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Jean-Pierre Auclert, Baïonnette au crayon, Gründ. 2013, 206 p., 450 illustrations nb et coul.


En trente ans, certains ouvrages ne prennent pas une ride, d’autres vieillissent considérablement. Contrairement à ce qu’indique l’éditeur Gründ, l’opus de Jean-PierreAuclert n’a rien d’inédit. Il s’agit d’une réédition de La Grande Guerre des crayons. Les noirs dessins de la propagande en 1914-1918 publiée en 1981 chez Robert Laffont. Réédition mot pour mot du point de vue du sommaire et du texte, avec quelques aménagements en ce qui concerne l’illustration : certaines images sont passées du noir et blanc à la couleur, d’autres ont été abandonnées au profit de nouveaux documents. La mise en page a été modifiée.

L’enrichissement iconographique ne compense hélas pas l’absence de mise à jour du commentaire sur ces images. Il va sans dire pourtant qu’on n’analyse pas l’iconographie de guerre aujourd’hui comme on le faisait il y a trente ans.

En 1981, Jean-Pierre Auclert faisait figure de précurseur en s’intéressant à cette iconographie du conflit, largement négligée depuis les années 1920. C’est dire l’intérêt de cette publication de 1981, malgré des lacunes importantes, liées principalement à une approche impressionniste de la question. Jean-Pierre Auclert avait en effet exploré le corpus au fil des collections rencontrées, et non en chercheur assidu. Il avait néanmoins – et c’était là son grand apport -, mêlé cartes postales, affiches, caricatures de presse, vignettes patriotiques et menus objets. Écrivain talentueux, l’auteur avait surtout commenté ces images en les classant en grands thèmes qui permettaient d’offrir un aperçu de quelques grands aspects de cette imagerie de guerre.

En filigrane, l’auteur cherchait à démontrer que cette production visuelle relevait d’une « propagande », terme rejeté par l’historiographie actuelle en ce qui concerne le corpus des dessins de presse ou encore des illustrations diffusées par le biais des cartes postales. Cette étude mettait l’accent sur les charges les plus agressives, négligeant la production humoristique ou plus réaliste, pourtant abondante pendant la conflit. Auclert omettait également d’aborder les images « limites » publiées par la presse d’extrême gauche et hostiles à l’Union sacrée. L’auteur négligeait enfin le discours sur la caricature de guerre, abondant dès le début du conflit dans la presse, par l’intermédiaire d’articles conséquents publiés dans des revues d’art, par la presse magazine ou encore sous la forme de monographies. L’ouvrage actuel, malgré sa polychromie, conserve les limites de 1981, sans s'appuyer hélas sur les « progrès » réalisés ces trois dernières décennies en matière de recherche sur la guerre et sur sa « culture ». Ecrire de cet ouvrage comme le fait l'éditeur qu'il a pour auteur "un des plus grands spécialistes européens des images de la Grande Guerre" laisse dubitatif... Un spécialiste qui fait l'impasse sur les recherches savantes et les publications grand public, qui ont depuis 1981 apporté des éclairages incontournables sur l'immense et très complexe corpus visuel de guerre !


GD, le 30 octobre 2013


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