs crayons. Le président Louis-Napoléon Bonaparte, avec son entourage, devient donc la tête de turc d’une charge qui construit son propre langage entre manipulation de thèmes traditionnels et innovations dues à la créativité de dessinateurs talentueux parmi lesquels s’affirme un incisif Bertall. A travers l’analyse du rapport entre processus historiques et procédés graphiques, il s’agira de montrer les spécificités des dessins sur Louis-Napoléon et la manière dont les caricaturistes se servent de ce personnages pour montrer les paradoxes et les incohérences d’un pouvoir politique qui, tout en tirant profit des révoltes républicaines, multiplie les clins d’œil au passé impérial.

 

11h00

Agnès Sandras (conservateur, Bibliothèque Nationale de France)

« ‘On a bien blagué le pyjama de Deschanel': les conséquences d'un évènement cocasse sur la caricature présidentielle »

On rencontre fréquemment l’affirmation suivante : les caricatures autour de la chute de train du président Deschanel ont été nombreuses. En réalité, elles ont été plutôt rares, et moins répandues que les blagues et les chansons. On s’interrogera d’abord sur la représentation de l’incident en question dans les quelques caricatures existantes. La gageure a été de taille pour les dessinateurs qui avaient jusqu’ici privilégié le côté élégant de Deschanel. Il était donc plus facile pour les autres modes humoristiques d’insister sur le ridicule de la chute présidentielle. L’autre difficulté était de représenter visuellement  la possible maladie psychique de Deschanel : on verra  comment la (non) représentation caricaturale de l’internement de G. de Maupassant a pu servir de substrat aux dessins. Nous terminerons par une réflexion sur  la fortune caricaturale de cet incident et les mécanismes qui font qu’on l’exagère volontiers.

 

11H30

Stéphane Mazurier, (Agrégé et docteur en histoire)

« De de Gaulle à Mitterrand : l’assaut de Charlie Hebdo (1969-1982) » :

Le premier Charlie Hebdo, dirigé par Cavanna et le professeur Choron, s’attaque volontiers aux puissants et donc au politique le plus puissant de France, c’est-à-dire le président de la République. Au-delà d’une simple posture provocatrice, « bête et méchante », le journal s’efforce surtout de condamner une façon de gouverner, une idéologie, voire les institutions de la Ve République, qui ont permis d’instituer une sorte de « monarchie républicaine ». Cependant, c’est cette personnalisation du pouvoir qui donne à Charlie Hebdo, et notamment à ses dessinateurs, l’occasion de se déchaîner sur des hommes incarnant un système et une politique. L’extraordinaire liberté de ton du journal lui cause d’abord de nombreux problèmes avec les pouvoirs publics, notamment sous de Gaulle et Pompidou, mais la libéralisation giscardienne, puis l’arrivée au pouvoir de Mitterrand changent la donne. Ce dernier événement rend même délicat le positionnement de Charlie Hebdo par rapport à l’Élysée : ce journal d’opposition depuis sa création tend, en effet, à devenir un journal favorable au nouveau pouvoir socialiste.

 

14H30

Marine Lopata (Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3),

« François Mitterrand et Valéry Giscard d'Estaing face à la caricature. Regard du journal satirique El Papus sur la politique française et espagnole au travers des élections présidentielles de 1981 »

Grand vainqueur des élections de 1981, François Mitterrand est le premier candidat socialiste qui accède à la présidence sous la Cinquième République française. De l’autre côté des Pyrénées, l’Espagne observe avec attention la victoire inédite de la gauche qui rétablit l’alternance politique en France, en mettant  fin à vingt-trois ans de gouvernement de droite. En Espagne comme en France, le début des années quatre-vingt se caractérise par une forte instabilité sociopolitique. La société espagnole assiste au déchirement de la coalition au pouvoir et à la démission d’Adolfo Suárez, premier président élu au suffrage universel depuis la fin du franquisme. L’extrême fragilité de la vie politique espagnole atteint son apogée avec le coup d’Etat du 23 février 1981. Le putsch échoue, mais rend compte des difficultés de la jeune démocratie espagnole pour s’affirmer durablement. Dans un tel contexte, l’élection de François Mitterrand provoque de vives réactions parmi les Espagnols. Aux yeux de certains, elle incarne l’espoir d’une victoire électorale du parti socialiste espagnol (PSOE) dont la côte de popularité a augmenté considérablement depuis le début des années quatre-vingt ; pour d’autres, elle représente le danger de voir un jour la gauche revenir au pouvoir en Espagne, avec la menace de reproduire la situation vécue pendant les années trente et d’entraîner une seconde guerre civile. La presse humoristique espagnole ne fait pas exception à l’intérêt suscité par l’élection présidentielle de 1981, et l’hebdomadaire El Papus s’empare de l’événement pour offrir à ses lecteurs un regard critique sur l’actualité du moment. Dans la présente étude, nous analyserons le traitement satirique de François Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing par le journal El Papus, ce qui nous conduira à une réflexion sur l’impact et la réception de l’élection présidentielle française de 1981 dans l’un des pays frontalier de l’Hexagone.

 

15H00

Ana Pedrazzini (Conicet, Université Nationale de Comahue, Argentine),

« Jacques Chirac et Carlos Menem au crible des caricatures de la presse française et argentine »

Cette communication propose un instrument pour l'analyse à la fois systématique et en profondeur de la caricature politique comme objet à haute densité sémiotique. A partir de l'analyse de nombreuses dimensions de contenu et de forme qui interviennent dans la construction de la figure présidentielle dans un corpus biculturel (Jacques Chirac dans l'hebdomadaire satirique français Le Canard enchaîné et Carlos Menem dans le supplément argentin Sátira/12), on focalisera sur les invariants et les variants détectés. Les résultats obtenus permettent de réfléchir autour d'une tension inhérente à la caricature politique, qui confronte le système et le style, la répétition et l'innovation.

 

15H30

Pascal Dupuy (Université de Rouen)

« "Vive la différence" : Mitterrand, Chirac et Sarkozy sous le crayon de Steve Bell »

Steve Bell, à la sensibilité de gauche, s’est régulièrement confronté dans ses dessins pour le Guardian notamment aux présidents de la République française. Mitterand, Chirac, Sarkozy sont apparus à de nombreuses reprises dans ses vignettes, soit seuls, soit accompagnés d’un autre représentant politique d’un pays européen. Jacques Chirac, tout particulièrement, semble avoir été un moteur comique souvent utilisé par opposition à Tony Blair, le premier ministre britannique de l’époque. Dans ses dessins des présidents de la République française, Steve Bell embrasse à la fois les stéréotypes associés à la France au Royaume Uni depuis plusieurs siècles, tout en proposant un discours neuf et engagé sur l’Europe et sa politique communautaire. Loin de recycler des poncifs anciens, l’éditorialiste satirique amène les britanniques par le truchement de la représentation du représentant de l’Etat français à s’interroger sur la position du Royaume-Uni en Europe, son discours, ses enthousiasmes et ses retenues.


16H00-18H00

Débat transversal et conclusion en présence des 7 intervenants et des dessinateurs Daryl Cagle (USA) et Placide (France)

 

 

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