"La Terreur en province" de Willette, vue par des étudiant.es allemand.es

Analyse de la caricature « La Terreur en Province » de A. Willette, publiée dans Le Courrier français, 16 août 1903, par un groupe d'étudiant.es de l'Université de Mannheim (sous la direction de Caroline Mary).
I. Introduction
Le Courrier Français est un journal qui traite de plusieurs thèmes importants de son époque. Il parle de politique en critiquant le pouvoir et les décisions des dirigeants. Il s’intéresse aussi à la société, en montrant les inégalités et les comportements des gens. La question de la justice est également présente, souvent pour dénoncer des décisions trop rapides ou injustes.
Ce journal utilise surtout la satire et l’humour pour faire passer ses idées et faire réfléchir les lecteurs. Il aborde aussi la culture, comme l’art, le théâtre ou la littérature. Ainsi, Le Courrier Français mélange critique et humour pour dénoncer les problèmes de la société.
II. Description de l’image
L'image montre en noir et blanc une foule dense et agitée dans une petite ville en province. Au premier plan, il y a un homme qui est porté par la foule en direction d'une guillotine discrète qui se trouve à l'arrière-plan et on aperçoit quatre soldats. Dans la main gauche, l'homme tient un parapluie et sa bouche est couverte par un bandage. En plus il est pieds nus. Sous l'image, il y a marqué « La guillotine si vous déplaisez ». 
Les gens dans la foule semblent très excités et la scène a l’air très chaotique en général. Les visages sont caricaturés et les gestes sont exagérés. Ainsi, cela donne l’impression que la masse de gens est incontrôlable et tellement mélangée que les gens ne sont plus des individus, mais presque complètement unis. Ce ne sont que des hommes et ils portent des chapeaux melons et chapeaux hauts de forme.
III. Interprétation et contexte historique
La caricature est une critique de la violence collective où les individus perdent leur rationalité et deviennent une masse dangereuse. Cela est montré à l’exemple de la « Grande Terreur », qui avait lieu de 1793 à 1794 pendant la Révolution française. Pendant ce temps, tout le monde pouvait être un suspect et guillotiné sans procès. Même des personnes très importantes de la Révolution, comme par exemple Danton, étaient exécutées par la guillotine, seulement parce qu’ils avaient des doutes par rapport à la stratégie de terreur de Robespierre.
Même si la scène se déroule en province, l’image suggère que la violence révolutionnaire ou politique peut apparaître partout, pas seulement à Paris. La mise en scène en province montre que la société peut rapidement basculer dans la violence collective peu importe où. On peut même argumenter que la caricature donne l’impression au lecteur que la manipulation des foules et la brutalité sont encore plus présentes en province qu’à Paris. Les gens en province dans la caricature sont presque comme des animaux et incontrôlables. Par conséquent, cela crée une mauvaise impression des gens en province chez le lecteur.
IV. Symboles et ironie
Le bandage qui couvre la bouche de l’homme est un détail symbolique très fort, parce qu’il suggère que la victime est réduite au silence, qu’elle n’a plus le droit de s’exprimer ni de se défendre. Cela renforce l’idée que la foule ne tolère aucune opinion divergente et condamne sans écouter.
La phrase « La guillotine si vous déplaisez » est une formule polie, en contraste total avec la brutalité de la scène. Cela crée une ironie forte avec la scène et critique l’hypocrisie sociale, car même de la mort on parle avec politesse.
Le sarcasme est évident dans la façon dont le condamné est porté, car normalement l'expression « porter quelqu'un sur ses mains » est une expression de fierté, de bonheur et de succès.
V. Conclusion
Cela étant, la caricature utilise l’humour et l’exagération pour critiquer la violence en masse. Il est clair que la province est ici représentée avec mépris, car les habitants sont montrés comme une masse primitive, presque animale, incapable de raisonner, ce qui suggère une vision parisienne condescendante envers le monde rural. Elle rappelle que derrière les idéaux, il peut y avoir une réalité brutale et dangereuse. Cette caricature n’est pas seulement un dessin pour faire rire, mais aussi un moyen de dénoncer et de mettre en garde contre une société violente et injuste.

Sophia Zajonc, Jonathan Kienzl, Stefan Tonev

Notre commentaire : l'analyse ci-dessus oublie un élément important du dispositif de cette couverture. Sous le titre à droite, on peut en effet lire "Pour Loizemant". Le 16 mai 1903, Joseph-Hilaire Loizemant, commis principal des contributions indirectes, est condamné à mort par la cour d'assises de l'Aisne située à Laon, ville préfecture qu'évoque le dessin de Willette. En effet, le Palais de justice se situe à proximité de la Cathédrale (sur la droite du dessin, un contrefort peut faire référence à ce bâtiment religieux). On reproche à Loizemant le meurtre, suivi de vol, de la femme du receveur des contributions indirectes de Ribemont (ville située dans la Thiérache), ce qu'il a toujours nié. L'erreur judiciaire est dénoncée par la presse (comme par exemple L'Assiette au beurre du 19 septembre 1903 "Erreurs judiciaires"). Le 22 juillet, l'avocat de Loizemant présente au président Émile Loubet une pétition de 6 250 signatures pour demander la grâce du condamné, grâce qui sera accordée le 30 juillet. Le 6 août la condamnation à mort est commuée en peine de bagne à perpétuité, puis en cinq ans de réclusion. Le dessin fait clairement référence à cette affaire, et dénonce la frénésie répressive de la cour d'Assises réunie dans l'Aisne pour condamner Loizemant. Le jury d'Assises étant constitué de membres de la population, il est censé refléter les aspirations "du peuple". Willette dénonce ici le manque de clairvoyance de la justice populaire, et par un phénomène de généralisation, les accès répressifs outranciers de la province, aspect important noté par les étudiant.es. À l'époque, de nombreuses voix s'élèvent pour dénoncer le voyeurisme morbide lié à l'exécution des condamnés à mort. Willette penche pour l'innocence de Loizemant, qui sera libéré de la prison de Melun (Seine et Marne), mais sans être innocenté, le 17 novembre 1905.

GD

"La Terreur en province" de Willette, vue par des étudiant.es allemand.es
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