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Véronique Fau-Vincenti et Eric Lafon dir., Napoléon Aigle ou Ogre ?, catalogue d’exposition, 11 décembre 2004 - 2 décembre 2005, Musée de l'Histoire vivante de Montreuil, ed : Musée de l'Histoire vivante et RMN, 173 p.

 

On associe plus volontiers le Musée d’Histoire Vivante de Montreuil, fondé en 1937 sous le patronage du Parti communiste, à l’histoire sociale et anticoloniale qu’à celle d’un « grand » homme comme Napoléon qui ne fut pas, loin s’en faut, un ardent défenseur de la cause du peuple.

Et pourtant, en 2004-2005, le Musée sacrifie au rituel des commémorations du sacre de Napoléon, dont on « fête » le bicentenaire. Montreuil lui consacre une exposition qui s’intéresse à la médiatisation du personnage aux multiples visages, notamment « Aigle ou ogre », au travers de toutes sorte d’œuvres visuelles. Il faut dire que, comme l’expliquent Véronique Fau-Vincenti et Eric Lafon, commissaires de l’exposition et responsables du musée, Montreuil possède une collection riche en documents sur l’empereur qui fut le propagateur – mais aussi l’étrangleur - de la Révolution française.

Deux contributions du catalogue fort illustré intéresseront particulièrement les visiteurs de Caricaturesetcaricature.com. La première, de Pascal Dupuy, analyse la caricature hostile à « Little Bonney » produite par les dessinateurs anglais, tandis que la seconde, fournie par Annie Jourdan, s’intéresse à l’image de Bonaparte dans la gravure satirique de l'europe continentale.

Les contributeurs de ce bel ouvrage explorent les légendes dorées ou noires, et donc les propagandes, élaborées autour de la personne du « petit corse », dont l’ascension demeure fulgurante et l’imagerie profuse.

La virulence des caricaturistes oscille au gré des évolutions politiques, mais Bonaparte trouve dans le dessinateur Gillray son plus farouche adversaire, celui qui inventera véritablement la figure du « Little Bonney », un Napoléon déjà nabot et nanisé, dont la petitesse morale est inversement proportionnelle à l’infinitude de ses visées hostiles. L’Angleterre craint en effet ce militaire et son expansionnisme.

Quant à la caricature européenne s’attaquant à Napoléon, elle demeure moins riche qualitativement et quantitativement que sa grande sœur anglaise. La raison principale de cette faiblesse revient au fait que sur le continent, on ne souhaite pas se fâcher avec l’Aigle, qui sait parfois se transformer en… Ogre. Ainsi, même la fameuse revue London und Paris doit cesser de paraître à Nuremberg. D’après Annie Jourdan, un libraire paiera même de sa vie la publication d’un ouvrage hostile au maître du moment.

La gravure satirique européenne éclot finalement suite à la défaite de Russie et peut alors être comprise comme une revanche symbolique contre le dictateur.

Comme aujourd’hui, la caricature antinapoléonienne focalise sur la physionomie de l’Empereur usant des procédés de déformation, de déconstruction, d’animalisation et d’allitération pour souiller son image.

Les dessinateurs privilégient deux axes, très paradoxaux, mais encore très présents dans la caricature actuelle : celui qui consiste à présenter Napoléon comme dangereux, pour effrayer l’opinion et justifier la haine vouée au « dictateur », et son pendant, l’affaiblissement symbolique jusqu’à l’impuissance du même, en vue de conforter le lecteur dans ses convictions et dans la supériorité de son système de valeurs.

Pour la partie européenne, regrettons que la nationalité des graveurs (ou des gravures) ne soit pas précisé(e), tandis qu’une étude plus documentée sur le processus de production et de circulation des images aurait sans aucun doute enrichi l’analyse.

Ce beau catalogue témoigne de la diversité des styles et des procédés graphiques mis en œuvre par les dessinateurs contre Napoléon, avec, bien évidemment, une longueur d’avance pour la caricature anglaise, qui domine alors la production européenne. L’ouvrage permet de comparer le langage caricatural à l’imagerie quasi votive, historicisante ou allégorique analysée dans les autres contributions, et ce n’est pas là la moindre de ses qualités.

 

 

GD, le21 septembre 2009

 

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